LA VIEILLE FEMME DE BERKELEY
J'ai su le secret des philtres infâmes, Et l'herbe qui fait avorter les femmes.
Pour raviver mes poumons gangrenés J'ai. humé l'haleine des nouveau-nés.
Bientôt de l'Enfer je serai la cible, Et mon crime, hélas ! est irrémissible !
Aspergez mon linceul d'eau sainte, et puis Placez sur mon sein des branches de buis.
Que dans l'église une forte chaîne Attache au pavé mon cercueil de chêne.
Que des cierges bénits en quantité Baignent mon cercueil de leur clarté.
AIRS ET RÉCITS
Que des prêtres récitent des prières,
Pendant trois jours, pendant trois nuits entières.
Que les gros bourdons aux lourds battants, Que les bourdons sonnent fort et longtemps.
Ma fille, mon fils, faites de la sorte, Pour préserver des démons la morte. ;
La vieille femme se tut Soudain, Et son regard devint incertain.
Le sang se figea sous sa peau glacée.
La vieille femme était trépassée.
On l'aspergea d'eau bénite, et puis
On mit sur son sein des branches de l:uis,
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Au milieu de l'église une chaîne Solide fixa son cercueil de chêne.
De grands cierges blancs en quantité Lui firent un nimbe de clarté.
Tout autour des prêtres récitèrent
La messe, et cinquante chantres chantèrent.
Et les gros bourdons aux lourds battants, Les bourdons sonnèrent fort et longtemps.
La première nuit, la clarté des cierges Fut pure ainsi que des regards de vierges.
Mais l'on entendit la voix des démons Pareille au vent d'ouest balayant les monts.
LA VIEILLE FEMME DE BERKELEY loi
AIRS ET RliClTS
Les prêtres récitaient la messe sainte, Kt leur zèle était mêlé de crainte.
\'.t plus fort toujours les battants battaient, Kt plus haut toujours les chantres chantaient.
Devant le cercueil le moine marmonne Son rosaire, avec sa sœur la nonne.
Et le coq chanta dans le matin clair Et les démons s'enfuirent dans l'air.
La seconde nuit, un éclat sinistre Vêtit les pécheurs d'ocre et de bistre ;
Et l'on entendit l'ululement
Des démons monter plus distinctement.