UNE VISITE A SAINTE-PELAGIE
Un équipage s'arrête devant Sainte-Pclagie ; c'est un dignitaire qni vient vis.iter les prisonniers : tout s'cmeut dans la maison ; les gardiens codient à leur po'îte , le direcleur se dc'couvre et présente les clefs. Les ilctsnus s'ngitent dans les corirs et se demandent le nonî de la personne bienveillante <\m ie souvient d'eux Tenez, le voilà cjui s'avance, nne main dans '•on gousset. C'est bon signe, dirent les pauvres... — Non, dit une voix,
« Ce geste-là ne me dit rien qui vaille, m
Qu'entendez-vous par là , monsieur? — J'ent'jnds que le dignitaire s'appelle Gisquet! A ce nom, prononce' d'une voix retentissante, lin long murmure s'élève dans rassemblée; l'e'cho le porte de corridor en corridor; en un clin-d'œil lotîtes les fenêtres se garnissent , la fureur se peint dans tous les regards , l'injure s'ecbappe en même temps de toules les bouches... Gisquel! s'c'crie-t-on de toules pirts , qne fait-il ici? vient-il insuller à ses victimes? Qu'il sorte! qu'il s'en aille! à ba-> Gi-quet! à la porte Givquet ! L'orage al'ait grossissant; en vain une aruK'cde iatelliles entoure le commis de Casimir; que peut leur .scrvile appui contre la fureur de douze cents déienus qui dcjà brisent leurs grillas, letus barreaux, et foiit arme de tout? La retraite fiait le seul paili raisonnable pour le malheureux prciet ; mais un sentiment de bonté, peut-êlre 1.3 premier de sa vie, le fait s'arrêter encore; il veut essayer du granri moyen pratique' par le juste-milieu ; il tire de sa pocbe une poignée d'ari^ent , et Je fait briller aux yeux de la foule. «Garde toiî or, lui crie-t-on , nous n'en voulons pas. Va , va hors d'ici acheter ceux cpii sont assez vils pour se vendre. Pour nous, nous ne te vendons rien ! Nous le donnons notre haine, » Alors le manchot rengaine son argent, et regagne sa voiture en baissant les yeux. Aussitôt le calme se rétablit ; on n'entend plus rien , mais une forte odeur d'huile rance se répand ciansla vaste enceinte de Sainte-Pélagie.
Il fut un temps oui d'autres visiteurs frappaient souvent à la porte de cette prison; ils y venaient à pied, san-) arme, sans suite ; leurs noms volaient aussi de bouche en bouche ; tous les prisonniers accouraient également poiu' les voir ; les pauvres surtout se pressaient autour d'eux , et alors des cris se taisaient entendre : mais c'étaient des cris de joie qui retentissaient encore long-temps après qu'ils s'étaient éloignés.
Aujuuid'hui ils ne viennent plus visiter les prisoimiers, car ils sont à leur tour prisonniers en Ecosse. [Jlisto'^icjiic. )
LES ET COETEBJ.
C'était à la Charjbredes dépu'.és : le iap[X)rteur du projet de loi sur la liste civile avait parcouru la longue suite des appointemens, gralilications, dotations , apanages que la France 8>L
censée donner, de grand-cœur, à notre bien-airm: Louis-Philippe; ie rapporteur, dans sa rapiditf! d'habile courtisan , n'avait mis que trois heures à éiiumerer Sa gigaiiJesque kvriel'e , tout juste ie teiips qu'il faudrait au roi-ciloycn poiu' conDpler l'or du moindre de sc'i coffres Tout à coup, croyant avoir endormi l'auditoire , l'orateur baisse la voix , et du ton le plus modeste, le plus bas, aussi bas que celui du juste-milieu deman-
dar}t la paix, articule legrn.'mcnt , murmure pour ainsi
dire, bourdonne enfin uu et cœlera de contrebande... — Oh ! oh! dit l'oppo-ition, qui ne dormait pas, (jue veut dire cet et cœteni? (Le rappijrteur descendait ticjà delà trihune.) Nommez , détaillez , dite^ q-ielie est la valeur intrinsèque de Vet caetera ; les ministres se regardaient. — Oh! Vet caetera ne passera !)as qu'il ne nous ait montre son passeport , quel est le chiffre de Vet caetera ? El l'opposition criait , gesticulait , commandait.— Les ministres pâlissaient. — Messictu's, dit l'orateur, ce n'est rien , ce n'est qu'wn peut et cvtera de formule,
de style, bon tout au plus à arrondir la phrase — Et les
coffres. Allons, allons, à combien se monte Vet caetera? Il faut dri positif, il faut des chiffrfs. — Les ministres rougissaient. — MessieiTrs , copJimia l'impudent oraleir, la discussion rouie sur une pure dispute de mo's, comme la serraine dernière sur le mot sujet; et cœlera est ià comme deo centimes à la suite des trancs.... Il ne faut pas.... — Dites-nous à combien se monte cet et caetera, sinon l'impôt , et , qui plus est., la liste civile, ne seront paye';» qu'en et caetera de la part des coniribuabies. — Les ministres se regardaient, palissaient , rougissaic nt, se tordaient sur leurs bancs. — Eh bien ! messieurs, puisqu'il iaiit vous le dire, Vet cœteru comprend la manufacture de Sèvres,.... celle des Gobeiins,.... celle de la Savonnerie,.... puis celle de Beauvais,.... puis le bois de Boulogne, — puis la forêt de Se'nart — Les ministres tremblaient comme quelqu'un qui a la fièvre. — Puis... le petit... apanage d'Orléans...
Bravo! escamoleurs politiques, c'est-à-dire plus de 3 millions contenus dans votre et caetera; c'est-à-dire uu et caetera de largesse-, ei de munificences |)our la liste civile, aussi large que Vet caeteraàie% misères du peuple, — aussi grand que Vet caetera des déshonneurs et des humiliations de la France Je
ne m'èîonne plus que le ministre du connncrce ait retranche' 1,200,000 francs sur les fonds affecte's aux secours à domicile des classes pauvres ! !! !