LE MOUTON
Je ne veux pas pailer de ce j)ctit animal qui fous'nit à vos besoins et sa chair et sa toison , qui se laisse tondre et dgorger sans se plaindre, et dont la France, hcla, ! nous oflre aujourd'hui la douloureuse image. Je ne veux pas non plus vous entretenir de ce horos fameux à qui nous devons l'invention de la seringue fulminante, et dont l'iiiston-e s'est chargée de transmettre le nom et les exploits à la posterilc.
Mon mouton est un prisonnier gage, à tant par heure de cachot, qui a l'habitude des inenoUes, et dont les doigts sont use's par le frottement lucratif des pouceltes. Enfin, c'est le faux frère des prisons.
Tantôt il est bonapirtiste enrage ; il a lait la campagne de Russie avec le pelit chapeau; il a eu l'honneur d'avoir les pieds gelesàSmoIensk. Si son de'vouement en réchappe, il ira mourir au pied de la colonne , con^me le chien Mc'dor.
Tantôt il s'appelle Marat , par vénération pour la mémoire de ce grand homme; il .1 un poif/nard et un bonnet rouge qu'd arrose de vin et de larmes patiiotiques ; il chante la Marseillaise à genoux , et éciiL, sans orlhographe , sur toutes les murailles : yh'c la liberté!
Une autrelôis , il a horreur du sang. Son pè-re était un ancien émigré; le reste de s;i fimilie e-t ntonté sur un échalaud : aussi vous comprenez combien il aime Henri V. Ah ! il donnerait mille fois sa vie pour une si belle tan^e.
Telle est l'iuiâme comédie qui se jotie tous les jours, au. Irais de la police , au milieu de la nombreuse société des détenus politiques. Ma. heur à ».-eux ipu donnent dans ce piège grossier ! malheur aui dupes qui s'échappent en présence du traître, car le soir l'acte d'accusation s'engraisse de ses rapports mensongers. l'C monstre comptj les soupirs; il pèse les larmes et les vend clandestinement, r-omme un butin inique, à la rapacité de laccusaleur puhlic.