‹ [Les Cancans]Chapitre 94 sur 297 · LE CANDIDAT MOUCHARD · texte numérisé non relu

LE CANDIDAT MOUCHARD

Il se présenta devant Gisquet entre chien et loup, feninl en main une pétition apostillée par Vidoc. Le piéfct lut la lequête et l'apostille.

« Approche: tu veux êlre mouchard?

— Oui, répondit le drôle.

— Quel âge a;;-tu?

— Trente ans, bon pied , bon œil.

— C'est ce qu'il faut. Aimes-tu le gouvernement actuel?

— Condiien gagnerai-je par jour?

— Trois francs.

— Je l'aime.

— Quels sont Icsiiires à l'appui ûo. ta dcinantle?

— Dix années de réclusion pour vol.

— hs-lu maiqué?

— J'ai été marqiié pont- la cro'x de juillet.

— Bon. Sais-tu ('conter aux portes?

— Quant à ça, il n'y a pas mon second : j'ai uni; oreille du diabî-c.

— As-tu déjà dénonce' quelqu'un!'

— IN on.

— Tu ne sais donn pas t'iniroduire?

— Au contraire, c'est mon g:and talent.

J entendis, oui, pour volei- neut-êlre ; mais pour espionner, ce n'ot pas tout a fait In luéme cliosc : cela demande un

lact lotit (Kirticiilier.Tions, supposons q'ie lu vi,ijilies surprendre ma façon de penser ': te voilà à causer politi(|ue avec moi ; je suis carliste, et tu n'attends plus qu'un mot pour me dénoncer: comment ferais-tu pour tn'ar radier ce mot-là ?

— Je commencerais par vous faire croirerjue je suis plus carliste que vous.

— ■ Fi ! li ! moyen détestable, use'; c'est du Vidoc tout pur !

— Alors je dirais que je suis républicain.

— Pas davanïat^e. On se l'ait mallieureux , bien malheureux ; on cherche à attendrir, à toucher.

— C'est cela, à toucher ime aumône quelconque; et après cela on s'ccrie : Ah, mon Ijienfaifeur ! je n'onblierai ja nais le service que

— Bicj, très -bien, tu conçois j c'est as>ez pour dénoncer l'homme , car il devient certain pour toi que c'est un carliste qui conspire; il n'y a qu'eux qui donnent de l'ar^jent et qui soulagent le malheur î nous r^utres, nous ne donnons guère que du liz , du bouillon hollandais, des mottes et des coups de ^abre : l'îircjent et les bienl'ails sont carlistes, mnis carlistes ultra, tu comprends ?

— Oui, monsieur.

— En ce cas, je te nomme mouchard politique, pour le repos de 1 Etat el rnccroissemenl du rèi^ne glorieux de la nionar- «•hie Citoyenne. En celte noble qtialilé , reçois l'accolade froterïielie et d'usage. Le mot d'ordre de ce soir est gri'ppc-sou, celui de ralliement est bagne, et celui de passe est espagnolette. »

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