LES ARMÉES DE SECOURS
Procès de Trianoa. L'armée de Metz et Tarmée de Chàlons. — Influence des mouvements de l'armée de secours. — Maëslricht et le mare'chal de Schomberg. Philipsbourg et le maréchal de Luxembourg. — Une lettre de M°>« de Sévigné. — Mayence et Duras. Une enquôte. — Mots de Louis XIV et de Voltaire. — Mayence en 1792. Custine et Beauharnais. — Ciudad-Hodrigo. Marmont et -Caffarelli. — Burgos et Wellington. — Saint-Sébastien et Soult. — Plewna et Soliman-Pacha. — On pourrait multiplier les exemples.
Le jugement d^un gouverneur de forteresse est une bien autre afifaire que celui d'un capitaine de bâtiment ; les témoins s'y comptent par centaines , les individus intéressés dans le résultat du procès par dizaines. Qu'on se rappelle le procès Bazaine, combien de temps il a duré, que de questions il a soulevées, que de responsabilités il a mises enjeu. Le conseil d'enquête, institué par décision ministérielle du 30 septembre 1871, émet son avis le 12avrill872; l'Assemblée nationale, qui exerçait alors dans toute leur étendue les pouvoirs du Gouvernement, décrète le 16 mai suivant la mise en jugement ; l'instruction est commencée de suite ; 500 témoins sont entendus ; les débats ouvrent le 6 octobre 1873 ; et, présidés par le duc d'Aumale avec une netteté et une fer-
meté qui ne les laissent pas s'égarer en digressions inutiles, ils durent jusqu'au 10 décembre, 18 mois après le décret de mise en accusation. Il est inutile de revenir ici sur ces débats douloureux, mais il est permis de rappeler que les mouvements de l'armée de Châlons qui, dans le plan conçu par le ministre de la guerre, le général Montauban, devait venir donner la main à Tannée de Metz, furent vivement discutés, et que, pour un instant, on se demanda si le maréchal de Mac-Mahon n'allait pas, pour la défense de Bazaine, être mis à son tour sur la sellette.
Ce n'est pas seulement à propos du siège de Metz que les opérations de l'armée de secours ont été invoquées pour expliquer la reddition d'une place. Au temps de Louis XIV, où la guerre consistait surtout en sièges et en défenses de places, en manœuvres d'armées cherchant à couvrir un siège ou à le faire lever, l'opinion publique fut souvent surexcitée par des récriminations réciproques. En 1676, la place de Maëstricht, assiégée par le prince d'Orange et vigoureusement défendue par Calvo, est secourue à temps par le maréchal de Schomberg dont les habiles manœuvres forcent le prince d'Orange à lâcher sa proie, et, presque au même moment, Philipsbourg dont la défense couvre de gloire le lieutenant-général Dufay, succombe parce que Luxembourg n'a pas trouvé son audace accoutumée pour
marcher à son secours*. Déjà, dans ce temps-là, les opérations des armées, ainsi que les faits et gestes des généraux, préoccupaient vivement Fopinion publique, et Ton attendait avec anxiété, à Paris et à Versailles, les nouvelles du maréchal de Luxembourg ou du maréchal de Schomberg, de la place de Philipsbourg et de celle de Maëstricht. Il y avait peu de journaux alors : la Oazette de France, à peu près le seul, ne disait guère que ce qu'il plaisait à Louvois de lui laisser dire, et ce n'est pas elle qui eût donné connaissance à Tennemi, des mouvements de nos armées, comme on Ta vu au mois d'août 1870 ; mais les lettres colportées de quelques personnes , et surtout celles de M™* de Sévigné , remplaçaient les journaux dans le seul monde dont il y eût vraiment lieu de tenir compte. On y trouve à chaque page les traces de la préoccupation publique. Les remarques spirituelles de la charmante marquise en apprennent autant que bien des traités savants sur les guerres de Louis XIV : « Pour TAIlemagne », écrit-elle le 6 juillet 1676, « M. de « Luxembourg n'aura guère d'autre chose à faire « qu'à être spectateur, avec 30,000 hommes, de la « prise de Philipsbourg; Dieu veuille que nous ne « voyions pas de même celle de Maëstricht. Ce qu'on « fera, à ce que dit M. le Prince', c'est que nous