‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 9 sur 116 · Lo grand Condë · texte numérisé non relu

Lo grand Condë

« prendrons une autre place et ce sera pièce pour « pièce. Il y avait un fou, le temps passé, qui disait « dans un cas pareil : Changez vos villes de gré à « gré, et vous épargnerez vos hommes. Il y avait bien « de la sagesse dans ce discours. »

Après la prise de Philipsbourg, la marquise écrit le 19 août : « Un de nos amis me mande qu'il s'est « trouvé un diable de bois, inconnu sur la carte, « qui nous a tenus en bride, de telle sorte que ne « pouvant nous ranger en bataille qu'à la vue des « ennemis, nous avons été obligés de nous retirer le « 10 et d'abandonner Philipsbourg à la brutalité des « Allemands. Jamais M. de Turenne n'eût prévu ce « bois ; ainsi, l'on doit se consoler de plus en plus « de sa perte. » Le 2 septembre suivant, elle annonce ainsi la délivrance de Maëstricht : « Xonobs- « tant les mesures trop justes et trop étroites qu'on « avait fait prendre à M. de Schomberg, pour mar- « cher au secours de Maëstricht, ses troupes ont fait « lever le siège à leur approche et en se présentant « seulement. Non seulement ils ont promptement « levé le siège, mais encore abandonné leur poudre, « leurs canons, enfin tout ce qui marque une fuite. « On dit que M. de Luxembourg a voulu, par sa « conduite, ajouter un dernier trait à l'éloge de « M. de Turenne ; on loue à bride abattue M. de « Schomberg...»

Là, du moins, il y avait dans les opinions une

sorte de concert. Les discussions furent plus vives pour la défense de Mayence, en 1689. Le marquis d'Uxelles défendait cette place, avec une garnison de 10,000 hommes, contre les armées combinées du duc de Lorraine et de T électeur de Bavière, Tattaquant chacun de son côté. La résistance dura sept semaines, la garnison fit vingt-deux grandes sorties; peu de sièges ont donné lieu à des combats aussi acharnés. Le Roi et M. de Louvois pressaient le maréchal de Duras de marcher au secours de Mayence, mais le maréchal objectait toujours le mauvais état de son armée , qu41 demandait le temps de réorganiser. Presque à bout de poudre, le marquis d'Uxelles imagina de tromper Tennemi sur sa position, afin d'obtenir des conditions plus avantageuses ; il laissa les assiégeants venir s'établir sur la contrescarpe, aux attaques de Lorraine et de Bavière, et fondit subitement sur les deux attaques, remportant une victoire complète, tuant ou blessant dans cette seule rencontre 5,000 ennemis; puis il demanda à capituler, n'ayant plus que 5,000 hommes valides. A la nouvelle de ces événements, l'émotion fut considérable dans le public et à la cour. Par ordre du roi, M. d'Uxelles dut expliquer comment 250 milliers de poudre et 5,000 mousquets de rechange n'avaient pas sufii à une défense de plus de sept semaines (48 jours de tranchée ouverte). M. d'Uxelles se justifia, paraît-il, de

la manière la plus satisfaisante. Cela se comprend pour la poudre, mais les mousquets devaient être de bien mauvaise qualité pour ne pas durer 50 jours. Quoi qu'il en soit, M. d'Uxelles fut parfaitement reçu par Louis XIV qui lui dit gracieusement : « Vous vous êtes défendu en homme de « cœur et vous avez capitulé en homme d'esprit ; » il fut même approuvé des connaisseurs et des gens du métier et sortit de là, d'après M"*® de Sévigné , avec F estime des amis et des ennemis. Mais « à Paris », dit Voltaire, « cette ville immense « pleine d'un peuple oisif, qui veut juger de tout « et qui a tant de langues et tant d'oreilles avec si « peu d'yeux » , les choses furent jugées autrement, et le défenseur de Mayence fut hué en plein théâtre 5 ce qui ne l'empêcha pas d'être nommé maréchal de France en 1704, dans la même promotion que Vauban et que M. de Chamilly, l'illustre défenseur de Grave. Quant au maréchal de Duras, il fut chansonné pour n'avoir pas secouru Mayence, à la suite d'une campagne où il n'avait recueilli que la triste gloire des incendies du Palatinat, et il ne se releva plus de ce coup.

Cette même place de Mayence devait fournir, en 1793, un exemple plus éclatant encore de l'influence des opérations des armées de secours sur le sort d'une place qui succomba malgré tous les efforts de la garnison. Tout le monde connaît cette défense

dans laquelle s'illustrèrent Kléber, Aubert-Dubayet, les représentants du peuple Rewbell et Merlin et surtout cet héroïque Meunier, dont les funérailles furent saluées par Tartillerie prussienne pendant une trêve accordée par le roi Frédéric-Guillaume. La garnison soumise aux plus cruelles privations, soutenant chaque jour les combats les plus acharnés, attendait avec anxiété Farmée du Rhin. Mais Custine et Bcauharnais, qui le remplaça dans le commandement de cette armée, hésitèrent, trouvèrent mille obstacles et ne vinrent pas. H fallut enfin, après trois mois d'une lutte incessante, signer la capitulation. Honorés par le vainqueur qui leur témoigna les plus nobles égards, les chefs de la vaillante garnison- de Mayence furent incarcérés par ordre de la Convention et menacés d'un jugement. Il fallut que le représentant Merlin fît à la tribune le récit de toutes les actions dont il avait été témoin ; il lui fallut démontrer qu'en prolongeant la résistance de quelques jours, on aurait épuisé toutes les ressources et qu'on se serait vu ainsi à la merci de T ennemi, tandis que la capitulation avait conservé à la République 20,000 soldats éprouvés qui, ayant pris le seul engagement de ne pas servir pendant un an contre la Prusse, pouvaient être employés partout ailleurs. On sait, en effet, quel fut le rôle de la garnison de Mayence, des fameux Maycnçais et de leur chef Kléber, dans la guerre de la Vendée.

Cnstîne et Beaahamais portèrent, an contraire, l^^urs têtes sur l'échafand pour ne pas avoir secoum 3[ayence.

En 1812, la place de Ciadad-Rodrigo, dans la province de Salamanque, dépendait de rarmée du Nord de l'Espagne que commandait le général Dor- 8enne ; maisMarmont. avec Tarmée de Portugal, avait Tordre de venir au secours de cette place au cas où elle serait menacée par les Anglais. Le gouverneur était le général Barrié; la garnison, comprenant seulement 2,000 hommes, était insuffisante et sur les points où les Français avaient ouvert une brèche pour prendre la place une année auparavant, les maçonneries de F enceinte fraîchement reconstruites, n'offraient aucune solidité. De l'autre côté de la frontière, Wellington, pourvu de son équipage de siège et de tous les approvisionnements nécessaires, se tenait comme à l'affût, guettant le moment où la place serait abandonnée à elle-même pour se précipiter sur cette proie. Le moment attendu ne tarda pas à se présenter. Caffarelli, qui avait remplacé Dorsenne dans le commandement de Tannée du Nord, était retenu en Navarre par la nécessité de combattre les bandes espagnoles et par Tonvoi d'une partie de ses divisions dans le royaume <lo Valence ; Marmont était lui-même affaibli par la dispersion obligée de son armée, résultat des ordres de TEmpereur, donnés à cinq cents lieues de dis-

tance. Wellington passe la frontière, investit Ciudad- Rodrigo avec 40,000 hommes et commence, le jour même, non pas un siège régulier qui aurait exigé du temps, mais une attaque brusquée à coups d'hommes, avec des masses d'artillerie. A cette nouvelle, Marmont, comptant sur une défense de 20 jours, rassemble ses divisions éparses, et Cafifarelli, trop faible pour agir seul, attend l'arrivée de Marmont. Mais la brèche dans les maçonneries à peine réparées, est pratiquée en quelques jours ; disposant de forces considérables en hommes et en canons, Wellington ouvre même deux brèches à la fois, et brusquement il donne l'assaut; la garnison, trop faible pour défendre à la fois les deux brèches, va de l'une à l'autre et, après un combat presque aussi acharné que celui de Badajoz, elle est cernée et forcée de se rendre \... Marmont eut la douleur d'arriver trop tard; Caffarelli et lui s'en prirent tous les deux au général Barrié, dont la défense, disaient-ils, n'avait été ni assez habile ni assez énergique et qui fut mis en disgrâce. L'histoire, mieux éclairée, impute le sort de Ciudad-Rodrigo à Napoléon, qui, pour la conquête inutile de Valence, avait mis l'armée du Nord et celle du Portugal hors d'état d'agir. Qu'aurait fait dans cette circonstance un conseil de guerre? Et la question d'ordre supérieur que je

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