‹ [Les Cancans]Chapitre 54 sur 297 · LE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT

Air de la double chasse

Grâces à nos tuteurs habiles , Barthe, Casimir et Mouton, Tonton, tonton, tonlaine, tonton, Par la campagne et par nos villes, Chacun se demande : Oii va-t-on ?

Tonton , tontaine , tonton.

En vain Pe'rier, dans sa panique, De la Bourse a hausse' le ton , Tonton, tonton, tontaine, tonton; Chez le banquier, dans la boutique, La banf|ueroute est de planton, Tonton , tontaine , tonton.

Si le Corse dit à la France D'être sage comme Caton j Tonton , tonton , tontaine , tonton .

C'est que , poui- nous remettre eu danse, L'Europe montre le bâton, Tonton , tontaine , tonton.

Courtier pntriote et (idèle, Gisquet , sornomme' Moiisqitctoti .

Tonton , tonton , tontaine , tonton , Nous donne stn- noiwcau modèle Le gonverneuient a piston.

Tonton, ♦.ontaiiie, tonton.

(1) M. PnineUe, maire de Lyon, était à Paris lovs des évènemens.

Plongeant notro Fr.mce hcrouiue Dnns la honte jusqu'au menlon , Tonton, tonton, fontaine , tonton, Pericr ente sa poIilif|iie Ail prix du change ou du coton , Tonton, tontaine, tonton.

Pour les loger aux Tuileries, Qu'on trouve encor d'assez bon ton , Tonton, tonton, tontaine, tonton.

Combien de gens aux galeries De Pe'Iagie et Cliai'enton!

Tonton, tontaine, tonton.

Courage ! et pour vos saturnales Prenez pistole, dncaton.

Tonton, tonlon , tontaine, tonton, Afin qu'à vos bagues royalei Le budgft serve de chaton , Tontont tontaine, tonton.

Que le pacha du ministère (Qui veut la liberté, dit-on), Tonlon, tonton, tontaine, tonton, Nous nielle la Charte en iourrière Et la presse dans un ponton.

Tonton, tontauie , lonton.

Afin qu'un jour, sans trop attendre, On lise sur certain fronton, Tonton, tonton, fontaine, lonton :

« Trône d'occasion à veufhe !

« Tournez, s^ il vous plaît, le bouton, » Tonton, tontaine, lonton.

BERARD, Éditeur, rue de Sèvres, n° 94.

'N. B. Les personnes qui voudraient quadrupler leurs aumônes en distribuanl ces manrlafs au porteur, les trouveront à raison de 25 fr. le looo , aux adresses ci-dessous :

Se vend chez Mabtin , rue de Richeiieu , n° 63 ; au Cabiriet lilti'iaire de "Sl"^^ Henri, Palais-Royal, galerie d'Orlc'ans , n° 197, côte du jhrdin ; et au granil Salon de It-clure des journaux, place de la Bourse, n° 9; et chez les principaux libraires et cabinet", littéraires de Paris et des provinces.

Imprimerie de G. -A. Dbrttj, me d'Erfurth, b** 1 bis.

ÉPIDEMIQUES,

Oui , messieurs, c'pi(lc'nn'{fufs;h Renommée a pri. le Cancan sur ses ailes. Maigre la police et son préfet amphibie, rralgre' les foudres du re'quisi'.oire et les grilfes de la i^ai^ie , le canean donne, i! y a épidémie. Et d'.-ibtinl !a toute jeune, toute timide, tonte candide iéiulle essnya de se glisser en tapinois dans les quartiers isoles de la capitiie que n'infccîeut pas les exhalaisons de la police ; m;iis bientôt elle df'piova ouvertement ses quatre jolies aiie . blanches , passa les ponts et alla voltiger autour de>; Tuiler es , vieux château t'ont ou restaure les ruines, et qui vivra pins long - lomj s encore

que les travailleurs; :à , ma i^ré les fosi^c's et îes grilles,

l'oiseau malin recueillit mille bruits intifables ; bruits de famille, bruits de politi(jue , bruits de [lièc^'s d'or «.ui roulent dans toutes les direction^ , ver^ le p.T.ai . Bourl>on , vers le Luxembourg, vers le château d'Eu, vers l'Angleterre, vers l'Ameri.que, etc. ; bruits de fos e qii'ou creu e, bruii-s de cercueil ou de coiTre-fort qu'on cloue , bruits de irône qui ;.onne creux , etc... • et l'oiseau babillard raconta tout ce qu'il avait vu,lout ce qu'il avait eniendu aux cent mille orei.ics qui e'coafent chaque semaine ses dix mille voix. Depuis, son esor a éie' plus aufiacieux encore; il a plané au-dessus des qualre-ving -six c't'partemens, et semé' de loules parts les cent nouvelles, k^•^ cent quolibets politi({ucs dont le juste-uiilieu lui fournit le texte jouriialier. Toujours sc'miliant, fœil toujour> ouvert, le Cama:» ne peut supporter l'ennui d'un voyage eu poste avec l'insipicle Messager, lesassomtiiansZ)eZ'a/^et la tclvo'^rade Fiance Nou^^clle.. . Qu'ils ronflent ministcriollement de compagnie, qu'ils fassent renfler leurs lecteurs et leurs compagnons de vovage , à la bonne heure 1 Pour lui, l'atmosphère si lourcîe (.h\ Pa.ais-Roy. I qu'on respire dans la malle ufficielie, le suffoquerait; il aiirait beau secouer ses ailes légère^ , au sortir de la, je ne .'-ais quelle gin mini^térielle lui ferait perdre sa Icgèieïe; il veut voier en liberté, et se confier succes>ivcment à tous les vents favorables...

Ils l'ont dwjà si bien servi ! il .t pssse les iiiOnls sur leurs ailes; sa joyeuse humeur a souvent arraclié un sourire à la gravite' allemande, à l'etiqueUe russe et au ilegmc britannique. Pour ia première fois, le juitc-milieu travesti j)ar lui, n'a pas fait lever les épaules à Vienne, à Saint-Pclersboiug, à Londres; on dit même que le sultan Mal.moud se fait lire >es quolibets, traduits en turc , et qu'il pose de temps en temps sa longue pipe pour rire aux éclats des actes constitutionnels de Casimir Pcrier et compagnie; il trouve, grâce au Cancan, V individu qui gouverne le jMste-nsilieu si divertissant, qu'il lui destine le premier pachalik qui viendra à vaquer dan^ son empire. Bref, le Cancan prospère, c'est une gangrène politicjue, uue e'pidemic qiù menace de faire le tour du monde, bien plus vite encore que le choie'ra-niorbus.

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