LA LÉGITIMITÉ
De quel parti i. es~vous? — Je suis orléaniste. — Et vous? — Je suis répubL^ain. — Et vous? — Je suis boriaparliste. — Eh bien! moi , je ne suis d'aucuii parti : je suis royaliste. — Et vous appelez cela n'être d'aucun parti? — Oui, sans doute, messieurs, et je le [uouvc. Ch.icun de vous n est-il pas né de l'insurrection? La révolte ne ful-ei!e pas le marohe-pied qui vous to\niuisil iouràtour.ai poii\on-? Vous, orléanistes, après quinze années d'ortianisation secrèicel Iroisjomsiic révolte, vous apparûtes un programme à ia maiU. Vous, républicains, voli'e
règne commença par da désordres , et finit par des echafawds. Vous, bonapartistes, «eus avez gouverne' par les mitrailles de Saint-Roch , l'assassinat de Vincenncs et vingt années d'extermination. Pour nous , rovalisles, nous sommes les premiers et les ancieus mailres ; seuls, nou-> avons fies droits 3C(jiiis, et acquis non iiar des consoir.v.ions, ni des re'vollcs , ni des echafauds, ni des mitraillules (r) , mais par un vcite anliquc , universel et le'^'al, qu'une longue et glorieuse possession e-.t venue ratifier encore.
La Ic'gitimite' est comme la vraie mère ; elle seule en a la tendresse, l'économie, la vigilance; le désordre est dans le ménage, dès qu'elle est absente. Si les enfans se révoltent, la fausse mère est sans autorité pour les rappeler au devoir ; ils me'conlïaissent sa voix Elle a beau employer la violence, les i mprisonncMTJens, les persécutions, elle n'en sera pas mieux respecte'e. Giiaque jour elle verra décroitre sa puissance imaginnire. En vain elle aura recours au mensonge pour en imposer sur son origine; en vaiii, par des dehors emprunle's, elle copiera servilement le ton, les manières et jusqu'aux défauts de la mère légitime; vous la verrez s'habiller comme elle, se loger comme elle, s'entourer comme elle de serviteurs chamarrés; qii'im[)orte, on ne s'y méprendra jamais.
N'avez-voiis pas entendu Bonaparte, alors qu'il tenait l'épe'e haute sur tous les rois de lËuiope , s'éerier en soiq^irant : Je ne suis pas Itgifim;? Ne voyez-vous pas aujourd'hui les ministres du roi-citoyen s'attncher au mot niiasi , comme à l'ombre de la grande légitimité? Voyez comme ils suent pour pousser en avant le petit mot de sujets , ou Tépithète chérie d'en/ans de France qu'on leur dispute à outrance comme insolite et discordante à leur origine.
Non, messieurs, je ne suis d'aucun parti; je suis avec la France, avec sa gloire, sirtout avec son honneur; mais dès qu'elle n'a plus ni l'un ni l'autre, je n'en suis plus; je me retire dans le silence, non j)Our tiamer, en suivant vos tristes exemples, non pour m'armer contre vous d'un courroux que je pourrais croiie légitime , mais pour vous lais-er fane. Je ne voiiS dirai pas, comme la femme coupable au tribunal de Salomon : a Donnez m'en la moitié, ou ieulement un lambeau! » Je m'écrirai plutôt : « Ah ! laissez-la lein- tout entière !»