LE MINISTÈRE ET L'OPPOSITION
Il y a trois classes d'opposilion : la pien^.ière est celle de la Chambie , b seconde e^t ceJle des journaux, la troisième e^-t celle des rues.
Dans la Chambre en dit au pren.ier ministre : « Vous êtes in Gargantua, vous mangez lro[). Vous éle» un pacha, un vi-ir, un insolent; je vole coulrc. »
Dans les journaux on dit à laFrance: «Ces gens-là te rongent; leur budget est toujours de seize cents millions; ton roi à bon marche' a déjà reçu quarante millions de liste civile; le ju4einilicu fait des coups d'Elat, on assomme à son compte sur Ics places publiques, et Gisquet achète des fusils anglais de rebut. On dit à laFrance: Le dernier des Coude a e(e suicidé... Une iennne, uns furie, obse'dait ce malheureux vieillard. Plusieurs fois il s'échappa tout sanglant de ses (n:)ins homicides. Elle voulait le forcer a léguer son bien à la maison d'Ork'ans.
Dans les rues, l'opposition ne parie pas; ellegroniie, comme les flots de la mei-, elle marche, heurte, dt'pnve !
Envers la première de ces opjKJsitions, le niinisière use de .séduction; il a un sourire «jui vaut son pesant d'or, il a des prcfcetures dans sa [Ktche et des Inilfcs siir sa table.
il oppose à la scooritlc un |)iociiiciu' du i\n «jni ne dort jamais , des coiiimissaires âpres à la saisie , et de mauvais journaux, bien payes pour mentir.
Contre h troisième, il envoie des assommeurs , des gendarmes, des mouchards et des généraux en qraïu/r pompr.
Or, il arriva qu'un jour, un journal, ruine, et fatigud d'avoir le procureur du roi à ses trousses, résolut de se faire traiter en opposition de première classe, et partantassimiler aux honorables à qui l'on sourit, à qui l'on ortredespre'fectures, et qui mangent des truffes avec les excellences. Il proposa ses services; on lui offrit, eu égard à ses capacite's, une plaça de comm-is aux barrières: c'était beaucoup. Cependant, le mignon dit //.' l'autre repondit gare! le mignon reprit oh! el vomit aussitôt un serpent au nez de l'cnlretnelteur Celui-ci, effrayé, tomba à genoux, les mains jointes, en suppliant le mignon de ravaler son serpent, ce qu'il fil, jnoyennaiit u:!e préfecture , qui lui fut octroyée sur l'heure. Depuis ce temps , le seipent Mignon ne mord plus, il lèche les pieds d'un maître, et dit comme une perruche bien apprise : «( A dricûncv a Jacqnot. »
LE DEVENANT (ï).
I! y a envirwi trois semaines qu'un revenant nous apparut ; il ne se montrait pis sons un aspect hideux , ti'aînant après hii de longues chaînes, comme les revenans de nos vieux contes ; ni des conscriptions, des impôts doublés, des mandats d'amener, des visites domiciliaires, comme les revenans révolutionn lires ; juais sou* les traits d'un aimable enfant dont on voit souvent la gracieuse image chez nos marchands d'estampes, il venait , comme le petit pèlerin , frapper légèrement à notre porte pour nous demander l'hospilalité ; il promettait de payer son écot en bons mots, en saillies, en épigramines, ea jolis refrains d'espérance et de gaieté. Ne craignez rien, nous i lisait-il, c'est un ami. Nous ouvrions à deux bat'aws pour le recevoir Il disparut Noms étions tous chagrins de ne plus le revoir, lorsqu'enfin nous avons appris qu'il nous apparaîtrait le jour de l'an, et chaque matin ensuite, accompagné d'une foule de revenans bons...
Mais le meilleur, quand leviendia - 1 - il ? patience!
Encore un peu de temps, et nous le leverrons. Tous ces grands fantômes qui épouvantent le monde du bruit des chaînes qu'ils y promènent avec fracas, disparaîtront devant le bourdon du petit pèlerin. Des qu'il se montrera, ils s'évanouiront ; et nous croirons sortir d'un long, d'un pénible cauchemar, quand, au lieu des meiibonges, des menaces, des vexations et des violences du juste- milieu, nou«. entendrons ces mots si doux qui s'échappent souvent de sa jolie petite bouche : Mon pays sera mes amours , toujours.