‹ [Les Cancans]Chapitre 78 sur 297 · B0II.EA.TT · texte numérisé non relu

B0II.EA.TT

Il était une fois une conspiration qui , ayant résolu de s'élever à la faveur de l'ombre, monta au milieu de la nuit dans les tours de Notre-Dame, et se mit discrètement à travailler au renvei'^ement du gouvernement, au moyen du bourdon, qu'elle n;'t en branle comme au jour de Pâques.

Ce qu'ayant ouï les gens de la police qui se promenaient par

hasard avec des »orches . il« exploitèrent la susdite conspiratiou , et reconiiiirent ( lairement cpi'eîle se comfMJsait de qualre individus mâles, coiffes de bonnets ronges et de chapcanx circ's, ;iltendii que c'étaient des rcpublicains dëguise's en carlistes. De plus, ils reconnnrcnt qne les tours de In cathédrale avaient rtci minces avec traîtrise par le sommet, pour mieux ébranler le-> fondemensdu trône, dccouverte pour laquelle le cl'efdes mouchards ne douta pas qu'il n'obtint la croix de la L<'gion-(! Honneur. Après plusieur- atitres di'couvertes de la même force, la pauvre conspiration fut bien et duement empoignée, s.ins rosi-,tance aucune, et fîirigce processionneiieu)ent , et aux flambeaux , vers la préfecture de police. C'est là qu'elle comparut , pieds et poings lies , devant le petit Gisquet , qui , ne voulant pas jierdre, en cette circonstance épineuse , 'a plos faible partie de sa dignité , lui tint à p.eu près ce lang;ige :

« Vous ignoriez, misérables carUstes, que tôt ou tard vous «t viendriez vous l>rû!er à la cliaiidelle que j'avais eu soin d'al- « iunier : mais, mo'ssofiJ7riirs, je le savais, car dans les com- « plots que vous formez contre la royaute'-citoyenne , il y a lou- « jours qiîelque chose qui c/oc7.'<°. Allez, licteurs, conduisez- « les au secret, ei pour cause. »

Au point du jour, la nouvelle de la grande conspifalion <-e répondit dans Paris; plusicus firent semblant d'y cro!re par délicatesse de principes^ tels que le fidèle Juunial des Débats, le Mrssaf^er, le Constitutionnel, et autres connaisseuis de première voire. Le reste .se luit à rire et haussa les épaules , attendu qne la conspiiation avait quelque chose qui sonnait ma! à l'oreille, quelque chose d'à-propos pour le budget et la lisie < ivile qui ressembla.t au brouillartl du télegiaphe de Lyon et au vol des médailles; au total , quelque chose de mvstifiant qui scniait les assommeurs , leipols-de-vin et la cravate.

Voici arrivé le jour où le négociant , seul devant son comptoir, ouvre son grand livre, et rapprcchaut le doit de Vavoir, pose enfin le chiffre proble'maticjue qui lui révèle le secret de sa fortune ou de sa luine.

Pour nous, petits fabricans de Cancans, noua qui spéculons sur les causeries publiques, nous avons dû suivre la règle géne'rale , et établir le bilan de la révolulion de juillet , afin d'être en mesiire de lui donner son compte à la première réquisition.

Voici le résultat de notre calcul :

PERTES. PBOFITS.

Deux budgets de 1600 mil- Un roi à bon marché.

lions: liste civile de près de Un riiflaid.

4o millions; vol des médailles; Un chapeau gris liouiyeois.

misères inouies ; banqueroutes De gros favoris, innombrables; suicides muiti- Une vi>igtaine de petits palais.

fERTES. PROFITS.

plies — , vaisseau! chargés d'or Un s<iu\.'cur. qui s'éloignent de nos ports.

Expctlitlon (le Lisbonne ; retraite précipitée de Belgique ; mort de li Pologne ; occupation militaire de la Vendée et de la Bretagne; primes de 20 francs par tète de réfractaires ; révolte des canuts à Lyon ; révolte de Grenoble; cjuasi-révoUe^ avec démolitions ; et incendies dans quinze ou vingt villes.

Coups de baïonnettes reçus par le peuple souverain. . . .

charges de cavalerie sur les prolétaires — ; coups de fusil tirés sur des enfans et des femmes; a^sommeurs soldés par la police; seuil du Palais-Royal souillé de sang.

\-Si\ Briqueville ; suicide du duc de Bourbon.

Persécution des ministres du culte; renversement des croix ; sacrilèges légaux ; loi sur le divorce ... ; trois cents procès politiques en dix-huit mois.

Dégradation , lente agonie , décès de la pairie.

Démissions bonorabîes de MM. de Fitz-James . etc.

Guerre étrangère probable ;

le commerce anéanti ; Ihon-

neur national aussi bas c|ue le

ministère ; inva>iou prochaine

u choléra-morbus.

Total des pertes et des miéres :

CINQ CEJVT QDINZE.

C'est-à-dire une par jour depuis la révolution de juillet! I

Troi-i douzaines de prolc^oles.

Les Périer diplomates.

Un arc-cn-ciel.

Une pièce de i5 sous.

Deux régimens décorés en masse.

M. Prunelle-

Une cour.

Un changement de domicile.

Bals superbes à la coin*.

Un fossé aux Tuileries.

Poinpes-Lobau.

Gi^qucts anglais, rubannés,

brevetés.

Poîs- de-vin.

Une cravate de foidard. Un héritage de 200 millions.

Charte-ve'rité.

W"" la baronne ds F à la

cour.

M. Persil.

Exhumation de vieux drapeaux .

M. de Sémonville.

Précieuse découverte faite par le Messager, d'une demidouzainedV/j/Tf/îj' de France

Préfec'uie anglaise en Belgique.

Prises d'assaut de cinq ou six couvents.

Visites domiciliaires.

Montalivet ! ! !

Total des consolations :

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