Histoire de Louvois, t. II, p. 4Gd
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Gand sortit de la place pour courir au secours d'Yprcs, et Gand était tout à coup entouré par 84 escadrons et 67 bataillons. La garnison était réduite à 500 hommes ; investie le 3 mars, attaquée le 5, elle capitula le 9 pour la ville, le 11 pour le château.
Quelque vieux que tout cela paraisse, il en reste encore aujourd'hui quelque chose. Aux termes de Tarticle 276 du décret relatif au service en campagne, un certain nombre de places seulement recevront, en cas de mobilisation, leurs garnisons de défense ; les autres places ne recevront que des garnisons de sûreté j qui devront être complétées ultérieurement, suivant la marche des événements, par les soins du ministre ou, en cas d'urgence, du commandant de l'armée. Or, de nos jours, les événements prennent le chemin de fer; quelquefois même ils le devancent, et plus d'une fois on pourra se trouver surpris par eux, comme on l'a déjà été. Le 5 ou le 6 août 1870, le major général de l'armée du Rhin donnait l'ordre de concentrer dans la place de Toul le grand parc d'artillerie de l'armée; le 14, une vive attaque était dirigée par le 4* corps prussien contre Toul. Et certes, les plus pessimistes parmi ceux qui voyaient avec douleur l'étourderie insensée avec laquelle le gouvernement de la France engageait le pays dans cette malheureuse guerre, n'auraient jamais pu, même à cette époque, supposer que Metz serait complètement bloquée à partir
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du 20 août. Des causes de diverses natures, mais se rapportant toutes plus ou moins aux projets offensifs que Ton avait formés, empêchèrent alors la plupart de nos places de résister comme on aurait pu Fespérer, mais l'insuffisance des garnisons y entra pour beaucoup. A Toul, par exemple, il y avait 2,500 hommes, appartenant à sept ou huit corps différents : 60 cuirassiers, 15 artilleurs, 100 hommes d'un dépôt, etc., et pour faire le fond de la garnison, 2j000 mobiles de Meurthe-et-Moselle, qui montrèrent la plus grande bravoure, mais qui ne savaient rien. A Vitry-le-François : 35 artilleurs, que Ton avait appelés au dernier moment, y étaient venus s'ajouter à un millier de mobiles connaissant à peine leurs armes.
Si nous nous reportons aux guerres du premier Empire, nous verrons que c'est surtout en pays étranger que l'on a éprouvé des difficultés pour donner aux places les garnisons suffisantes. Les places étaient indispensables aux armées pour appuyer leurs opérations et gêner celles de l'ennemi, mais en même temps chaque homme ajouté à la garnison d'une place était un homme enlevé à une armée qui n'en avait déjà pas assez. Que l'on compare, par exemple, Tune à l'autre les deux prises de Badajoz : celle de 1811 par l'armée française et celle de 1812 par les Anglais, dont il a déjà été question plus haut et plusieurs fois. Dans la pre-
mière circonstance, la garnison comptait au début du siège 9,000 hommes; elle était assurée du concours dévoué des habitants ; elle pouvait être secourue par une armée de 12,000 hommes ; elle fut assiégée par le maréchal Soult avec 16,000 hommes. La prise de la place exigea 42 jours de tranchée ouverte ; il est vrai que les attaques furent mal dirigées ; l'artillerie et le génie, comme cela n'arriva que trop souvent, ne s'entendirent pas, et plus de dix jours furent ainsi perdus. Il n'en est pas moins vrai que l'effectif considérable de la garnison, très peu dépassé par celui de l'armée assiégeante, prolongea la résistance de la place et que la durée de cette résistance fut pour les armées françaises la première cause des plus grands malheurs, puisqu'elle empêcha la maréchal Soult de se porter au secours de Masséna et de l'armée de Portugal.
Au second siège, la garnison ne comprenait que 4,000 hommes, assiégés par 30,000. Nous avons vu plus haut que la place fut enlevée par l'escalade du château, pendant que la garnison soutenait héroïquement l'assaut sur la brèche. Avec 2,000 hommes de plus, cette surprise eût été impossible. Avec une garnison de 9,000 hommes, comme au premier siège, la place eût été imprenable.
En 1811, Ciudad-Kodrigo, assiégée par le maréchal Ney avec 28,000 hommes, était défendue par une garnison régulière de 6,000 hommes auxquels
se joignirent un grand nombre d'habitants; la place résista à 24 jours de tranchée. En 1812, lorsque Wellington vint attaquer la même place avec 40,000 hommes, elle n'avait pour la défendre que 1,818 hommes, dont 1,552 d'infanterie ; elle ne put garder à la fois les deux brèches, et Ciudad-Rodrigo fut enlevée d'assaut après 10 jours de siège seulement.
Parmi les belles défenses exécutées avec des garnisons réduites, j'ai déjà cité celles de Burgos, en 1812, par le général Dubreton qui, avec 20,000 hommes, en arrêta 50,000 pendant 34 jours et eut le bonheur d'être secouru à temps; de Saint-Sébastien, où une garnison de 1,700 hommes, dans une ville dont la population actuelle est de 20,000 âmes, opposa à toute une armée, pendant deux mois, la plus belle des défenses. Bien d'autres places se sont trouvées dans le même cas.
A Berg-op-Zoom , en 1814, le général Bizanet n'avait avec lui que 4,000 conscrits, bientôt réduits à 3,000 ; les fortifications, célèbres pour avoir été enlevées d'assaut en 1745 par Lowendahl, étaient tellement vastes que la garnison dut abandonner tous les ouvrages avancés, faute de pouvoir les garder. Avec un gouverneur moins vigilant et une garnison moins disciplinée, quoique celle-là, comme je viens de le dire, fût composée de très jeunes troupes, la place eût été perdue. En effet, le général
Graham, commandant les Anglais en Hollande, qui avait des intelligences dans Berg-op-Zoom et croyait pouvoir compter sur le concours des habitants, connaissant d'ailleurs le faible effectif de la garnison, tenta un coup de main, qui fut sur le point de réussir. Voici comment le maréchal Marmont raconte cette aventure dans son livre sur ï Esprit des institutions militaires * : « L'assaillant divisa sa troupe en « quatre colonnes, destinées à quatre attaques si- « multanées ; les deux premières devaient escalader « le rempart ; une troisième était chargée d'une « fausse attaque ; enfin la quatrième devait entrer « dans la ville par le port, en profitant de la basse « marée. A 10 heures du soir, la 3* colonne surprit « le poste avancé d'une des portes de la place ; mais « elle fut arrêtée tout net par le feu des troupes « placées dans une palanque pour défendre le pont <c dormant. La garnison prit les armes. En même « temps, la 4* colonne entrait par le port, sans avoir « été aperçue par le bateau de garde et pénétrait « dans la ville. Mais des troupes envoyées con.tre « elle la divisèrent ; une partie fut contenue et ar- « rêtée, pendant que l'autre partie pénétrait sur le « rempart, où elle fut suivie. La 1" colonne avait « échoué dans son escalade ; la 2* réussit et marcha « sur la porte d'Anvers, pour l'ouvrir au général