‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 32 sur 116 · Celle de Sébastopol; voir plus loiu · texte numérisé non relu

Celle de Sébastopol; voir plus loiu

Tennemi. Parmi toutes ces défenses, il n'en est certainement pas de plus glorieuse à citer que celle de Badajoz en 1811 *. Cette place avait été prise, le 11 mars, par le maréchal Soult; il y avait laissé une garnison de 3,000 hommes, sous le commandement du général Philippon, mais en réalité sous la direction d'un chef de bataillon du génie, le commandant Lamarre, qui sut prendre sur le gouverneur une influence décisive. Le nom de cet officier mérite d'être cité parmi les plus glorieux. Il ne perdit pas un instant pour remettre la place en état de défense; Texpérience prouva combien cette prévoyance était fondée. Wellington, délivré de Masséna qui venait d'abandonner le Portugal, impatient de reprendre Badajoz, y envoya 30,000 hommes, sous les ordres de Beresford, avec ordre de mener vigoureusement les attaques. Soult qui, de son côté, attachait la plus grande importance à conserver sa conquête, marcha au-devant de cette armée. Vaincu à la bataille d'Albuera, le 16 mai 1812, il fut obligé de se retirer pour attendre le maréchal

1. La ville de Badajoz, capitale de l'Estramadure espagnole, a subi à cette époque et à bien peu d'intervalle, trois sièges presque également célèbres : attaquée d'abord au mois de mai 1811 par le maréchal Soult, elle tomba aux mains des Français. Wellington essaya ensuite de la reprendre au mois d'avril 1811; la place lui résista vigoureusement jusqu'au jour où elle fut délivrée par les maréchaux Soult et Marmont. Enfin, on 1812, Soult étant trop faible et Marmont étant par ordre de l'Empereur occupé dans la Beira, Wellington attaqua une deuxième fois la place et s'en empara. Il s'agit Ici du second de ces trois sièges.

Marmont, le successeur de Masséna à rarmée de Portugal, dont il avait invoqué le secours.

Investie et bloquée depuis le 22 avril, débloquée un instant le 16 mai pendant la bataille d'Albuera, bloquée plus étroitement encore que la première fois, à partir du 20 mai, par une armée de 40,000 hommes que commandait Wellington en personne, la garnison de Badajoz ne recevait aucune nouvelle de l'extérieur et se trouvait dans la situation la plus critique. « Rien », dit M. Thiers dans le treizième volume de son Histoire du Consulat et de V Empire j « dans la guerre de siège si féconde chez les Fran- « çais en faits admirables, ne dépasse la conduite « de la garnison de Badajoz durant les mois d'avril, « de mai et de juin 1811. » Une batterie anglaise de 20 bouches à feu ou^'rit plusieurs brèches dans les murs du château ; les assiégés rendirent ces brèches impraticables en faisant éclater au bas des terres éboulées une foule de grenades et d'obus, élevèrent un retranchement intérieur en arrière, et disposèrent sur les flancs des brèches une nombreuse artillerie. Les assiégeants renoncèrent alors à attaquer de ce côté et reportèrent leurs efforts sur un autre point. Après avoir pratiqué deux brèches dans les remparts du fort Saint-Christoval, ils tentèrent deux assauts de nuit et furent repoussés avec des pertes énormes. L'enthousiasme et l'ardeur de la garnison furent portés à leur comble. Enfin, elle eut la joie de voir

s'éloigner rarmée anglaise. Marmont, meilleur camarade que la plupart des maréchaux et des généraux qui commandaient à cette époque les armées françaises en Espagne, que* Soult lui-même qui n'avait pas été devant Lisbonne au secours de Masséna, était, avec son armée encore incomplètement réorganisée, accouru pour délivrer Badajoz. A la nouvelle du mouvement de Marmont, Wellington décampa et, le 20 juin, Soult et Marmont firent leur entrée dans la ville, comblant de leurs félicitations rhéroïque garnison ainsi que le gouverneur Pliilippon et le commandant Lamarre, qui avait réellement dirigé la défense.

J'ai parlé plus haut de la défense de Burgos par le général Dubreton. Elle peut être mise au même rang que les plus brillantes victoires. S'il était bien posé en principe qu'il ne saurait y avoir, dans une armée, de commandement plus enviable que celui d'une forteresse assiégée, si l'on s'attachait à confier ces commandements à des hommes d'un caractère éprouvé, si, dans les histoires militaires , on accordait aux défenses de Grave , de Lille, de Badajoz, de Burgos, de Saint-Sébastien l'honneur qu'elles méritent, on ferait cent fois plus pour prévenir le retour d'événements tels que ceux qui ont marqué la guerre de 1870-1871, qu'en multipliant dans le Code les mesures de méfiance et de rigueur. Dubreton, avec 2,000 hommes, tenant tête

pendant 34 jours, derrière de vieilles murailles et dans des réduits palissades, à toute Tarmée de Wellington, forte de 50,000 hommes, recula d'un an la perte de TEspâgne, qui semblait inévitable après la bataille des Arapilesou de Salamanque. En vain, le général anglais, perdant cette fois son impassibilité, essaya tour à tour des attaques brusquées, des cheminements réguliers, des explosions de mines : ses troupes pénétrèrent trois fois dans la première enceinte, et trois fois elles en furent chassées avec perte. Les 2,000 hommes de Dubreton en tuèrent 3,000 à T ennemi.

En 1813, plusieurs places continuèrent à être occupées en Allemagne ou en Espagne, tandis que leurs garnisons auraient donné à T empereur Napoléon une armée capable de faire payer bien cher aux troupes coalisées Tinvasion de la France. Ces garnisons , abandonnées sur la Vistule , sur roder, sur TElbe, le Rhin et TEbre, auraient écrasé, dans les vallées de la Seine et de la Marne, les masses triomphantes de Schwartzemberg et de Blticher, si Napoléon n'avait pas sacrifié Paris même au désir de garder Hambourg et Dantzick. Elles honorèrent du moins le nom français par de vaillantes résistances. Quelques-unes même ne se rendirent qu'au gouvernement de Louis XVIH; deux d'entre elles eurent la gloire d'être défendues par deux des hommes les plus illustres de ce temps.

A Hambourg, avait été relégué, à moitié disgracié quoi qu^on en ait dit, le vainqueur d'Auerstsedt, le héros d'Eylau, d'Eckmiilil et de Wagram, le maréchal Davout, chargé de garder le bas-Elbe avec 40,000 hommes, dont 10,000 Danois. Hambourg n'était pas à proprement parler une place forte, mais d'immenses travaux, des ouvrages en terre, des palissades, des digues fortifiées en avaient fait un camp retranché, qui embrassait Hambourg, Harbourg et les îles de TElbe. Avec ses 30,000 hommes, car les Danois rejoignirent leur pays avant que la ville fût bloquée, Davout s'y maintint contre 100,000 hommes. Ayant des approvisionnements considérables et une certaine étendue de pays pour l'aider à vivre, il repoussa victorieusement toutes les attaques de l'armée ennemie, commandée par Benningsen, et lui tua, sans éprouver lui-même de grandes pertes, plus de 7,000 à 8,000 hommes. Se refusant à croire aux assertions de l'ennemi , il ne reconnut les Bourbons que lorsque la nouvelle des événements de Paris lui fut apportée par une personne qui avait toute sa confiance, et il annonça ces événements à son armée par l'ordre du jour suivant :

« L'empereur Napoléon a abdiqué pour lui et pour « son fils. La maison de Bourbon remonte sur le « trône de ses ancêtres. Demain, le drapeau trico- « lore sera remplacé, partout où il est arboré, par le « drapeau blanc aux anciennes armes de France et

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« salué par 121 coups de canon. A partir d'aujour- « d'hui, la place de Hambourg sera défendue au « nom de Sa Majesté Louis XV 111. >

Rien ne fut changé dans le service de la place, mais un armistice fut conclu avec les Russes. Quelques jours plus tard, le général Gérard vint, par ordre du roi, relever le maréchal Davout dans son commandement et ramener l'armée en France. « C'était une insulte gratuite >, a écrit un officier qui faisait partie de ce corps d'armée, « envers ce- « lui auquel on devait d'avoir conservé, au milieu « du désastre général, 30,000 hommes bien orga- « nisés et une artillerie nombreuse*. > On peut ajouter que non seulement le maréchal avait conservé ces troupes, mais qu'il les avait formées et dressées. Au commencement du blocus, il avait 30,000 conscrits; après sept mois, il remit au général Gérard 30,000 soldats faits et solides^.

A Anvers, Camot se conduisit comme Davout à Hambourg. Cet ancien membre du Comité du salut

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