LES CANCERS ÉP1T1IÈLIAUX
les tissus embryonnaires de la Truite. Ce fait indique nettement que fcoute cellule qui va subir la division karyokinétique doit être munie de ses deux centres de direction*
Les deux unités nucléaires formées par la division de la plaque équatoriale vonl maintenant tendre à reconstituer des noyaux-filles morphologiquement identiques à celui qui leur a donné naissance.
Les filaments chromatiques s'enchevêtreni et constituent un peloton de plus en plus sphérique. Le corps cellulaire s'étrangle de plus en plus {fig. 16 .
Bientôt enfin La cellule a subi la division complète; les noyaux des deux cellules -filles s'entourent (Tune membrane chromatique, s'organisenl en filaments, puis paraissenl ensuite le réseau et le nucléole. Chaque noyau se trouve alors, du fait de la division des sphères attractives, survenue à l'un des si a des quelconques delà fin de la karyokinèse, pourvu d'un ou de deux centres de direction destinés à garder l'étal passif jusqu'au moment où la cellule se trouvera en état de se diviser de nouveau {fig. 17).
Karyokinèse multipolaire. — Ainsi qu'on peut le voir par ce court résumé, les phénomènes de la division indirecte semblent être sous la direction de deux centres attractifs. .Mais le rôle de ces éléments apparaît beaucoup plus nettement encore dans les cas où leur nombre cesse d'être conforme à la normale, ainsi que l'ont constaté Hertwig (1887) sur les œufs d'oursin soumis à l'action de certains réactifs et Hennegui 1891 sur les cellules embryonnaires de la 'Truite. Trois sphères attractives dans une cellule donnent lieu à la division tripolaire du noyau [fig. 18 à 20); quatre sphères donnent lieu à la division quadripolaire, et ainsi de suite. Mais, fait qui prouve mieux encore l'influence attractive des corpuscules de direction et leur assimilation à une véritable force magnétique : deux noyaux dans une même cellule peuvent avoir chacun une sphère attractive qui leur soit propre e1 une autre qui soit commune à tous deux. Dans ce cas, chacun des noyaux se divise en s'appuyant d'une part sur sa sphère attractive propre, d'autre part sur la sphère attractive commune, mais celle dernière voit sa force
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directrice dédoublée et par conséquent affaiblie ; il en résulte g que la plaque équatoriale des
noyaux ainsi formés esl plus
Fig. 17.
Cellule de germe de Truite; neuvième phase de la division. Les deux cellules-filles ne sontplusréunies que par un petit faisceau de filaments connectifs présentant une plaque cellulaire. Dans la cellule inférieure, les sphères occupent leurs positions définitives aux pôles du noyau qui se prépa ce à une nouvelle division; d'après Henneguy, [896.
Fig. 18.
Cellule de germe de Truite présentant trois sphères attractives et deux plaques équatorialcs ; cette disposition correspond à la métaphase de la cellule représentée fig. 19; d'après Henneguy, 1 89 r .
rapprochée de la sphère attractive propre à chacun d'eux que de la sphère attractive commune. Henneguy a pu observer jusqu'à
Fig. 19. Fig. 20.
Cellule de germe de Truite dans Cellule de germe de Truite dans Ia-
laquellc trois sphères attractives exer- quelle trois sphères attractives agissent
cent leur action sur le noyau. La mein- sur le même noyau ; d'après Henneguy',
branc de celui-ci a disparu vis-à-vis des '891. trois sphères; d'après Henneguy, 1891.
quatre fuseaux achromatiques ayanl une sphère attractive commune.
CANCERS RriTItÉI.IAUX. i)
L E S CANCERS ÉPITUÉLIAVX
Tous ces faits nous intéressent au point de vue de la prolifération cellulaire des tumeurs, et j'y insiste intentionnellement pour bien mettre en évidence que les di\ isions anormales observées si souvent dans ces affections ne leur constituent pas un caractère spécial. Leur fréquence n'est imputable qu'aux conditions défectueuses au sein desquelles s'effectuent la nutrition el l'évolution des cellules épithéliales néoplasiques.
Peut-être cependant jouent-elles un certain pôle dans le processus (révolution épithéliale qui, ainsi que mous le verrons dans le chapitre suivant, constitue la cause mécanique des néoplasmes de celte catégorie, mais dans ce cas leur rôle n est pas mieux démontré que dans la formation des feuillets d'abord, puis des organes chez l'embryon normal où on les a observés. D'après Uertwig (1894, p. 229), ces figures seraient probablement dues dans les cancers à la présence d'un agent ehiniique.il fonde cette opinion sur ce fait que Schottlexder'(i888) a pu eu déterminer l'apparition dans l'épithélium de la membrane de Descemet de la grenouille en cautérisant la cornée au nitrate d'argent, et aussi sur ses propres expériences sur l'œuf du Toxopneusles liridus. En parlant d'agents chimiques dans les cancers, Hertwig entend sans doute par là les produits de sécrétion cellulaire retenus dans le sein des tissus par suite de leur condition anormale; la karyokinèse multipolaire serait donc pour lui un phénomène concomitant dans les tumeurs et non un phénomène déterminant.
La division indirecte dans les tumeurs a fait l'objet de recherches beaucoup plus nombreuses que la division directe : cependant, l'on peut dire d'une façon générale que, jusqu'ici tout au moins, ces recherches n'ont point contribué à étendre nos connaissances sur les phénomènes de la cytodiérèse el qu'elles ont seulement démontré l'identité des processus de division dans les tissus normaux et dans les tissus pathologiques. Ce fait n'a rien qui doive nous surprendre; les phénomènes intimes de la cytodiérèse et de la karyokinèse en particulier ne peine ni se déceler que sur des matériaux exceptionellement favorables tant par leur taille que par la perfection des moyens de fixation employés pour leur étude. Or les cellules des tissus de l'homme sont d'une dimension relativement faible et.
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— abstraction faite des cellules gigantesques de quelques carcinomes—plus difficiles à étudier que les éléments des Batraciens etdes Végétaux dans lesquels on a décelé pour la première lois les phénomènes karyokinétiques.
AiiNor.n mentionne, dès 1879, la présence de cellules en voie de division indirecte dans Les tumeurs épithéliales e1
Fig. ai.
Karyokinèses bipolaires dans les cellules cancéreuses, d'après Lustig et Galeotti, i8«)T.
Ton peut dire qu'il signale du premier coup tous les phénomènes karyokinétiques, tant normaux qu'anormaux, susceptibles de se rencontrer dans les néoplasmes. Ses figures 0-20 se rapportenl à des divisions tripolaires de deux épithéliomes de la lèvre el de l'utérus, e1 dans ses figures 35 à 36 il représente des phases de division par trois dans des cellules d'un cancer du sein. Naturellement, ses observations sont loin d'être aussi complètes que celles de ses successeurs, et l'histoire des
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travaux de ceux-ci suivra une marche parallèle à celle de l'histoire générale de la karyokinèse.
Mahïix (1887), en étudiant les cellules d'un cancer de la glande mammaire, y signale également diverses phases de la division indirecte.
Dans deux mémoires parus en 1886 e1 en 1891, M . le professeur Cornil étudie la division cellulaire de diverses formes de cancers et de papillomes. Dans le premier mémoire, il décrit et figure {fig. i-3, i5 et 17) soit des formes en fuseau, soit des formes en barillel parfaitement normales H rigoureusement bipolaires. Il décril également des segmentations indirectes pluripolaires analogues à celles qu'ARNOLD avait découvertes. Les figures de M. Cornil sont instructives en ce, qu'elles représentent bien les détails intimes nucléaires et permettent de reconnaître déjà l'influence des filaments achromatiques sur la marclie des éléments chromatiques.
Le second travail de M. Cornil, conçu au moment où naissait la théorie coccidienne, est écrit un peu sous l'influence de cette théorie. Non (pie Fauteur ait la velléité de la défendre, mais Ton y voit une préoccupation marquée de vérifier les moindres détails des anomalies cellulaires et d'en pénétrer l'origine. Bien que le savant professeur se soit borné dans ce travail à figurer et à interpréter les formes de dégénérescence cellulaire sans trop insister sur leur analogie avec les pseudo-coccidics décrites à celle époque, peut-être eût-on évité de nombreux tâtonnements el de longues erreurs en adoptant ses interprétations et en homologuant ses figures à celles que l'on voulait considérer comme des parasites. J'aurai l'occasion de revenir plus loin sur cet important mémoire à propos des dégénérescences cellulaires ; pour le moment, je me contenterai de dire que l'on y trouve figurées toutes les formes de la division indirecte pluripolaire.
Après les initiateurs dont je viens de citer les travaux, un grand nombre d'auteurs reprennent l'étude de la division indirecte dans les tumeurs. Sebastia.no-Giova.nni (1886), Hansemann (1890), les mentionnent et les décrivent. Borhkl (1892), dans son travail déjà cité à propos de la division directe, s'occupe également de la division indirecte lté et pl u ripolai re. Moi-même,
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en [892, j'ai signalé la présence des centrosomes dans les cellules cancéreuses en voie de karyokinèse.
Plus récemmenl enfin, Lustig cl Galeotti (1893), Gaxeotti (1893), oui repris L'étude de la karyokinèse dans les tumeurs épithéliales et en oui donné les figures nu se trouvent indiqués les détails de structure relatifs à la sphère attractive cl au centrosome, tant dans la cellule au repos que dans celle en voie de multiplication.
Il ressort aussi nettement que possible de tous ces travaux la preuve évidente que rien ne permet de distinguer la division cellulaire des tumeurs ou des tissus pathologiques de celle des tissus sains. Là où commence la difl'érence entre ceux-ci et ceux-là, c'est quand les phénomènes de dégénérescence propres aux tumeurs épithéliales interviennent secondairement pour arrêter la marche du processus et en altérer la nature. Mais l'étude de ces dégénérescences n'entre pas dans le cadre de ce chapitre ; elles ne sont pas spéciales aux cellules en division et doivent être l'objet d'une division particulière où on les envisagera dans leur ensemble.