SCÈNE FANTASMAGORIQUE
Celte nnit-Ià il y avait bal chez le roi-ciloven et cl^ez Gisqnet : chez !e premier, on dansait en rejomssance d'un trône et d'nne liste civile; chez le second , on faisait danseren réjouissance d'une sanglante conspiration qu'on devait arrêter sur la voie publique : or, ceux qu'on faisait danser à la police étaient les con>;pirateur.s eux-mêmes ; les mouchards battaient la mesure sur leurs côtes pour s'aguerrir à la conjuration, et aussi pour ne pas perdre l'habitude e!; la qualité' d'assommeurs , à laquelle ils tiennent plus que jamais depuis les dernit-res décorations. Il arriva donc ce soir-là qu'un homme fut accoste dans la rue Saint -Denis par un individu qui lui dit : v Monsieur, il y a i5 fr. à gagner: on se re'unit rue Montmorency, au passage ÎVlolière et me t!es Prouvaires. Voici im poignard et dcKW pistolets. >> {Historique.) La proposition était belle, honnête et eiccssiveraent adroite; aussi, l'homme qui passait comprit et refusa ; il continua son chemin. ?»l3is l'eriière lui deux innorens s'y laissèrent prendre* et après l'cchauffource , tandis que leurs co-conjnrcs allaient an bal, les malheureux visitèrent les prisons
de la pre'fecliue de police Là, ils reconnurent que les trois
pièces qu'ils avaient reçues ëtaienl fan^îses ; que le poignard était de la fabrique de Louvel , et les pistolets de la même qualité que les t'iisils-Gisquet. Malcdiclion î Cependant les deux bals continuèrent jusqu'à ce que lesiambes<les banquières et lesbras des mouchards tombassent de lassitude. Alors les voitures des heureux s'éloignèrent des deux hôtels... Les cris de rage devinrent plus rares dans les cours où les prisonniers bivouaquaient pêle-mêle; un grand silence rc'gna chez Gisq'iet et chez le roicitoyen : chez celui-ci, on se mit à compter l'or de la pauvre France ; chez Gisquel, on compta le fersdesdupesetdes innocens. Admirable sympathie des cœurs drois! accord parfait d'inle'rêts et de goûts! rapprochement heureux de probité et de justice ! nuit fecoi'.de et ingénieuse où l'on calculait de [ art et d'autre combien la conspiration t'tait avantageuse et lucrative; où les deux héros s'entrebaisaient ch.-iudeinent comme au jour des barricades! Après cette nuit pûiiliie, mais productive, le jour se leva triste et lugubre; un sentiment d'horreur glaçait l'iiabitaut de la grande elle; les âmes les moins accessibles à la crainte ne pouvaient se dcfendre d'iui p!es:erjliment funeste à la vue des fruits sanglans que la nuit avait encendK's : on entendait dessojpirs c'toullês, des demi-mots hardis qui présageaient de plus longs malheurs , et çà et là dus, regards supplians semblaient invoquer la foudre qui se balançait aux mams du Tout- Puissant.