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CHAPITRE XIV

Évolution cellulaire des tumeurs de revêtement.

Influence de la désorientation sur l'évolution cellulaire. — Distinction entre l'évolution vers le type adulte et l'évolution vers le type embryonnaire. — Cellule kératinisée dans son ensemble. — Kéralinisalion du protoplasma. — Kératinisation du noyau.

Quelque nombreuses que soient les modifications imprimées à la cellule épithéliale par le processus néoplasique, elles se laissent aisément pénétrer si on les envisage comme des conséquences de la désorientation.

Ou la tumeur dont on étudie les éléments évolue vers le type adulte, et alors ceux-ci, après une phase plus ou moins longue dévie embryonnaire et de multiplication, aboutissent à la fin naturelle qui leur est dévolue, c'est-à-dire à l'atrophie, ou bien la tumeur évolue dans le sens embryonnaire et, dans ce cas, ses éléments gardent à la fois indéfiniment et les caractères de la cellule jeune et ses facultés de multiplication. On comprend aisément que les tumeurs du premier type doivent présenter des formes cellulaires bien plus diverses, bien plus hautement différenciées que celles du second, puisqu'à autanl de tissus épithéliaux de revêtement normaux correspondent autant de tissus néoplasiques qui en dérivent, tandis <|iie la cellule embryonnaire ayant un faciès et des caractères à peu prés uniformes dans toute la série (les épithéliuins de revêtement, les tumeurs qui sont formées de ces éléments participent de leur uniformité morphologique. Gela revienl à dire que révolution cellulaire des tumeurs épilhéliales de revêtement est d'autant plus simple que ces tumeurs sont plus embryonnaires

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et que, sous la forme la plus accentuée de celle dernière condition, révolution se borne à une prolifération indelinie, la cellule oscillant toujours entre l'état de repos et l'état de division directe, indirecte ou endogène.

Si la cellule néoplasique évoluant vers le type adulte conserve les caractères essentiels de la cellule tissulaire dont elle dérive, il ne s'ensuit pas cependant que son évolution morphologique soit rigoureusement parallèle à celle de cette dernière. Ses propriétés chimiques et, jusqu'à un certain point, sa constitution intime demeurant conservées, elle éprouve, du fait même de sa situation anormale, de profondes déviations morphologiques. De plus, ces déviations ne portent pas simultanément sur toutes ses parties; elles frappent quelquefois le noyau et le protoplasma, mais souvent aussi respectent l'un des deux; d'où une complexité de formes plus apparente que réelle, formes qui se rattachent graduellement les unes aux autres et s'expliquent par leur gradation même.

Les épithéliums de revêtement étantassez nombreux et assez variés, nous ne pourrons les envisager tous dans leurs modifications pathologiques et nous nous bornerons à prendre comme type le plus important d'entre eux, l'épi (hélium pavimenteux stratifié, le plus important de l'économie.

Pour bien pénétrer le sons des déviations pathologiques d'un épithélium, il importe avant tout d'avoir constamment présentes à la pensée les grandes lignes de son évolution normale. M'étant longuement étendu sur celle de l'épithélium pavimenteux stratifié, je me bornerai à rappeler ici que ses cellules dérivant d'une couche basilairc embryonnaire sont progressivement repoussées de la profondeur vers la surface par le développement de leurs sœurs plus jeunes, qu'au fur et à mesure de leur éloignement de la couche basilaire elles revêlent d'abord les caractères de la cellule à filaments de la couche de Malpighi, puis ceux des cellules à granulations d eléidine propres au « stralum granulosum » et prennent enfin l'aspect atrophié h s.énile des éléments du « stratum lucidum » et de la couche cornée.

I >ans léS tu meurs les pl us si ni pies, celles qui doivent ce titre

plus à leur parenté histologi.que et à leur rôle philogénétique

ai4 LES CANCERS EPITHELIA VX

qu'à leurs caractères cliniques, je veux parler des papillomes, l'on n'observe pas d'autre évolution que celle dont nous venons de tracer les grands traits. La cause qui occasionne l'accumulation épithéliale n'étant pas encore assez, accusée pour entraver sa marche normale, les éléments frappés de dégénérescence ne diffèrent en rien de ceux du tissu dont ils dérivent; on trouver;) dans le chapitre ix relatif aux euthéliomes de revêtement les raisons de cette particularité sur laquelle il est inutile de revenir.

Si pourtant la cellule épithéliale du papillome aboutit normalement à la dégénérescence cornée centrifuge, elle n'en est pas moins sujette dans les cas les plus compliqués, comme celui figuré p. 173 et 175, à des altérations morphologiques dues aux modifications du milieu dans lequel elle se trouve. Nous avons vu que ce papillome, par suite de la complexité énorme de ses replis, par suite aussi de sa croissance rapide et de l'inflammation dont il était le siège, donnait issue à une sérosité abondante qui, retenue dans les profondeurs de ses replis, en baignait constamment la surface et l'entretenait toujours humide. Dans ces conditions, les éléments épithéliaux qui le constituaient ont subi, pour ainsi dire en sens inverse, la modification que nous voyons se produire sur une muqueuse habituellement humide et soumise, par une éversion accidentelle, au contact de l'air et aux frottements. Ses cellules, au lieu de s'aplatir, de se durcir et de se dessécher, ont conservé un certain degré d'hydratation, tout en passant par les phases normales de la kératinisation. Partant de la couche basilaire (pl. I, fig. 9), elles ont successivement revêtu les caractères de cellules malpighiennes, de cellules à éléidine (pl. I, fig. 1,2) et enfin de cellules cornées (pl. I, fig. 3-8), mais en gardant une forme le plus souventsphérique, devenantlamelleuses seulement dans certaines parties de la tumeur plus superficielles et plus exposées.

En remontant plus haut dans l'échelle des tumeurs épithéliales de revêtement, nous trouvons celles dans lesquelles la cellule constitutive, au lieu de tomber librement au dehors, à la fin de son existence, se trouve retenue dans l'épaisseur des tissus qu'elle a contribués à édifier. Dans les épithéliomes, ainsi

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que nous l'avons vu chapitre X, coite évolution se produit encore suivant des centres de direction, centres constitués par une couche basilaire périphérique, une couche de Malpighi intermédiaire et, enfin, une zone centrale sénile homologable a la couche cornée de l'épithélium normal. Que voyons-nous se produire dans ce cas sinon une dégénérescence épithéliale, aormale quant à son évolution chimique, et seulement anormale quant à son siège et à sa terminaison? «Le globe épidermique, dit M. Ranvier (1884), représente le terme du processus de

Fig. 77.

Tumeur secondaire (carcinome) de l'œsophage développée au-dessus de la tumeur primitive. Toutes les cellules présentent la dégénérescence claire de Lenoir.. Gross., 80/1.

kératinisation, s'effectuant de la périphérie au centre dans un lobule épithélial de la tumeur. Chaque globe formé de cellules imbriquées et cornées est entouré d'une couche plus ou moins régulière de cellules légèrement aplaties et qui contiennent des gouttes d'éléidine. »

Tel est le schéma de l'évolution cellulaire des épithéliomes pavimenteux, schéma qui se trouve très souvent fidèlement reproduit dans certaines tumeurs typiques, dans celles auxquelles on donne le plus volontiers le nom de « cancroïdes », mais il s'en faut de beaucoup que les choses se passent toujours d'une façon aussi régulière.

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