LES CA.XCI-IIS ÉPITHÉLIAUX
aspect, groupées en masses assez volumineuses, lesquelles sont séparées les unes des autres par des travées conjonctives extrêmement minces, réduites à l'épaisseur de quelques fibres et de quelques cellules seulement. Des figures de division indirectes assez peu nombreuses se remarquent çà el là. Pas de couche basilaire autour des amas; pas d'orientation cellulaire concentrique dans leur épaisseur. Quelle est l'origine de ces amas épithéliaux ? Le raisonnement pourrait à la rigueur nous l'enseigner ou nous permettre tout au moins à ce sujel une déduction vraisemblable. La peau de la plante du pied ne possède point de glandes sébacées, par conséquent la tumeur ne reconnaît pas ces dernières comme point de départ. Les glandes sudoripares sont intactes, ainsi qu'on peut le reconnaître sur la figure 76 où elles forment une couche continue. Donc il est probable que la couche basilaire épidermique a, par prolifération, donné naissance au néoplasme. Mais, pour si probante qu'elle soit, cette déduction n'aurait que la valeur d'une hypothèse ; on pourrait lui opposer certaines objections : la présence, par exemple, de glandes sébacées erratiques juste au point d'apparition de la tumeur, l'existence de glandes sudoripares plus voisines de la couche épidermique, etc. Passons donc à l'étude des faits. Sur la coupe d'ensemble, nous voyons en P des bourgeons presque filiformes qui s'enfoncent dans le stroma conjonctif en présentant à leurs extrémités un petit renflement en massue. Certains de ces bourgeons sont terminés par une masse plus volumineuse dont la constitution est identique à celle des amas épithéliaux isolés. Voilà une preuve matérielle de l'origine de la tumeur. Mieux encore; sur une des coupes partielles verticales l'un des bourgeons émanant de la couche basilaire a évolué dans le sens adulte; il a produit dans son épaisseur un globe épidermique parfaitement constitué. Deuxième fait venant corroborer le premier et nous confirmer dans notre opinion. Si maintenant l'on veut bien se reporter quelques pages plus loin et voir les ligures qui représentent certains carcinomes de la parotide ou du sein dont l'origine ne peut être mise en doute, on verra du premier coup d'œil quelle étroite parenté réunit ces deux formes de tumeurs si semblables d'aspect et si dillerentes d'origine.
CARCINOMES DE REVÊTEMENT aog
Il s'en faut de beaucoup que toutes les tumeurs à désorientation totale soient aussi faciles à lire que celle dont nous venons de voir la description. Il en est qui, soit par la pauvreté de leurs caractères distinctifs, soit par la pénurie des matériaux dont on dispose, demeurent histogénétiquement indéchiffrables. On les classe dans les carcinomes sans pouvoir dire si c'est l'épidémie ou une glande qui leur a donné naissance. Je pense
Fig. 76.
Vue d'ensemble d'un carcinome malpighien embryonnaire de la plante du pied (n° 12t. G. L). M, couche de Malpighi en voie d'épaississement ; L, lobule du carcinome; P, papille de la couche basilaire en voie de prolifération vers la profondeur; SS, couche de glandes sudoripares; G, lobules de graisse. Gross. 6/1.
cependant que la connaissance plus approfondie de la cytologie réduira peu à peu le nombre de ces cas insolubles en montrant des différences d'évolution dans les cellules d'origine différente. Quoi qu'il en soit, au point de vue clinique la question ne semble pas avoir une grande importance. Que le carcinome embryonnaire dérive de l'épidermc ou qu'il provienne de l'épithélium glandulaire, il n'en présente pas moins les mômes caractères cliniques, le même fâcheux pronostic. Sa gravité ne tient pas à son origine ; elle relève tout entière de la forme sons laquelle vivent et se multiplient les cellules qui entrent
CANCERS ÉPITHKLIAUX. 14
LES CANCERS ÊPIT1IÈLIAUX
dans sa constitution, de la facilité que présentent celles-ci à se détacher de leur lieu de naissance pour aller ailleurs fonder les rudiments de nouvelles colonies cancéreuses et enfin du stade auquel évoluent ces cellules qui, demeurant à peu près indéfiniment en état d'activité vitale gardent ainsi le pouvoir de former rapidement des masses volumineuses susceptibles de troubler profondément les fonctions les plus essentielles de ( économie, soit mécaniquement, soit par les sécrétions dont elles sont le siège.
Carcinomes à cellules cylindriques stratifiées. — Il non- faul maintenant établir le parallèle entre les carcinomes précédents et ceux qui dérivent d'épithéliums cylindriques stratifiés tels que celui de la vessie ou de la muqueuse olfactive.
De même que pour les tumeurs précédentes, il faut distinguer les formes adultes et les formes embryonnaires. Ces dernières, différant très peu de leurs congénères du tissu pavimenteux, ne peuvent guère s'en discerner que par leur siège, leur origine commune ou par quelque tendance à l'évolution adulte dans certaines de leurs parties où reparaissent alors les caractères du tissu qui leur a donné naissance.
En ce qui concerne les carcinomes stratifiés adultes, les observateurs sont nombreux qui les décrivent histologiquement et cliniquement. Malheureusement, ici également, la terminologie employée prête à dételles confusions que l'on est obligé d'étudier de très près les descriptions des auteurs pour les mettre en harmonie avec celle que nous avons adoptée. Du moment, en effet, que la caractéristique due à l'orientation des cellules multiplicatrices de la tumeur se trouve négligée, l'on est conduit à confondre, dans un même groupe, les épithéliomes et les carcinomes adultes dans lesquels se retrouvent presque identiques les mêmes caractères cellulaires. Si nous nous reportons à l'important travail de Hallé (1896) sur les leucoplasies et les cancroïdes de l'appareil urinaire ainsi qu'aux nombreux travaux de l'école de M. le professeur Guyon, nous voyons que les termes de « cancroïdes » et d'épithéliomes s'appliquent à toutes les tumeurs dans lesquelles le tissu épithélial tend à revêtir « l'aspect de la couche de Malpighi ». Le terme de cancer ou d'épithéliome tubulé, ou encore de carcinome, esl
CARCINOMES DE REVÊTEMENT an
alors réservé aux tumeurs embryonnaires sans distinction de l'état de leur désorientation cellulaire.
J'ai eu très peu de tumeurs de cette nature entre les mains et la plupart provenaient de l'obligeance de mes collègues du service de M. le professeur Guyon. Aussi n'insisterai-je pas sur les points de détails de leur constitution histologique et me bornerai-je à faire remarquer que là, comme ailleurs, les distinctions que nous avons établies à propos des tumeurs pavimenteuses stratifiées se retrouvent aussi nettement et se démontrent avec la même facilité lorsqu'on se reporte aux figures et aux descriptions précises des auteurs qui en ont fait l'histologie.