Pellissier, Annales algériennes
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chef de la bande, qui lui faisait cette sommation^ et le feu commença pour continuer sans interruption, les blessés couchés dans la poussière chargeant les armes de leurs camarades. Lorsque, au bruit de la fusillade, le colonel Morris arriva de Bouffarick avec ses chasseurs d'Afrique, en même temps que de Beni-Mered accouraient un lieutenant du génie et trente hommes, les cavaliers arabes s'enfuirent, abandonnant sur le terrain leurs morts et leurs blessés. Cinq hommes seulement, parmi les soldats qui s'étaient si bravement défendus, restaient encore debout ; le sergent Blandan expira en répétant : « Courage , mes amis , défendez-vous jusqu'à la « mort ! »Un bel ordre du jour du maréchalBugeaud, un obélisque élevé au milieu du village de Mered, la tradition entretenue dans le 26' régiment d'infanterie par une fête annuelle, ont consacré la mémoire de cette action d'autant plus glorieuse que le détachement commandé par le sergent Blandan était composé de jeunes recrues \
Pour celui qui interroge l'histoire militaire, l'embarras du choix est grand parmi tant de faits héroïques. Il serait cependant difficile de trouver mieux que le combat de Nazareth, dans lequel Junot, chargé avec un détachement de 400 hommes d'éclairer le corps expéditionnaire de Syrie, fut en-
j. Blanc, Soldats et généraux d'Afrique,
touré par deux bandes de 2,000 à 3,000 cavaliers chacune, et lutta sans relâche depuis neuf heures du matin jusqu'à trois heures de Taprès-midi. Junot et sa petite troupe opposèrent à la furie des Turcs et des Arabes un calme inébranlable 5 en vain avec un acharnement surexcité par la résistance de cette poignée d'hommes, les cavaliers ennemis revinrent à plusieurs reprises 5 chaque fois repoussés par le feu de r infanterie et sabrés par les dragons du colonel Duvivier, ils finirent par se décourager et s'enfuirent en désordre.
A la même époque, dans le sud de l'Italie, une colonne de 1,500 hommes commandée par le général Broussier, fut cernée par 12,000 Napolitains sur l'emplacement même des fameuses Fourches Caudines. Non seulement Broussier parvint à se dégager, mais encore il remporta une victoire signalée, en attaquant au lieu de se laisser attaquer et en attirant l'ennemi dans une embuscade adroitement disposée. Croyant poursuivre quelques compagnies qui affectaient de fuir devant eux, les Napolitains furent subitement pris de flanc par la vive fusillade d'un bataillon couché derrière des haies dans le fossé qui bordait le chemin. Profitant du désordre causé par ce feu inattendu, Broussier lança sur eux son infanterie qui, les chargeant à la baïonnette, les mit en déroute ; ils laissèrent sur le terrain plus de 1,800 morts.
En cette même année, les troupes françaises qui occupaient les îles Ioniennes ne furent pas aussi heureuses que les soldats de Broussier, dans leur lutte contre le célèbre Ali-Pacha de Janina. Le combat de Nicopolis, dans la presqu'île de Prevesa, peut passer pour un des plus sombres drames de la guerre. Le général La Salcette était chargé de défendre avec 700 hommes, dont 400 Français, les retranchements à peine ébauchés de Nicopolis. Il y fut assailli le 22 octobre 1799 par le fils d'Ali, Mouktar-Pacha, qui passait pour plus féroce encore que son père et commandait à 12,000 Albanais, presque tous soldats d'élite, renommés pour leur bravoure farouche. Les soldats de Mouktar s'élancèrent sur les retranchements en poussant d'horribles cris, avec un élan qui semblait irrésistible. Le feu de l'infanterie placée sur deux rangs, le tir à mitraille des canons, les arrêtent et les font reculer ; ils s'y reprennent à plusieurs fois et sont chaque fois repoussés. Mais Mouktar menace de la mort quiconque reculera ; les Albanais reviennent à la charge, et les habitants de Prevesa qui formaient le centre de la ligne, saisis de terreur, prennent la fuite, sans laisser aux Français le temps de refermer la brèche pratiquée dans leurs rangs par cette défection; les Albanais se précipitent dans la trouée, et chacune des deux ailes ainsi séparées l'une de l'autre est enveloppée par des milliers d'hommes.
LES TROrPES EN CAMPAGSE. 329
RloTS commença le massacre ; La Salcette se réfugia avec viugt-cinq lionimee dans une roiloiite, où il espérait tenir jiisqu'à ce qu'il lui arrivât du secours, et finit par se rendre ; dix-neuf de ses eoMats restaient encore debout.
Un capitaine qui avait été détaché avec ÔOhommes pour garder Prevesa accourt au canon ; cette faible troupe est cernée à ton tour; elle brûle toutes ses cartouclics et combat ensuite h l'arme blancbe ; le capitaine et neuf bammes épuisés de fatigue, n'ayant plus la force de se tenir debout, eont pris et
Pisarmés. Sur 400 Français, 100 à peine restaient ranfs, prisonniers et jjreBque tojis LlcEsée. Parmi les combats livi'és avec des forces disproportionnées, il n'en est pas de plus glorieux que celui qui fut soutenu par deux bataillons du 84' de ligne, le 25 juin 180i3. Ces deux bataillonsavaient été laissés dans la ville de Gratz, par le général Broussicr, avec mission de bloquer la citadelle; ils s'y ti'ouvéreut bientôt bloqués eux-mtmes par un corps de 10,000 hommes. Ils en comptaient à peine un millier; ils se retranchèrent dans un faubourg où jamais l'ennemi ne put les forcer, s De fréquentes sorties dé- Kconcertèrent ses attaques ; de nombreux prisonaîcrs tombèrent entre les mains du 84', et les tmmitions de ces derniers lui servirent à combattre ; jamais fait d'armes comparable n'a brillé d'un pareil éclat. Après quatorze heures de corn-
3âO • LES CAPITULATIONS.
« bat, les troupes du général Broussier ayant para, « r ennemi laissa la retraite libre au 84* régi- « ment.
« L'Empereur combla ce régiment de récompenses « et fit inscrire sur son aigle, en lettres d'or: un