‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 30 sur 116 · MarmoQt, Esprit des InstUuUons mililaires · texte numérisé non relu

MarmoQt, Esprit des InstUuUons mililaires

garnison par une vive fusillade. Chevert en profita pour s'emparer du corps de garde voisin et fit baisser le pont-levis pour laisser entrer avec tout son monde le comte Maurice de Saxe, chef de l'expédition, etc.. Les Autrichiens accablés d'ennemis furent contraints de mettre bas les armes.

Parmi les places qui succombèrent par suite de l'insuffisance de la garnison, on peut encore citer Pondichéry, dont la capitulation, en 1761, fut punie par le supplice de son gouverneur, l'infortuné Lally ToUendal, et qui n'avait été défendue que par 700 hommes contre une armée de 25,000 hommes et toute la flotte anglaise (voir plus loin); Montréal, la seconde capitale du Canada, attaquée, le 5 septembre 1760, par 20,000 Anglais et une flotte de 52 bâtiments, défendue par quelques centaines d'hommes et 12 canons; Port-Louis, la capitale de l'île de France, aujourd'hui Maurice, rendue aux Anglais le 8 décembre 1810, après une défense glorieuse, par le général Decaen. Des exemples remarquables de défense de place par de trop faibles garnisons sont donnés par les campagnes de 1813 et de 1814. Au commencement de cette dernière année, lorsque la France fut envahie, Thion ville n'avait pour garnison qu'un ou deux milliers de gardes nationaux et de douaniers ; elle résista victorieusement à toutes les attaques. Mais le fait le plus glorieux de cette époque fut la défense du château de Monzon, près

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de Lérida. à la fin de 1S13. Ce château, bâti sur le roc avec des escarpes de dix mètres, était aménagé pour 250 hommes. Le maréchal Suchet, en quittant l'Espagne, ne put y laisser que 90 gendarmes à pied avec 2 officiers ; la place était en outre commandée par un capitaine, et il s*y trouvait un g^arde du génie, nommé Saint Jacques , ainsi que 3 canonniers. L'armement consistait en deux canons de 8 et un obusîer de 6 pouces ; la place fut assiégée par 3,000 hommes de l'armée du célèbre chef de guérillas Mina.

L'âme de la défense fut le garde Saint- Jacques, qui, ayant été sous-officier dans une compagnie de mineurs, contre-battit les mines de l'ennemi avec une adresse et une opiniâtreté remarquables, aidé par le bon vouloir et le dévouement de braves gens complètement étrangers jusque-là à cette manière de combattre. La défense dura quatre mois et demi. Lorsque les vi\Tes manquèrent, le commandant capitula et rendit la place, à condition d'en sortir avec les honneurs de la guerre et de ramener en France sa vaillante petite troupe avec armes et bagages. Mais , furieux d'avoir été tenus en échec par un aussi petit nombre d'hommes, les Espagnols violèrent la capitulation. Au sortir du fort, la gamiscm fut entourée par une année entière et forcée de mettre bas les armes.

En 1814, Maubeuge avait pour toute garnison un

millier de gardes nationaux et de douaniers, commandés par le colonel d'artillerie Schouller. Le duc de Saxe-Weimar, sachant qu'avec un effectif aussi faible, tous les postes ne pouvaient être gardés, fit une tentative pour surprendre la place, il fut repoussé avec pertes.

La défense du fort de Mazagran, à 10 kilomètres de Mostaganem, en 1840, fut dans son temps fort exaltée par le public et par la presse ; on ne s'en souvient plus guère aujourd'hui, et quelque populaire que soit resté le nom de Mazagran^ il est peu de personnes sachant bien au juste ce qui a causé cette popularité. 123 hommes de la 10" compagnie du bataillon d'infanterie légère d'Afrique, attaqués avec fureur par 12,000 Arabes, dans le réduit fortifié du village de Mazagran, leur résistèrent vaillamment pendant quatre jours (du 2 au 6 juin 1840), sans se laisser effrayer par le nombre des assaillants. La garnison de Mostaganem, trop faible pour venir les délivrer, fit au moins une puissante diversion en leur faveur en sortant pour attaquer les Arabes ; ceux-ci, fatigués, au bout de quatre jours, de se heurter à des murailles et à des baïonnettes, finirent par s'éloigner. C'était un beau fait d'armes, mais tel que la guerre d'Afrique en a fourni un grand nombre et dans des conditions plus difficiles encore. Celui-là fut célébré et récompensé avec une certaine exagération. La politique s'en mêla, et Ton fit lion-

lOG LES CAPITULATIONS.

aeiir au ministère Thiers, qui venait de prendre la direction des affaires, du courage déployé par une compagnie d'infanterie dans un fortin d'Afrique.

La défense de Tuyen-Quan, qui a duré trois mois, est une action d'une bien autre portée, tant par la durée de la résistance que par les moyens dont disposaient les assaillants. La constance et la fermeté opposées par le commandant et par la garnison de cette petite place pendant de longs jours aux assauts persistants d'un ennemi pourvu des moyens d'attaque les plus perfectionnés, sont autrement méritoires qu'un combat de quelques jours contre des hordes qui n'avaient pour elles que la bravoure et lo fanatisme,

La garnison de Toyen-Quan avait, on le sait, pour noyau deux compagnies de la légion étrangère, comprenant 8 oiRciers et 390 hommes, auxquels étaient joints 162 tirailleurs tonkinois. L'artillerie était représentée par un officier et 31 canonniers de l'artillerie de marine { le génie par 8 hommes, que com* mandait le sergent Bobillot ; enfin les ouvriers et infirmiers étaient au nombre "de 14; soit un to^' d'environ 600 hommes. Je n'ai pas à raconter ici la défense, dont le journal a été publié in extenso et que tout le monde connaît. A côté du nom du commandant Dominé, qui a fait si noblement son devoir ei qui a joui si modestement de son succès, la popularité a été acquise aussi au sergent du génie Bobillot,

neur au ministère Thiers , qui venait de prendre la direction des affaires, du courage déployé par une compagnie d'infanterie dans un fortin d'Afrique.

La défense de Tuyen-Quan, qui a duré trois mois, est une action d'une bien autre portée, tant par la durée de la résistance que par les moyens dont disposaient les assaillants. La constance et la fermeté opposées par le commandant et par la garnison de cette petite place pendant de longs jours aux assauts persistants d'un ennemi pourvu des moyens d'attaque les plus perfectionnés, sont autrement méritoires qu'un combat de quelques jours contre des hordes qui n'avaient pour elles que la bravoure et le fanatisme.

La garnison de Tuyen-Quan avait, on le sait, pour noyau deux compagnies de la légion étrangère, comprenant 8 officiers et 390 hommes, auxquels étaient joints 162 tirailleurs tonkinois. L'artillerie était représentée par un officier et 31 canonniers de l'artillerie de marine ; le génie par 8 hommes, que commandait le sergent Bobillot ; enfin les ou\'riers et infirmiers étaient au nombre de 14 ; soit un total d'environ 600 hommes. Je n'ai pas à raconter ici la défense, dont le journal a été publié in extenso et que tout le monde connaît. A côté du nom du commandant Dominé, qui a fait si noblement son devoir et qui a joui si modestement de son succès, la popularité a été acquise aussi au sergent du génie Bobillot,

blessé à mort après avoir rendu les plus signalés services contre la guerre de mines pratiquée par les Chinois avec une habileté remarquable. On se rappelle encore les dangers et la constance de la petite garnison, assiégée par plusieurs milliers de Chinois, l'inquiétude que Ton éprouvait à ne pas recevoir de ses nouvelles et la joie avec laquelle on apprit qu'elle avait été délivrée, le 3 mars, par le général Giovaninelli.

En regard des places qui ont succombé par suite de l'insuffisance de leurs garnisons, il en est au contraire dans lesquelles la présence de troupes d'un effectif trop considérable a paralysé la défense en y hâtant la consommation des approvisionnements. L'exemple le plus concluant que l'on puisse en citer est certainement celui de la place de Metz. Le nouveau règlement prévoit pour chaque place un minimum de troupes nécessaire pour résister à une surprise et à une attaque de vive force : la garnison de sûr été y et un maximum, destiné à mettre cette place en état de remplir dans l'ensemble des opérations militaires le rôle qui lui est dévolu; c'est la garnison de défense. Au-dessus de ce maximum, sur lequel sont calculés les approvisionnemeuts, tout excédant est nuisible plutôt qu'utile, et il est du devoir du gouverneur de solliciter des ordres pour s'en débarrasser, s'il n'a pas le pouvoir de le faire par luimême. Aussi faut-il louer une action comme celle

de Carnot qui, cliargé en 1814, de défendre Anvei se concerta avec le général Maison, commanda Tarmée française en Belgique, pour faire sortir de place une division de la jeune garde, comptant ( cinq à six mille hommes, qui n'ajoutait rien à force de la garnison et qui rendit dans les opératio: extérieures les plus grands services. C'est là i exemple à opposer à ceux des généraux qui i trouvent jamais avoir assez de monde et veulent to accaparer.

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