‹ [Les Cancans]Chapitre 86 sur 297 · MILITAIRES · texte numérisé non relu

MILITAIRES

L'Iionneur est ru'; Fran-çais.

( Vieille chronique. )

Dieu me pardonne! uu peu plus j'allais appeler ces cancans les CANCANS DE LA GLOIRE. Vous le savez , la Gloire est bavanle , la Renommée a cent mille et tant de bouches, et de nos joui's sa voix a fait retentir notre nom dans les quatre parties (In monde; or donc ce titre, messieurs et mesdames, vous promettait des cancans de toute espèce, dans toutes les langues, car notre gloire militaire les connaît toutes, attendu qu'elle les a apprises long-temps dans toutes les capitales de l'Europe : nous aurions pcuL-être cancane' auprès des Pyramides, cancane auprès de l'Escurial , cancane sous les remparts d'A'ger, cancane' sur les ruines de Laccdcmone; mais ces beaux jours sont liasses : le temps n'est plus à la gloire , l'aigle ne vole plus de clochers en clochers juscjue sur les tours de Notre-Dame (d'aiileurs h-s tours de Notre-Dame sont dans 1 opposition) ; les lis ne vont plus fleurir sur le rivage africain, ou sous le brûlant soleil de la Grèce ; tous les deux sont exile's , et maintenant le coq se pavane sur nos vieilles bannièies : vainement il ouvre ses ailes, vainement sa crête rougit et s'agite; hëias! la honte seule la colore, et non pas le sangechaufté par la gloire ; son vol pesant le retient sur son fumier immonde, et ses griffe> avares y cherchent une double pâture, ses perles et sa pitance de millions. — Oh ! je vous le demande, braves soldats de toutes les armes , votre e'pe'c n'a-t-elle pas tressailli dans voire fourreau , et votre cœur dans Votre poitrine, au spectacle de toutes les humiliations cjue ic juste-milieu vous a lait souffrir? En Belgique, des ordres anglais vous déieudentde cueillir la palme qui se pre'sentait à vou. . et toute celte campagne si terrible et si biiilantedaos les journaux que paie le ministère, se termine par tme revue de limberbe triomphateur de Lyon. Par (ompen>ation , un oixire du jour vous force , vous, fils des anciens conquc'rans du monde, frères des vainqueurs d'Alger, à devenir les valets des sergens de ville, les auxiliaires des njouchards; votre c'pée fraternisera avec la /ion/rujre/JcVdesGisquetaires; votreunifornietonchei a leur uniforme; votre croix d'honneur se salira peut-être, en lui portant aide et secoiirs, sur la poitrine du garde-du-corps de Gisquel! O hortîe! ! ! ... A voir la onmluitc du ministère, nos soldais uesoiit

])Iusbons, dirail-on, qu'à maintenir le lx)n ordre dans ses fêles. Les puissances de l'Europe iiou» ou^ragenl et nous insultent , et nos guerriers vont protéger les mollets soyeux des danseuses ministcrielles; à la moinrlreeiainte d'im ministre timicîe , dos cavaliers galopent dans nos rue., et l'on force les fantassins à e'gorgernos Irères; on leur donne de l'or poir du sang de r('fractaire ; on les lance comme des machines de sie'gc sur des villes que la misère l'ait rcvolter; on voudrai' , par la ]>rofiision des croix qu'où leur distrilnie, les blaser sur l'honneur rlont elles sont le signe; et si IciH- cœui- de Français se soulève à ces bassesses, on les

envoie en exil sur la terre d'Alger, pour qii'iU mcdiient sur

leur ancienne gloire et leurs anciens triom[)hes!!

On a dernicreuïent soumis l'armée à une obligation sans exemple. On a ordonne' aux soldats de la garnison de Paris , d'obéir aux injonctions du premier agent de police qui voudra, en place publicjue, se servir de leur protection pour faire rc'ussir un acte le'gal ou arbitraire. C'est un trait de dégradation qui a dû faire monter la rougeur au front de quiconque porte le sabre ou l'épce dans noire vieille France, pays d honneur et de liberté.

Ah! du moins , dans le système royaliste, quiconque a fait de l'épée un noble usage, a droit aux honneurs publics. Nous ne faisons acception d'aucun parti. Dans la république , dans l'empire, nous trouvons de la gloire, et l'épée a toujours sa dignité. On dira que la restauration n2 fut pas toujours Sdèle à cette maxime. Ce fut pourtant son esprit, et ce n'est pas sa faute si elle y parut quelquefois infidèle. Les ministres à vues étroites doivent seuls être accusés. Ce n'est pas un ministre, ce n'est pas un homme de cour, c'est Louis XVIII qui disait que chaque soldat français avait dans sa giberne son bâton de maréchal ; et dans l'expédition d'Alger, conduite par un royaliste , on trouvera tous les nom5 que Bonaparte avaient prédestinés à la gloire. On traite mal quelquefois la restauration ; nous-mêmes, nous lui disons des vérités dures ; mais il faut lui rendre juslice. Elle n'eut pas peur des renommées militaires; ïlle les chercha au contraire, et elle fit une armée que Bonaparte lui eût enviée. C'est qu'elle laissait à l'armée sa dignité ; qu'elle ne la faisait pas servir à des expéditions de police, et qu'elle ne prenait pas dans son sein les escouades chargées d'escorter clandestinement une voiture de ministre.

Dans le système révolutionnaire du juste-milicu , rien de tout cela ne se trouve. Dans ce système , il n'y a plus d'armée , il n'y a plus de soldats , il n'y a plus d'honneui . On le voit dans l'ensemble de la conduite ministérielle, et on le voit dans les détails. L'armée, ayant pour chefs des banquiers, des parîeius , destrafiquans, de.-, agioteurs, des avares, des arubitieux, toutes

soit<îS lie gens en géi»eral {x;u siisccptibks d'a4noui- Je ia gloire, est par-là mcme ilans la plus faiisj^c po^ilinn f|iii jc i>\iis'<e voir. Dans ce svstcine , le coininaiidemciil militaire part (rmi fmnn- «ier, d'un homme d'argenl; on lend les lionneurs à nu IraituU. L'armt'e obc'il à un ministre, qui peut n'être devenu minislreqne parce qu'il est un bavai d. Il n'est pas bien e'tcnnant qu'on demande aux soldais de cette armée de se précipiter à plat ventre devant un mouchard. Cela doit être. Qu'est-ce qu'un soldat dans ce système? est-il un héros? est-il un brave? li est à peine un homme. Ce système n'a prévalu que pour soumettre le soldat à la rude condition d'un esclave, et on se croit autorise i\ lui demander ce que lesclave doit faire en tout pays de despotisme.

Maison se trompe; cet escUve est Français, c'est-à-dire, il n'est pas, il ne sera jamais esclave ; il n'obc'ira pas à des in.jonctions desergens de ville; il obéira à ses chefs naturels, à ceux qui portent comme lui le sabre ou l'e'pe'e , à ceux qu'il connaît et qui le connaissent. Tel est le soldat français, et en rei dant hommage à son caractère, nous avons voulu lui faire voir où sont ses amis, on sont les défenseurs de sa dignité , où sont les vengeurs de sa gloire.

(Extrait du Courrier de U Europe du 3i décembre )

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