LE CANDIDAT MOUCHARD
Il se présenta devant Gisquet entre chien et loup, feninl en main une pétition apostillée par Vidoc. Le piéfct lut la lequête et l'apostille.
« Approche: tu veux êlre mouchard?
— Oui, répondit le drôle.
— Quel âge a;;-tu?
— Trente ans, bon pied , bon œil.
— C'est ce qu'il faut. Aimes-tu le gouvernement actuel?
— Condiien gagnerai-je par jour?
— Trois francs.
— Je l'aime.
— Quels sont Icsiiires à l'appui ûo. ta dcinantle?
— Dix années de réclusion pour vol.
— hs-lu maiqué?
— J'ai été marqiié pont- la cro'x de juillet.
— Bon. Sais-tu ('conter aux portes?
— Quant à ça, il n'y a pas mon second : j'ai uni; oreille du diabî-c.
— As-tu déjà dénonce' quelqu'un!'
— IN on.
— Tu ne sais donn pas t'iniroduire?
— Au contraire, c'est mon g:and talent.
J entendis, oui, pour volei- neut-êlre ; mais pour espionner, ce n'ot pas tout a fait In luéme cliosc : cela demande un
lact lotit (Kirticiilier.Tions, supposons q'ie lu vi,ijilies surprendre ma façon de penser ': te voilà à causer politi(|ue avec moi ; je suis carliste, et tu n'attends plus qu'un mot pour me dénoncer: comment ferais-tu pour tn'ar radier ce mot-là ?
— Je commencerais par vous faire croirerjue je suis plus carliste que vous.
— ■ Fi ! li ! moyen détestable, use'; c'est du Vidoc tout pur !
— Alors je dirais que je suis républicain.
— Pas davanïat^e. On se l'ait mallieureux , bien malheureux ; on cherche à attendrir, à toucher.
— C'est cela, à toucher ime aumône quelconque; et après cela on s'ccrie : Ah, mon Ijienfaifeur ! je n'onblierai ja nais le service que
— Bicj, très -bien, tu conçois j c'est as>ez pour dénoncer l'homme , car il devient certain pour toi que c'est un carliste qui conspire; il n'y a qu'eux qui donnent de l'ar^jent et qui soulagent le malheur î nous r^utres, nous ne donnons guère que du liz , du bouillon hollandais, des mottes et des coups de ^abre : l'îircjent et les bienl'ails sont carlistes, mnis carlistes ultra, tu comprends ?
— Oui, monsieur.
— En ce cas, je te nomme mouchard politique, pour le repos de 1 Etat el rnccroissemenl du rèi^ne glorieux de la nionar- «•hie Citoyenne. En celte noble qtialilé , reçois l'accolade froterïielie et d'usage. Le mot d'ordre de ce soir est gri'ppc-sou, celui de ralliement est bagne, et celui de passe est espagnolette. »