‹ [Les Cancans]Chapitre 91 sur 297 · LA RUE DES PROUVAIRES · texte numérisé non relu

LA RUE DES PROUVAIRES

La machine gouvernementale craquait, comme un vieux bâtiment de guerre qui sombre ; le» Tuileries étaient silencieuses, et , enveloppées du brouillard du soir, ressemblaient de loin à un vaste catafalque couvert de tentures de deuil ; à la nu'-i tombanle, lorsqu'à travers l'atmosphère épaisse et humide du Cu-rousei, on voyait briller les mille lamimires du palais, on était lente de croire à la chapelle ardente d'une royauté expirante; bref, le pouls battait faible et irrégulier au bras du ministère ; des voix mystérieuses jetaient dans les airs , à l'heure de minuit, de; phr.isss inachevées du de profundis ; le coq gaulois criait dans les ténèbres; les pompes funèbres allaient avoir la pratique d'un gouvernement tout entier, et le fofsé (S&i Tuileries, frauilant h s droits du père La Chaise, allait se refermer sur les dépoui les njortelles du juste-milieu, au grand conlenlement de

foute la France Une cribC étonnante, inallencliic,

immense, iriesistil'ie, |X)uvait seule le sauver.... Elle le sauva , ctGisquet fut le medeon ! ! Et ici que charrue front se signe, que cliaque bouche se taise, que chaque oreilie ccoute , qii.î cliaque œil s'apranclisse.... ; je vnis «lire les grands et horriliraies fui?s, les gestes merveilleux de la nuit du2 février. Et d'îibord , comme une ombre eVocjue'e par une sorcière , quand l'horior^e de la prcfeclnre de police. sonna deux heures, une contre-re'voîuîion tout entière jaillit des quatre coins de la capitale, comme Sîinerve du cerveau de Jupiter, arme'e de pied en cap de sabres, de pistolets, de poignards et de pièces de canon en bau;îou!ière. Pvc'solue d'enlever les Tuileries de vive force, cJle se rendit en jilence, et sur la ppintc {lu pied, dans la lue des Prouvaires , «]ui lui servit de subterfuge; et là , après avoir demande la carie du restaurant, elle sorama î'hôte de servir un dîner pour Irois , aîtendu qu'elle se composait de carlistes , de républicains et de bonapartistes; et, soit dit en passant, remarquez, béne'voles lecteurs, le choix du lieu où devait se passer le repas homicide, au coin de la rue da Prouvaires et du Contrat-Social ; oui , là, afin que tous les vieux souvenirs républicains et monarchiques vinssent animer leurs fiers ressentimeus. Piousscau et ses rêves <le republique ressorlaient tout entieis de la rue du Conliat- Social ; les anciens jours de la France, avec ses troulxidours et

ses croisades, se retrouvaient dans la rue des prouvaires

() perfidie!.... Or donc la Irinité eonîre-révoîutionnoire allait s'asseoir; la police avait eu soin des préparatifs!.... Délicieuse police ! galant et ai.mable G isquel ! rien n'avait échappé à sa tendre sollicitude, le Xérès , les poignards , le Malaga, les proclamations, la. charpie et la poudre circulaient en tous spus dans les «nains de la «onspiralion! Douce surprise! une voiture d'armes, de fusiU et de munitions arrivait , en gui-e i e dessert, e! , pour comble , Ton annonça aux conjurés que les Gisquelaires venaient boire avec eux le coup de l'élricrf Délicieuse police!.... Les <oujuri's e levèrent..., et les Gisquelaires arrivèrent au pas de charge, et l'on trinqua..., non pas avec les verres..., mais avec l'acier àe-i é{)(-er..., avec les canons des pistolet^; (il fallait bien jouer la coiijuration et la victoire), et Ion joua des cro.^ses de lu.siUet des baïonnettes...; si bien qu'un Uonncic conspirateur qui ne se doutait p>.s le moins dîi mo;:t!e d'être de la partie, sortant de son aflrcux l'cpaire de bois de noyer, vêtu des voiles l'î'Clurncs et de son casque de colon, pour s'enquérir de l'événement, futbiv'netduement empoigné comme ex<ilanl à la haine it au nu'pris du gouvernement du roi-citoyen, et à changer l'ordre de juccessibiiité au trône; et la preuve, c'est qu'il faisait semblant d'être en chemise et en bonnet de coton.... La coujuraîion ain^i c'toufTée , fut amenée pieds et poings liés, à la préfecture de "police..., 'grand garde-manger de la juslice.... , réservoir dos assises et dci échalaud.s.., et l'oti entonna le TcDcuju en mécnoire du triomphe et de la pa'.rie sauvée une seconde lois.... L'on dit qn'.Tprès l'expédition, U'.i conjurés disaient aux v.iinqnenr.s.. .. : Savez-vnus, camarades, (|uo vous avez mis trop '^-' naturel daa.-. votre rôle ; que vos laines élaient aiguiscts, et

que maliKiiircuseinent nos cartouches avaient ilos bal'es. — Que voulez-vous V cciail !a con.signe ; un j en de sang ne i'ait pas de mil ; il n'y a ri -n de le;! ponr faire ouvrir les veux atix incrédules; car, quand le diable y sérail, disent les baciau'ls, on ne se fait pas tuer pour des j>riu)es !

Page 1