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LES GARNISONS INSUFFISANTES

L'insuffisance relative de la garnison se fait d'autant plus sentir 'ï >i que la place est plus grande. — Investissements brusqués par

Louis XIV et Louvois. Siège de Gand en 1678. — Garnisons de Toul et de Vitry-le-François en 1870. — Badajoz et Ciudad-Rodrigo en 1810, 1811 et 1812. — Garnisons de Burgos en 1812, de Saint-Sébastien en 1813, de Berg-op-Zoom en 1814. Surprise tentée par le général Graham. Belle action de guerre du général Bizanet. — Escalade de Prague en 1741. — Monjréal en 1760. — Pondichéry en 1761. — Monzon et le garde du génie Saint-Jacques en 1813. — Maubeuge et le colonel SchouUer en 1814. — Mazagran. — Tuyen-Quan et le commandant Dominé. — Garnisons trop considérables. Anvers en 1814. Carnot. Exemple à suivre.

A toutes les causes d'insuccès de la défense des places, indépendantes du courage et de la capacité d'un gouverneur, vient s'en ajouter une sur laquelle il paraît presque inutile d'insister, tant elle est évidente; c'est l'insuffisance de la garnison. Et cependant il peut y avoir intérêt à mesurer l'influence exercée sur les événements par une différence, en plus ou en moins, de quelques centaines de soldats, en même temps qu'à voir comment le caractère d'un homme peut dominer les situations les plus difficiles. Observons tout d'abord que plus une forteresse est petite, plus le nombre peut être compensé par la valeur. On a vu souvent une poignée de bra-

it.

ves résister avec une admirable opiniâtreté, non pas seulement à des hordes indisciplinées, mais à de véritables armées, tandis que 2,000 ou 3,000 hommes ont rarement pu se défendre là où l'étendue de la place en aurait exigé 15,000 ou 20,000.

Cette question de Teffectif de la garnison jouait autrefois un si grand rôle, qu'entre les mains de ^\î

Louis XrV et de Louvois, elle constituait à elle seule la moitié de l'art de la guerre. Les armées n'étaient pas alors assez nombreuses pour qu'en tout temps chaque place eût sa garnison au complet. Proposer en secret tous les moyens d'attaquer telle ville, guettée comme une proie par le Roi-Soleil, en menacer à la fois trois ou quatre autres et profiter du moment où l'ennemi, troublé par tant de fausses attaques, trompé sur les projets de son puissant adversaire, a dégarni la place désignée, pour l'investir à l'improviste : tel est le triomphe dont jouissent, pendant plusieurs années de suite, Louis XIV et son ministre. On cite surtout à ce sujet le début de la campagne de 1678. Cette fois, la proie n'était autre que Q-and, alors la capitale de la Flandre. Mais raconter de semblables entreprises, c'est presque faire de l'archéologie. Concevrait-on, à présent, un secret de cette importance, gardé entre trois personnes : le chef de l'Etat, son ministre et l'intendant chargé de rassembler les vivres pour l'expédition? Concevrait-on le résultat d'une ruse consistant

à préparer 80,000 ou 100,000 rations de pain biscuité dans quelque citadelle où le public ne pénètre pas, celle de Lille, par exemple, à les mettre dans des tonneaux ou dans des caisses, « lesquelles on char- « gérait sur les rivières cinq ou six jours avant que « Ton en eût besoin, sans que personne de la ville « eût connaissance de ce qui serait passé dedans, « et Ton écrirait dessus que ce sont des souliers ou « des sacs à terre ou telle autre chose que Ton estime merait à propos^ ». Comme le secret serait bien gardé! Et comme Tennemi, instruitjour par jour des progrès de T entreprise, s'y laisserait tromper! En Tannée 1678, tout cela réussit à merveille : on cherchait pourtant bien à savoir ou à deviner, comme on le ferait aujourd'hui : « Louis XIV s'était mis en route « au grand déplaisir des dames et des courtisans, pour « qui s'ajoutait aux ennuis des carrosses embourbés, « des mauvais repas, des méchants gîtes, aux indis- « positions, aux malaises, l'irritation croissante « d'une curiosité non satisfaite. Où allait-on? Le « soir, le roi lisait des dépêches chez M""' de lionne tespan, on observait, on prêtait l'oreille; il ne « disait rien et ne laissait rien deviner*.... » Tout à coup, on apprit à la fois que Luxembourg, Ypres, Mons, Namur étaient investis. Le gouverneur de

1. Histoire de Louvois, tome II, p. 483. Lettre de Louvois à Tintendant Pelletier.

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