CHAPITRE III
Terminologie et classification des tumeurs
épithéliales.
Définitions el utilité du terme « Cancer ». ■ — Anciennes classifications binaires. — Sens du mot carcinome d'après Mûller. — Tumeurs épithéliales ou épidermidales de Lebert. — Hannovkr crée le terme d'épithéliome. — Terminologie de Thiersch — de Waldeyer — de Lancereavx — • de Corml et
Ran VI ER (le RlNDFLEISCH de ZlEGLER d'AlJGIER et A AN ErMENGEM
de BARD d'HERMAMN et LESUR d'IÏAUSF.R de QuKNU d'ALBARRAN
de Delbet. — Coup d'œil général sut- la terminologie des tumeurs épithéliales.— Classification de ces tumeurs en euthéliomes, épithéliomes et carcinomes, basée sur le degré de leur désorientation cellulaire.
Dès l'antiquité la plus; reculée, le terme de cancer a servi à désigner toutes les tumeurs à marche envahissante et rapide déterminant la mort. Mais peu à pou. sous l'influence des découvertes de l'histologie pathologique, Ton a été conduit à reconnaître la multiplicité spécifique des cancers et à refuser même à ce mol le droit do cité dans le langage médical.
Cependant, il existe cliniquement un groupe de lu m cuis dont I évolution présente les plus grands traits do ressemblance. (>cs tumeurs, qu'elles dérivent, connue les sarcomes, du tissu conjonctif ou qu'elles proviennent, comme les carcinomes et les épithéliomes, du tissu épithélial, ont pour commune caractéristique une tendanceà l'envahissemenl rapide cl à la généralisation. Elles peuvent évoluer avec plus ou moins de lenteur, suivant leur siège et la nature même de l'individu qui les porte; parfois leur marclic progressive est assez, peu rapide pour laisser à l'âge ou a une maladie intercurrente le temps de substituera la leur sa terminaison fatale.
Les cliniciens ont depuis longtemps déjà désigné l'ensemble
LES < INC ERS ÈPITUÈLIAUX
de ces tumeurs sous le nom de cancers, terme qui correspond parfaitemenl à celui de tumeurs malignes.
Prise dans ce sens, l'expression de cancerest utile, puisqu'elle représente une entité clinique indiscutable, el nous devions nous ranger à l'opinion des ailleurs qui la conservenl el la défendent. Toutes les Ibis que le médecin se trouvera en présence d'une tumeur à croissance rapide, à envahissement constant, cl que celle tumeur échappera, de par son siège, aux moyens habituels d'investigation, il se verra obligé, pour lui trouver une appellation, de choisir entre le mol cancer el l'expression tumeur maligne. Les deux ne préjugent rien de la nature histologique de l'affection, la première a pour justifier son emploi un usage séculaire et un sens bien précis.
Beaucoup d'anatomo-pathologisles cependant n'admetteni point le mot cancer. M. le professeur Gornil [Diction. Dechambre, p. 364) le définit ainsi : « Toutes les tumeurs qui désorganisent les tissus dans lesquels elles se développent en se substituant à eux, qui s'étendent au voisinage par continuité et par dissémination, qui récidivent après l'ablation, qui ne cèdent à aucun traitement, qui se généralisent ordinairement par des noyaux développés dans divers organes et par leur marche progressive, amènent un état cachectique spécial et la mort». Se basant sur ce lait que beaucoup de tumeurs histologiquement identiques se comportent d'une façon bénigne ou maligne, suivant leur siège, railleur conclut que le terme cancer ne correspond pas toujours à la définition qu'il en a donnée.
Pour amener celte concordance cependant, il suffirait de modifier légère m (Mil un des termes de la définition et d'admettre, par exemple, (pie, de même qu'il existe des maladies à terminaison presque tou jours mais non fatalement mortelle, de même aussi il exisle des cancers, c'est-à-dire des tumeurs caractérisées par la possibilité de 1'envahissemenl et de la généralisation, dont le pronostic peut être plus ou moins grave, suivant les circonstances.
L'on pourrait alors grouper sous le terme de cancer les tumeurs d'origine diverse à marche envahissante rapide susceptibles de généralisation el à terminaison presque toujours fatale.
TERMIXOLOGIE DES TUMEURS EPJT1IELIA LES
Quoi qu'il en soit, si l'on àclmel le terme clans le sens histologique du mot, il suffît de partager les cancers en deux groupes principaux, correspondant aux tumeurs malignes d'origine conjonctive et aux tumeurs malignes d'origine épithéliale, pour établir la concordance entre les faits cliniques e1 les données de l'histologie pathologique. L'on se trouve ainsi amené à distinguer :
i° Los cancers conjonctifs ;
2° Los cancers épithéliàux.
11 convient d'ajouter cependant que, si le terme do cancer est une expression commode, indispensable môme en clinique, il n'en osl pas tout à fait de même on matière d'histologie pathologique, où son emploi peut entraîner des confusions. C'est très certainement môme la crainte de ces confusions qui a poussé les observateurs les plus précis et les plus consciencieux à eu proscrire l'usage. Mais, comme les mois ne valent que par le sens que nous leur attribuons, comme, d'autre part, l'histologie pathologique ne peut absolument se détacher do la médecine dont elle n'est qu'une branche indispensable et qu'elle doit autant que possible viser à s'identifier à elle, je crois que, même on langage histologique, l'on peut conserver le terme de cancer, à la condition de lui laisser sa signification générale1 de tumeur maligne et d'éviter de s'en servir dans la terminologie spécifique dos productions néoplasiques.
L'expression do cancroïde, principalement employée par les histologistes anglais et qui comprenait au début tout oo qui, selon l'expression de Thiersch (i 865, p. 20), était du cancer tout en n en étant pas, est encore usitée dans la terminologie actuelle
CO] (> synonyme d'épithéliome à globes épidermiques. Dans
un sons plus vague encore, il désigne les tumeurs épithéliales à évolution lente, dépourvues habituellement de tendance à la généralisation.
Nous ii avons à nous occuper ici que du groupe des cancers épithéliàux, ou, pour mieux dire, ce groupe de cancers sera le seul que nous aurons à étudier dans le cadre plus étendu des
tumeurs épithéliales.
Mais si ces lu meurs forment, par leur nature et leur commune origine, un groupe remarquablement homogène, elles n'en
CANCERS éPITBSLIAUX. 3
LES CANCERS ÉPITHÉLIAUX
présentent pas moins une complexité de (ormes telle, que les Subdivisions créées pour leur élude, les termes employés poulies désigner constituent une synonymie assez compliquée qu'il importe d'établir tout d'abord sous peine de confusion. Ce qui caractérise en effet cette synonymie, c'est encore moins le nombre et la variété des termes que la diversité de leur application. Qu'il me soit donc permis de résumer brièvement ici les principales classifications e1 terminologies proposées par les auteurs. Il serait, je pense, inutile el oiseux de refaire l'historique complet de celte terminologie en partant des temps anciens: on en trouvera dans l'ouvrage d'ALBERTS i<S8j un résume très complet qui va d'HiPPOCBATE jusqu'à nos jours. Nous n'avons à envisager ici les tumeurs épithéliales qu'au point de vue de leur constitution intime ; leur véritable connaissance date de l'époque où Ton a appliqué le microscope à l'élude de l'anatomie pathologique e1 où est née par conséquent l'histologie pathologique.
Les classifications publiées antérieurement n'ont qu'un intérêt purement historique et peuvent être passées sous silence. Déplus, le seul but qui nous intéresse pratiquement, c'est de pouvoir nous mouvoir en connaissance de cause au milieu des expressions employées par les auteurs dont nous aurons à citer les travaux et à utiliser les observations.
Selon la doctrine professée par chacun de ceux qui ont tenté une classification des tumeurs épithéliales, celles-ci ont été ou réparties dans des groupes différents souvent très éloignés les uns des autres, ou au contraire réunies conformément à leur commune origine.
Je n'ai pas besoin de rappeler ici les anciennes divisions binaires de Lebert, de Laënnec, de Robix, etc., qui partageaienl les tumeurs en deux grands groupes selon que celles-ci présentaient un tissu analogue à ceux de l'économie normale (Homologie, Eïomceomorphie) ou un tissu différenl (Hétérologie, Hétéromorphie . Ces anciennes classifications étaient toutes inspirées
par l'effort que s'imposaient les auteurs pour l'aire cadrer les données de la clinique avec les nouvelles découvertes de la micrographie. Lorsque l'inanité de tous les caractères spécifiques successivement invoqués pour diagnostiquer les tumeurs eut (Me