E S CAS C KHS EI'ITHKLIM'X
atteindre près do deux millimètres, mesure en moyenne o""a,io.
Tel est le tableau résumé de l'évolution morphologique des cellules de l'épithélium cutané à Trial normal; nous aurons souvent l'occasion de rappeler les traits de cette évolution qui se retrouvent sous une forme souvenl exagérée à l'état pathologique, et il était, pour celle raison, absolument indispensable d'en donner une vue d'ensemble. Pour les mêmes raisons, nous devons compléter ce tableau morphologique en présentant parallèlement les modifications chimiques des éléments épidermiques de leur naissance à leur mort.
.Nous avons vu plus haut que les cellules de la couche basilaire offraient au plus haut degré le caractère de la cellule vivante et en pleine activité de nutrition et de reproduction : hydratation, turgescence, gros noyau riche en chromatine ; suivons cette cellule dans sa marche vers l'extérieur. A deux ou trois étages cellulaires au-dessus de la couche génératrice nous Aoyons l'élément subir certaines modifications qui se traduisent, en présence des moyens d'investigation dont nous disposons aujourd'hui, par des réactions différentes de celles qu'il présentait un peu plus bas. Tandis qu'à ce niveau le plasma cellulaire se colorait assez vivement par les couleurs nucléophiles, il ne tarde pas à perdre cette réaction. Le noyau seul en se limitant, en acquérant des contours plus nets tram lie plus vivement sur les préparations colorées. En même temps apparaît la structure filamenteuse décrite plus haut et qui semble indiquer un commencement de différenciation fonctionnelle intra-ccllulaire. De la couche cellulaire à l'étage le plus élevé de la couche de Malpighi ces caractères s'accentuent progressivement, mais (mi somme la cellule demeure encore vivante el peut même, semble-t-il, sous l'influence (h1 certains agents, se mettre à proliférer. La phase de régression vraie, l'acheminement vers l'atrophie commence en réalité au niveau du stratum granulosum. ("est à ce niveau <pie s'arrêtent les prolongements
nerveux i n I ra-épiderni hpies, à ce niveau (pie la cellule perd sa Constitution typique, a ce niveau enfin <pf apparaissent parfois les altérations nécrobiotiques qui se manifestent sous forme de dépôts d'une substance liquide, l'éléidine (Ranvikh).
TU M E URS ÉPI TU Ê UAL E s I) E H E VÊT E M E NT
L'éléidine serait donc une substance de transition entre le plasma vivant et le produit organique, amorphe, qui résulte de la perte de ses propriétés vitales, la kératine. L'éléidine est, d'après M. Ranvier, une substance liquide, très soluble dans les acides et qui, plus encore que la chromatine, fixe le carmin puisque dans une solution de picrocarminate d'ammoniaque au i/iooo elle acquiert en quelques minutes une coloration rose très intense qui permet de la distinguera première vue sur les coupes. Pour la mettre en évidence, l'auteur fixe des fragments de peau dans l'alcool h 90 degrés pendant un temps aussi court que possible, y pratique des coupes qu'il colore, comme nous venons de le dire, et qu'il monte dans la glycérine neutre. Avec l'hématoxyline vieille on arrive aussi au même résultat.
Nous avons pu nous convaincre que ce n'était pas seulement pour ces deux matières colorantes que l'éléidine possédait l'affinité qu'on lui connaît. Sur les coupes de peau fixées à l'alcool ou au liquide de Flemming et colorées à la safranine, l'on constate très facilement aussi la présence du stratum granulosum avec ses grains réfringents d'éléidine, mais il existe dans le rapport de l'intensité de coloration une différence notable. Tandis que le carmin se fixe principalement sur l'éléidine en réservant la kératine des couches supérieures, la safranine colore les éléments épidermiques d'une façon d'autant plus intense qu'ils sont plus fortement kératinisés. Il résulte par conséquent que, sur une coupe de peau traitée par ce colorant, les cellules malpighiennes sont d'un rose jaunâtre, les cellules voisines du stratum granulosum présentent déjà quelques granulations jaune rosé, que celles du stratum granulosum intensivement piquetées de rouge et qu'enfin le stratum lucidum et la couche cornée forment deux zones rouges superposées d'intensité croissante. Cette réaction devait être indiquée et sera souvent rappelée dans le cours de recherches où nous avons beaucoup employé les matières colorantes d'aniline. Nous devons ajouter toutefois que si l'on continue la décoloration des préparations, les substances ci-dessus abandonnent la safranine bien avant les éléments chromatiques nucléaires.
Dans les cellules du stratum lucidum, M. Ranvier a constaté l'existence de l'éléidine sous forme de larges flaques creusées
LES CANCERS É P I THÉ LIA l A
de vacuoles. Elle disparaît totalement dans la couche cornée. On a constaté la présence do l'éléidine dans un grand nombre de revêtements épithéliaux autres que celui de la peau. .M. |{ lnvier l'a vue exister par place dans la muqueuse buccale el œsophagienne des vertébrés, dans la matrice des oncles, dans les cellules formatives de la moelle des poils de l'homme. YValdeyer iSS'a l'aurait trouvée chez les oiseaux et les reptiles et la considère comme une substance solide, opinion contredite par 11 an vi Kit ; Unna (1882) enfin pense que celte substance est analogue à la substance décrite sous le nom de hyaline par Recklinghausen et Meyer et propose de la dénommer kératohyaline, mais l'on ne peut s'empêcher de constater un fait général qui ressort de ces travaux, c'est que la kératinisation peut s'effectuer dans un même épithélium sans formation préalable de grains d'éléidine. Ainsi dans l'épithélium des papilles dentées delà langue duMacaque, M. R\NviEit(i884)a constaté la présence de l'éléidine sur la face antérieure et non sur la face postérieure (pl. I, fig. 8). La surface entière de la papille est cependant recouverte d'un épithélium identique dont l'épaisseur seule varie.
En présence de ces observations, il est permis de se demander si l'éléidine ne représente pas une forme particulière de l'altération physiologique des cellules en voie de kératinisation et non un stade chimique défini et constant de cette altération.
Si Ton traite un fragment de peau par l'acide osmique, ou constate avec M. Ranvier que la couche cornée seule se colore en noir, tandis que le st. lucidum et le si. granulosum sousjacents demeurent incolores, fait que Ton peut attribuer à l'imprégnation de la première par la graisse, alors que les éléments des couches sous-jaecnles encore hydratées repoussent cette dernière.
La kératine, qui constitue la couche cornée et provient de la transformation de l'éléidine, n'absorbe plus le carmin, mais se colore vivement en jaune par l'acide picrique. En présence des
couleurs d'aniline, sal'ianine, violet gentiane, (die se teint nu Contraire fortement en rouge ou eu bleu. Il est important d'insister sur ces réactions qui trouveront de fréquentes
TUMEURS Ê PITIIÉ LIA L E S DE REVÊTEMENT i(>5
applications dans L'étude des altérations cellulaires dont les épithéliomes cornés sont le siège.
La kératine est insoluble clans 1' éther, l'alcool, l'eau et les acides étendus bouillants, soluble ou décomposable dans les acides forts à chaud. A l'état de siecité, la kératine pure est cassante, très hygrométrique.
La couche cornée de l'épiderme n'est pas composée uniquement de kératine; il y entre une forte proportion de substances grasses et d'éléments résiduels. Mais elle tire ses propriétés essentielles de sa grande teneur en kératine.
Épithêlium pavimenteux stratifié des muqueuses. — Si de l'épithélium dermique ou cutané nous passons à ceux qui tapissent certaines muqueuses, nous constatons entre eux les plus grands points de ressemblance. Même constitution, même mode d'évolution. Les cellules de la couche superficielle seules en contact avec les liquides de l'organisme subissent une fin que l'on pourrait qualifier de desquammation humide par comparaison avec la desquammation sèche de la peau. Elles tombent plus vite et plus jeunes sans avoir le temps de constituer une couche cornée. L'évolution est, au fond, si complètement identique, que les muqueuses de ce type, exposées accidentellement au contact prolongé de l'air et aux frottements, se recouvrent rapidement d'une couche cornée, plus mince que celle de la peau, mais exactement semblable à elle. On peut donc considérer ces muqueuses comme un épidémie cutané rudimentaire auquel manquerait la couche cornée, remplacée par une assise de cellules plates rangées sur plusieurs couches et dont les supérieures tombent progressivement pour l'aire place à celles qui viennent des couches plus inférieures.