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Souvenirs militaires du colonel de Gonneville

2. Voir dans ces mômes souvenirs la formation d'un escadron de cuirassiers : les officiers, sous-officiers et brigadiers, passant la nuit à seller eux-mêmes tous les chevaux, les soldats n'ayant pas ridée de la manière dont il fallait s'y prendre ; puis, le malin, les mômes bridant les chevaux, les sortant un <à un avec le cavalier qui devait les monter et qu'on hisse dessus à grand'peine; enfin, l'escadron se mettant en route et le capitaine faisant mettre le sabre à la miin pour rendre les honneurs à un posle ; presque tous les cavaliers renversés, les chevaux s'échappant, etc. Après un mois d'exercices cet escadron était devenu superbe.

public, OÙ il avait été le collègue de Eobespierre, de Saint-Just, de Billaud-Varennes et de Collot d'Herbois , tout en ne s'occupant que d'organiser la victoire^ comme on disait alors , avait fait partie plus tard du Directoire; proscrit comme réactionnaire au 18 fructidor, ministre de la guerre au début du Consulat, mais bientôt remplacé par Berthier, il était resté à F écart pendant l'Empire, et au moment où tout semblait perdu, il était venu offrir ses services à TEmpereur ; celui-ci Tavait nommé gouverneur d'Anvers, la place à la possession de laquelle, avec Hambourg et Dantzick, il attachait la plus grande importance. Carnot s'y comporta comme devait le faire l'homme dont la brillante valeur, aussi bien que le talent militaire, avait décidé la victoire de Wattignies ; il supporta avec héroïsme le bombardement, dont il sut préserver la flotte et les riches magasins de la place, avec constance et fermeté le blocus, et il ne se rendit qu'à l'ordre du roi Louis XVIII. Davout et Carnot ont laissé un bel exemple à suivre.

Après 1815, et jusqu'en 1859, les guerres ont surtout consisté en sièges, mais il en est peu dans lesquels la défense soit restée victorieuse. Celle de Silistrie, en 1854, au début de la guerre d'Orient, surprit toute l'Europe. On sait que cette place, située sur la rive droite du Danube, n'était même pas couverte sur la rive gauche par un ouvrage formant

tête de pont ; en revanche, elle était, sur la rive droite, entourée d'une ceinture d'ouvrages avancés, disposés en un demi-cercle s'appuyant au fleuve par ses deux extrémités et dont le principal s'appelait Arab- Tabia. Silistrie avait au mois d'avril une garnison de 12,000 hommes, commandée par Moussa-Pacha, chef de l'artillerie turque ; elle fut investie à la fin de ce mois par une armée de 45,000 hommes, que commandait Paskiewitch, l'ancien vainqueur des Turcs en 1828 et de la Pologne en 1831 ; elle résista d'abord à un violent bombardement, parti de la rive gauche, des îles et du fleuve lui-même sur lequel stationnaient des chaloupes canonnières. Ce bombardement fut suivi d'une attaque régulière et d'un assaut donné, dans la soirée du 28 mai, au fort d'Arab-Tabia, mais vigoureusement repoussé ; de nouvelles tentatives échouèrent le 3 juin, le 13 et le 19, et les Russes, découragés, levèrent le siège le 22. Le principal honneur de cette défense revint à Moussa-Pacha, qui dirigea supérieurement l'artillerie de la place et fut tué dans le combat du 3 juin. Le maréchal Paskiewitch fut contusionné ; les deux partis perdirent chacun près de 3,000 hommes.

Cette guerre, qui commençait par un siège, devait se résumer dans un autre siège, qui est resté et restera sans doute longtemps encore, l'opération la plus colossale de ce genre. Ici se présente une question : le siège de Sébastopol doit-il être compté

parmi ceux dans lesquels la défense est restée victorieuse ? Evidemment, oui ! Quoique les armées alliées aient triomphé, la place n'a pas été prise, dans le sens absolu de ce mot, puisque la garnison en occupait encore, à la fin de la guerre, toute la partie située au nord de la rade et toute la rive droite de la Tchemaïa.

Je ne saurais avoir la prétention de raconter en quelques lignes et au courant de la plume, ce siège si connu d'ailleurs. On me permettra cependant, je r espère, de faire ressortir brièvement le rôle de la défense, une des plus habiles et des plus glorieuses qu'il soit possible de citer. Sans doute, les défenseurs avaient une foule d'avantages sur les assiégeants ; ils furent pendant longtemps les plus nombreux; la place ne fut jamais investie et put recevoir sans le moindre obstacle tous les renforts et tous les ravitaillements qui lui étaient nécessaires. L'arsenal renfermait plus de 1,500 bouches à feu de gros calibre et de tels approvisionnements qu'après la prise de la partie sud, après l'efiroyable consommation qui s'était faite, on y trouva encore (dans cette partie seule) 100,000 projectiles et 200,000 kilogr. de poudre. Les ressources en personnel n'étaient pas moindres, et quand la flotte eut été coulée à l'entrée de la rade pour la fermer, 18,000 marins descendus à terre formèrent un admirable corps de canonniers. La population se composait presque exclusivement

de familles de marins ou d* individus vivant de la marine ; on y comptait proportionnellement très peu de femmes, et elles se montrèrent aussi dévouées et aussi enthousiastes que les hommes. Enfin, les Russes croyaient en leur Dieu et en leur Czar ; attaqués chez eux, pour des nécessités politiques qu'ils ne pouvaient comprendre , ils défendaient leur pays avec la conviction de sacrifier leur vie à une cause juste et sainte.

Dans les armées alliées , officiers et soldats ne furent soutenus que par le sentiment du devoir et de l'honneur militaires. La manière dont ils combattirent, la façon dont ils supportèrent le froid, la souffrance, la fatigue et la perspective de la mort, prouvent combien ce sentiment est puissant, combien, du moins, il était puissant alors. L'armée française déploya et soutint, pendant dix-huit mois, des qualités qui lui avaient été souvent refusées : la constance et l'opiniâtreté ; nos soldats y joignirent l'insouciance et la gaîté. « Monsieur », disait un jour à l'un de nos officiers d'artillerie un général anglais (sir Burgoyne, je crois), qui regardait travailler dans les tranchées anglaises un détachement de canonniers, mis pour un instant à sa disposition, « pouvez- vous me dire pourquoi les soldats français « rient toujours ? — Parce qu'ils ont le caractère « gai », répondit l'officier... Ajoutons que c'est ce caractère qui leur rendit facile la rude tâche à

laquelle ils furent appliqués. Disons aussi qu^une des causes d'infériorité pour les alliés résultait du défaut d'unité dans le commandement. Rien ne pouvait se faire sans une entente préalable, difficile souvent à établir; il y avait, en outre, de Français à Anglais plus d'estime que de sympathie. Enfin, le sol sur lequel on avait à cheminer était aussi rebelle que possible aux travaux de terrassement et quadruplait la fatigue des soldats.

Cette justice rendue aux assiégeants, il s'agit de voir quelle résistance ils eurent à vaincre.

Lorsque les armées alliées, après avoir traversé la Tchemaïa, arrivèrent devant Sébastopol, la place était ouverte, nous apprend Tottleben qui fut l'âme de la défense ; rien, suivant lui, n'aurait pu empêcher l'ennemi d'y pénétrer. Pour de hautes raisons de prudence, qu'il faut bien se garder de blâmer, les alliés ne l'essayèrent pas ; un échec eût été la perte complète des deux armées anglaise et française. La garnison se mit à l'œuvre et, sous la direction de Tottleben, six mille hommes furent nuit et jour occupés à remuer la terre avec une rapidité prodigieuse; la place fut improvisée. Lorsque, le 17 octobre, le feu des assiégeants s'ouvrit, le danger était passé pour Sébastopol ; il commença pour les assiégeants, qui faillirent, le 5 novembre 1854, être jetés à la mer. Une des plus sombres et des plus sanglantes batailles connues, Inkermann, les sauva; du

moins les soldats, qui se voyaient vainqueurs, se crurent sauvés. L'inquiétude des chefs redoubla, surtout lorsque Touragan du 14, arrachant les tentes et renversant les baraques, vint leur montrer ce qu'allait être T hiver pour leurs troupes sans abri et sans bois. Les renforts et Tartillerie arrivaient cependant de France et d' AijLgleterre ; les attaques avaient été mieux réparties entre les deux armées ; les Français s'avançaient vers la place ; les batteries s'armaient, tout semblait se préparer pour un assaut prochain. Alors, d'après le plan de Tottleben, sous l'impulsion de chefs tels que Khroulef et Nachimof (ce dernier commandait la place, l'amiral Kornilof ayant été tué au début du siège), commencèrent les travaux de contre-approche, tout comme à Saint -Jean -d'Acre, mais sur une bien autre échelle. La garnison chemina, par des tranchées creusées avec une rapidité inouïe, au-devant des tranchées de l'assaillant et, prévenant celui-ci sur les points essentiels à occuper, porta de nouvelles fortifications au cœur même des travaux de l'attaque. Les. noms de ces ouvrages, tracés et construits en quelques heures au milieu de violents combats, sont restés populaires : le Mamelon- Vert, les Ouvrages-Blancs, la Quarantaine, la place d'armes du cimetière. Il fallut des sièges successifs pour enlever ces forteresses avancées, et quels sièges ! Celui des 22 et 23 mai, à la gauche des attaques, coûta

plus de 3,000 hommes aux Russes, près de 2,500 aux Français; celui du 7 juin, pour la prise du Mamelon - Vert et des Ouvrages - Blancs , environ 6,000 hommes aux Russes, presque autant aux Français , près de 700 aux Anglais ; en tout , 13,000 hommes.

Cependant, le véritable point d'attaque avait été désigné : c'était Touvrage de Malakoflf. Le 18 juin, jour anniversaire de Waterloo, une date bien malheureusement choisie pour une armée composée d'Anglais et de Français, ceux-ci marchèrent à l'attaque de Malakoflf, et leurs alliés à celle de l'ouvrage voisin, le Grand-Redan; ils furent repoussés avec une perte de 5,500 hommes pour les alliés et d'autant pour les Russes ; en tout, 11,000 hommes.

Enfin, après des luttes d'artillerie sans précédents, après une nouvelle bataille, celle de Traktir, dans laquelle l'armée de secours fut battue le 16 août, vint le jour du drame final. Il y avait en batterie, au 1®' septembre, 609 bouches à feu chez les Français, 194 chez les Anglais, 1,380 chez les Russes. Le dernier bombardement commença le 5 septembre ; pour donner une idée de sa violence, il suffira de dire qu'en trois jours, les Russes perdirent par le feu 7,560 hommes, les Français 3,815. Tout le monde connaît l'assaut du 8 septembre : Malakoflf pris, les assaillants partout ailleurs repoussés, mais les Russes forcés d'évacuer le sud de Sébastopol, et

les alliés, en définitive, maîtres de cette partie de la place ; les Russes avaient perdu 12,913 hommes, les alliés 10,054 ^ L'effet du bombardement avait été tel qu'il est permis de penser que cet assaut si meurtrier fut inutile , et que les Russes auraient de toute façon quitté une position devenue intenable pour eux. Une autre observation à faire, c'est que de tous les ouvrages qui entouraient Sébastopol, celui de Malakoff seul était fermé à la gorge. Tottleben voulait le faire ou^Tir ^ ; il en fut empêché par les blessures qu'il reçut le 18 et le 20 juin. S'il eût effectué son projet, les retours offensifs des Russes pour reprendre Malakoff n'auraient pas été aussi facilement repoussés par le général de Mac-Mahon.

Le lecteur me pardonnera de m'etre arrêté aussi longtemps sur un événement aussi connu 5 il était impossible de parler siège et de se taire sur celui de Sébastopol. Aux chiffres déjà donnés pour en montrer l'importance, on peut ajouter que les cheminements de l'attaque ont présenté un développement total de 80 kilomètres (dont 67 pour les Français, 13 pour les Anglais). Le nombre des projectiles lancés par les assiégeants seuls a été de 1,500,000 ; ils ont tiré 25 millions de coups de fusil- Enfin, les pertes, y compris celles du séjour en

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