‹ Les cantilénes, 1883-1886Chapitre 11 sur 26 · INTIMITE · texte numérisé non relu

INTIMITE

Les rumeurs des hommes et des choses Comme un flot expiré se sont tues.

— Tes beaux desseins que tu prostitues, O mon cœur, compte-les si tu l'oses.

Des détritus de bouquets de roses Parfument les brises abattues.

— Compte tes fiertés condescendues, Et tes vains essors aux ailes closes.

— Mais le doux ciel d'une nuit d'été

Bénit le sommeil de la cité ;

Au sort, va, n'en gardons pas rancune :

Puisque la vie est un sottisier, Que je fume en face de la lune Ma bonne pipe de merisier !

Airs et Récits

Auprès de la fenêtre, Assise à son rouet, Maryô fiie la laine Avec ses doigts fluets.

Maryô file laiaine, La soie et Tor aussi, Pour faire la ceinture Du beau lilephte RaJiî.

AIRS ET RÉCITS

— 4 Ne filez pas, la belle, La soie et l'or ainsi, Une autre l'infidèle Va prendre daiis son lit.

— Je veux lîler la laine, La Ëoie et l'or aussi ; Qu'il prenne, l'infidèle.

Une autre dans son lit!

— Proche est la Pentecôte, Maryô, le jour aussi Où l'infidèle une autre Va prendre dans son lit. »

Sa mère, sagrand'tante, Et ses petits neveux, Et SCS trente servantes Lui peignent ses cheveux.

MARYÔ 59

Pour aller à l'église On lui met sur le sein La lune, et sur la bouche Le rose du matin.

L'évêque est à l'église, Et les diacres aussi :

Une autre l'infidèle Va prendre dans son lit,

Maryô part à l'église, La lune sur le sein, Et sur sa bouche rose Le rose du matin.

Et la voilà qu'elle entre Dans ses habits dorés :

Les diacres et les chantres Ne savent plus chanter !

6o AIRS ET RÉCITS

— « Evêque, mon évêque, Et vous diacres aussi, Voilà, voilà ma femme ! »

Dit le klephte Ralli .

« Evêque, mon évêque, Et vous diacres aussi, Jamais une autre femme N'entrera dans mon lit ! »

LA MAUVAISE MERE

Et le cœur se mit à parler du fond du plat.

Chanson Candiote.

-Dans son jardin d'été, Parnii les lauriers blancs, Dans son jardin d'été, Parmi les lauriers roses ;

Dans son jardin d'été, La belle se repose Parmi les lauriers blancs.

Parmi les lauriers roses.

62 AIRS ET RÉCITS

Assis à son côté, Un étranger lui cause, Lui cause tendrement Parmi les lauriers blancs.

— «Mère, prurqjioi causer I Avec un étranger,

Parmi les lauriers roses Dans le jardin d'été !

— Au bord du fleuve bleu Où mouillent les frégates, Mon fils, va donc jouer Avec tes camarades.

fe — Je vais dire à mon père

Que tu causais, ma mère, Avec un étranger, Dans le jardin d'été.

LA MAUVAISE MÈRE 6

— Mon fils, viens dans ma chambre Et je te donnerai Du musc et des grains d^ambre, Mon fils, viens dans ma chambre. »

Elle l'égorgé ainsi Qu'un agneau le boucher, Elle arrache son cœur, Le donne au cuisinier.

Voilà que son mari Par la plaine revient, Il revient de la chasse Avec ses vingt-deux chiens.

11 apporte des lièvres Et des chevreuils tués ; Pour son fils il apporte Un cerf apprivoisé.

— « Femme, dis à mon fils De venir me trouver, C'est pour lui que j'apporte Le cerf apprivoisé.

— Ton fils est à jouer Avec ses camarades ; Ton fils est à jouer, Viens boire et viens manger. »

"Elle lui verse à boire Dans un vase d'argent Et lui sert à manger *Le cœur de son enfant.

Et le cœur parle et dit :

« Qu'un mécréant me mange ! »

Et le cœur parle et dit :

« Que mon père m'embrasse. »

LA MAUVAISE MÈRE

Il égorge sa femme Avec ses propres mains, II arrache son cœur Et le jette à ses chiens.

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