‹ [Les Cancans]Chapitre 87 sur 297 · ENCORE UX RÊVE · texte numérisé non relu

ENCORE UX RÊVE

J'ai fait cette nuit le rêve le plus affreux qu'oai prisse imaginer. Toutes les circonstances en sont présentes à mon esprit, et, au moment où j'écris, je ne puis me dcleudie d'un senliment

d'iiorreur J'étais jeurpe, j'avais dix-huit ans; c'e^t l'âge où

l'on aime, où le cœur e-.t accessible aux scntimens les plus généreux; mais moi, ce n'était pas cela, cai-, du haut d une tiibune, je criais, en désignant ime femme belle, noble et infortunée, il faut des lanternes Des hommes, aux bras

ensanglantés, au sourire féroce, m'applaudissaient et me donnaient des poignées de main brù!ante> qui me faisaient plaisir!!! Rientôt ils m'emmenèrent sur une place, et me montrèrent un homme qui passait dans une charrette; un peuple entier vomissait des imprécations contn' lui, et lui reprochait les crimes qu'il allait expier sur l'éch.Tlaud; cet homme me regarda avec des yeux égarés, et me dit : « Tu es mon fils, je t'ai engendré dans le sang, ta naissance e.>t douce comme le régicide!!! » Je me piis À rire comme mi stiipide, en regardant le bourreau qui tenait le patient, et je lui dis : « Bon courage, compère!....» A peine ce tableau était disparu, que les hommes aux bras rouges me lirent en ler dans un temple tendu de noir, au milieu duquel s'éjevail un riche catafalcjue, respi(;ndissant de brofleries ; mille ll.uubeaux dinceiaient dans ce lieu fuuèbre; un silence religieux, qui me glaçait dr craiirK;, n'était interromi"Hi que par les san-

jS;lots déchirons d'une femme qui se tenait penclic'e sur le nioniiment. Elle me fit signe (î'ai>procher ; je l'osai, et, levant le drap qui recouvrait le cercueil . je vis un jeisne homme, pâle et dc'figurc, dont la poitrine était perct'e de coups de poignard. Elle me dit : « C'est mon jeune époux ijue tu m'as ôîe', de peur cpje je ne devini,^e mcre ; mais Dieu a trompe' ta fureui-, ton crinje e^t inutile.... » Aussitôt un conccit délicieux se fit enten- <lre , la jeune femme se mit à sourire, elle n'était plus sur le tombeau , elle reposait dans un lit d'or jonclié de fleius , un enfant dormait sur son sein , et mille cris joyeux perçaient la voûte des cieux. Ce tableau, fait pour loucher un tigre, me mit en fin-eur ; j'appelai à moi les hommes aux bras rouges, et leur ayant versé à boire et distribué de l'or, ils brisèrent le lit , souillèrent les fleurs de satig et de fange , et, saisissant la jeune mère et son fils, les précipitèrent dans les flots. Cela fait, nous nous mîmes tous à danser sur les débris, et à chanter l'hymne de la débauche.

Jetant alors les yeux autour de moi, je vis des cachots, des fers et une grande femme qui présidait à l'assassinat d'un vieillard. Elle me monfrait, du doigt , un coffre rempli d'or, et me disait: « Nous partagerons tout »

Les cris du malheureux qu'on étranglait , les plaintes des victimes retenues dans les fers, les pleurs de toutes leurs familles qui me montraient leurs enfans près de succomber de misère m'empêchèrent d'entendre ce que la grande femme me disait...

Mais je n'aurais pu en supporter davantage. Je m'éveillai , et poussant un protond soupir, comme pour me soulager du poids fie tant de crimes, je me trouvai heureux d'être encore en prison, et de 5-ouffrir persécution pour la justiee

Voici uu trait affreux de la part de ces fameux Bourbons , de ces tyrans qui ont dévasté, pendant quinze ans, notre belle France, qu'on ne sera pas fâché de relire. Il montre combien ie crime était enraciné dans leurs âmes , surtout dans celle de cette jeune princesse, que sa terre natale et sa patrie adoptive repoussent de leur sein.

A l'époque de la conspiratiou de Grmner et Bouton contre M"»^ la duchesse de Berri , cette généieuse princesse , si digne d'être Française , écrivait à Louis XVIII , en apprenant qu'ils avaient été condamnés à mort :

Mon cher oncle, etc.,

« Comme je ne puis voir le roi aujourd'hui , je lui écris poui « lui demander la grâce de deux malheureux qui ont été, hier, « condamnés à mort pour tentative contre ma personne. Je se- « rais au désespoir qu'il pût y avoir des Français qui mourus- « sent à cause de moi. L'ange que je pleure en ce moment.

(( demandait la gi-âce de sou mtiirli ier ; il sera l'arbitre de ma a vie. Me permetfez-voiis , mon cher oncle, de l'imiter, et de « siippliei" Voire Majesté' d'accorder la grâce de la vie à ces « deux inîorluues? L'enemple du roi nous a habitue's à la clé- « nieiice; daignera-t-il permettre que les [)remiers momens de « l'existence de mon Henri .^ de mon fils, du vôtre, du fils de « la France, ne soient pas marques par une exécution?

« Excusez, mon cher oncle, la liberté que j'ose prendre de « vous ouvrir mon cœiu' dans toutes les occasions; votre iudul- « gente bonté m'y a encouragée. Mais je supplie le roi d'excua ser n)a hardiesse, et de croire mon respect aussi profond que « les sentimens avec le^quels je suis, etc. »

[Extrait du Journal de Paris et des départemens , politique, commercial et littéraire, à la date du mardi, 5 décembre 1820.)

Les sonneurs ont été mis hier soir en liberté. Il y a une question à faire sur cela à M. Gisquet On ces hommes ont étcvéritablement sonner les cloches et mettre !e feu à Notre-Dame fie leur propre mouvement, ou ils y ont été iiicités par la j olice. S'ils y ont été de leur chef, ils sont coupables, et on doit les juger ; si c'est la police qui les y a portés , c'est la police qui doit être mise en jugement ! Mais aujourd'hui, nous n'y regardons pas de si près; l'étendard de l'arbitraire est levé, et la France baisse son front, jadis superbe, devant les plus abominables attentats ,

O France! éveille-toi. O ma patrie ! prends-garde à la honte! ! Le juge d'instruction a fait amener hier devant lui des personnes arrêtées dans les premiers jours de janvier, et leur a dit : «Je suis fâché de vous avoir fait venir, les témoins avec lesquels vous deviez être confrontés se trouvent à soixante lieues il'ici. ))

Qwe M. le j<ige d'instruction prenne donc pitié de lui-même, qu'il cherche une autre excuse <jue celle-là; elle lui sert déjà depuis huit mois , elle devrait être usée! Mais non, le justemilieu ne prend plus la peine de déguisur sa tyrannie; il badine avec les verroux, il joue avec l'existence des hommes, avec tCMit ce (ju'il y a de plus .sacré! ! O France! ô France! n'enlend>-tu pas? O ma patrie! encore un coup, éveiile-toi ! Que ton honneur te soit clier encore! Et {«urquoi craindrais-jo de m'exprimcr hauteuieiit? Qui dotic a le droit de mMmposer .silence , si je ne dis rien que de juste ?

J ai résisté aux offres perfides et corruptrices du pouvoir ; j ai repoussé les lâches insinuations de la police; j'ai ri de Vidocq et de ses confidences maladroites. Vingt procès me réjouissent ; la prison m'ot précieuse. La mort ! la mort! tyrans» est j)ius douce que votre aspect odieux! O P^-ance! tu le vois! un >e(il homme peut les laire rougir

Page 1