‹ Les cantilénes, 1883-1886Chapitre 15 sur 26 · L'ÉPOUSE FIDÈLE · texte numérisé non relu

L'ÉPOUSE FIDÈLE

A la fraîche fontaine, Sous le grand peuplier, A la fraîche fontaine S'arrête un cavalier.

Son noir cheval est blanc D'écume et de poussière^ il est blanc de la queue Jusques à la crinière.

76 AIRS ET RÉCITS

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A la fraîche fontaine, Sous le grand peuplier, A la fraîche fontaine S'arrête un cavalier.

— « La bel'e qui puisez Dans le seau d'or cerclé, Versez au cavalier Et versez à la bête. y>

Elle verse de Teau Sans relever la tête, Elle verse de l'eau Avec un long sanglot.

— Qu'avez-vous donc, la belle, A sangloter ainsi ?

Avez-vous du chagrin, Avez- vous du souci ?

L EPOUSE FIDILE

— Mon mari fait la guerre, Voilà sept ans à Pâques.

J'attends encore un an Et puis j'entre au couvent.

^ii

— Votre mari» la belle, Est mort l'hiver dernier, Et j'ai payé les chantres, Les chantres et le prêtre.

— Si vous avez payé Les chantres et le prêtre, Je vous rendrai l'argent, L'argent et l'intérêt.

— Rendez-moi donc, la belle, Rendez-moi le baiser Que j'ai mis sur ses lèvres Avant de l'enterrer ?

AIRS ET RÉCITS

— Comme des fleurs au rent Mes baisers sont allés !

Je vous rendrai Targent^ L'argent et l'intérêt.

— Réjouis-toi, la belle, Car je suis ton mari.

J'ai dans mon escarcelle Cent bagues de rubis.

— Pour les doigts de ma main Vos bagues sont trop grandes ; Passez votre chemin.

Seigneur, et Dieu vous garde.

— Dans ton jardin le myrte Fleurit me me en octobre, Une lampe d'ivoire Brûle dans ton alcôve.

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