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Les cannibales et leur temps: souvenirs de la campagne de l'Océanie sous le commandant Marceau

Depuis l'origine des temps, il y a dans Thomme, cette créature essentiellement intelligente et libre, des sentiments si contradictoires, qu'on se trouve amené, en y réfléchissant sans parti pris, à reconnaître que cet être supérieur a été affreusement blessé, au physique comme au moral. Et ce n'est, hélas ! que trop vrai : au physique, les maladies les plus cruelles et la mort, sont là pour affirmer cette triste et douloureuse vérité, douloureuse pour le corps et surtout pour les sentiments les plus intimes de l'âme ; au moral, c'est bien pis encore, et les crimes qui se commettent chaque jour n'en sont plus à affirmer cette vérité, ils l'imposent ; et cependant, malgré toutes ces misères, toutes ces tristesses, toutes ces ruines, la nature humaine n'est pas tellement abandon-

Il AVANT -PROPOS

née à ses propres forces, qu'elle ne puisse réagir et s'élever vers des hauteurs pour lesquelles elle avait été créée, et par suite opérer encore de grandes, de sublimes choses.

L'homme avait, en effet, été déposé sur cette terre pour marcher dans les sentiers du vrai, du beau, du bien, ce qu'il aurait fait naturellement, doucement, et avec joie, s'il n'avait, en écoutant les paroles trompeuses de Téternel ennemi du genre humain, délaissé les sentiers où la divine Providence l'avait placé, sentiers abondamment pourvus de toutes choses, pour aller se jeter, en vue d'un bonheur chimérique, dans les voies détournées, ténébreuses, au terme desquelles, au lieu du bonheur rêvé, il n'a trouvé qu'un abîme, et quel abîme, grand Dieu ! l'abîme de toutes les misères, de toutes les tortures, de toutes les désolations I

La sublime origine de l'homme étant donnée, et sa déchéance trop certaine, il s'ensuit que ce type de race, par suite de ces deux états, est un composé, un ensemble, de grandeur et de bassesse, de lumières et d'ombres, de vues élevées et d'obscurités morales, obscurités qui l'empêchent de voir les choses sous leur vrai jour. Les contradictions sont quelquefois si évidentes, qu'on a peine à comprendre comment des ténèbres

AVANT - PROPOS IIC

aussi épaisses ont pu envahir une intelligence humaine.

Il est un fait qui nous a toujours frappé, c'est la façon étrange avec laquelle des hommes, bons d'ailleurs, humains, jugent des actes qui, par eux-mêmes, ne sont rien moins qu'héroïques ; nous voulons parler des actes accomplis par nos vaillants missionnaires qui vont, au péril de leurs jours, dans les contrées les plus lointaines, porter le flambeau de la civilisation la plus vraie, la plus efficace, à des peuplades qui se livrent, par la plus monstrueuse des dépravations, à des scènes d'anthropophagie qui dépassent tout ce que Ton pourrait imaginer de plus révoltant pour la nature humaine. Les faits sont là pour témoigner de la triste vérité que nous énonçons.

En présence de ces monstruosités, qui ne sont, hélas ! que trop avérées, on rencontre des hommes qui disent sérieusement : Si les missionnaires se font massacrer là-bas, c'est bien de leur faute, pourquoi se mêlent-ils de ce qui ne les regarde pas ? Est-ce que les sauvages ne sont pas libres de vivre chez eux comme ils Fentendent? S'ils veulent se manger entre eux, qu'ils le fassent, c'est leur affaire, il n'y a qu'à les laisser faire.

Ceci nous remet en mémoire une scène que

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