‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 93 sur 116 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Les sièges de la guerre de Sept ans. — La suite des capitulations

de 1806-1807.

J*ai cité cette observation du maréchal Marmont :

« Rien n'est plus digne d'admiration que la dé- « fense d'une place poussée à ses dernières limites « possibles, mais rien de plus rare. »

Pour se convaincre de la vérité de cette assertion, il suffit d'étudier de près une période de l'histoire des guerres et de comparer pendant cette période la vigueur déployée par les divers 'partis dans les batailles et les combats, avec la mollesse qu'on est trop souvent en droit de reprocher aux défenseurs des places fortes.

Prenons pour exemple la guerre de Sept ans, remarquable par les batailles de Prague, de CoUin, de Leuthen, de Zomdorf, de Torgau, de Kunersdorf, etc., et récapitulons les sièges de cette guerre célèbre :

En 1756, Tarmée prussienne pénètre le 29 août dans la Saxe ; Dresde capitule immédiatement sans coup férir.

En 1757, Hameln ouvre ses portes sans combat au maréchal d^Estrées, deux jours après la bataille de Hastembeck. Schweidnitz est investie au mois d'octobre par une partie de Tarmée autrichienne ; la tranchée est ouverte le 27 ; les Autrichiens donnent, dans la nuit du 11 novembre, un assaut général à toutes les redoutes qui environnent le corps de place ; deux de ces redoutes sont enlevées ; le gouverneur prussien perd la tête et se rend prisonnier avec la garnison, qui comprenait 10 escadrons de hussards et 10 bataillons d^nfanterie. Après la bataille de Breslau, dans laquelle M. de Bevern est battu par les Autrichiens et fait prisionnier, M. de Leswitz, laissé pour commander la place de Breslau, et qui jusque-là avait eu la réputation d'un bon officier, demande lui-même à capituler sans qu'on ait tiré contre la place un seul coup de canon 5 il obtient la libre sortie de la garnison.

Cette même place de Breslau étant défendue par 17,000 Autrichiens, 14,000 Prussiens l'investissent le 7 décembre après labataille deLeuthcn : le froid est excessif; les fossés sont gelés ; le gouverneur craint d'être pris par escalade ; une bombe met le feu à un magasin à poudre ; le 16 décembre, la garnison se rend prisonnière de guerre. « îfi les fortifications, ni

« le nombre des soldats », dit à ce sujet FrédéricII, « ne défendent une ville ; mais tout dépend de la tête « plus ou moins forte et du courage déterminé de « celui qui y commande. »

En 1758, Nienhourg se rend, le 28 février, au duc Ferdinand de Brunswick après deux jours de siège. On a pu voir, dans le courant de ce livre, la honteuse capitulation de Minden, le 14 mars.

Schweidnitz est investie par les Prussiens le 1 5 mars 5 la tranchée est ouverte dans la nuit du 1" au 2 avril ; le 15, un fort extérieur est enlevé d'assaut en une demi-heure. Le gouverneur autrichien demande à capituler et se rend prisonnier avec 3,000 hommes.

OlmiltZj investie le 16 mars par le maréchal Keith, est vigoureusement défendue par le général autrichien Marshall. Un convoi destiné à l'équipage de siège et venant de Neisse, est attaqué et détruit par Laudon, le 30 ; les Prussiens sont forcés de lever le siège.

Colherg^ mauvaise place défendue par 700 invalides mais ayant pour commandant un brave homme, le major Heyden, est investie au mois de septembre par les Russes et vivement bombardée du 3 au 22 octobre : les Russes, chassés par une armée de secourSy levèrent le siège le 1" novembre.

Le duc de Deux-Ponts fait investir, le 31 août, le fort de Sonnenstein, sur TElbe, dont la garnison est

CAPITOXi. 3d

forte de 1,400 hommes; le colonel Grape qui la commande se rend, le 2 septembre, sans aucune tentative de résistance.

Neisse, attaquée par les Autrichiens à la fin d'octobre, est délivrée le 6 novembre par Frédéric II en personne, après une défense honorable.

En 1759, un coup de main bien mené fait tomber, le 9 juillet, la place de il/tWen aux mains du duc de Broglie; mais Farmée française perd, le l*"' août, la bataille de Minden ; la place capitule le 2 sans coup férir.

Munster y occupée par les Français, capitule le 21 septembre, après une très belle défense ; la garnison en sort libre avec les honneurs de la guerre.

Torgau, place informe couverte par une muraille et un fossé, avec quelques parapets en terre, subit quatre assauts et capitule le 8 août, faute de vivres, avec condition de laisser sortir la garnison libre. Vittenberg se défend et capitule de même.

Dresde, assiégée par les Autrichiens après la bataille de Kunersdorf et investie le 27 août, capitule le 4 septembre, au moment même où arrivait devant ses murs le général Wunsch, envoyé par Frédéric II à son secours. M. de Schmettau, le gouverneur, obéissait aux instructions qu'il avait reçues du roi de sauver avant tout la garnison et 20 millions qui se trouvaient dans les caisses de Tarmée.

En 1760, Glatz est bloquée parles Autrichiens au

mois de juin. La tranchée est ouverte le 21 juillet. Les Autrichiens attaquent une redoute extérieure, s'en emparent, poursuivent les défenseurs et pénètrent avec eux dans la place sans éprouver de résistance ; le gouverneur, marquis d'Oo, capitule immédiatement. Frédéric II n'hésite pas à attribuer ce fait extraordinaire à la trahison et aux intrigues des jésuites.

Dresde est assiégée de nouveau par les Prussiens : le commandant autrichien, M. Maguire, refuse de se rendre et est secouru par le maréchal Daun. BreslaUy attaquée -par Laudorij et Colherg encore une fois assiégée par les Russes, sont délivrées de même après une défense honorable.

En 1761, Schweidnîtz est encore une fois prise par les Autrichiens, à la suite d'une escalade qui peut passer pour un des plus beaux faits d'armes de ce genre. Laudon, qui commande l'armée de siège, attaque à la fois avec quatre colonnes les quatre forts qui couvrent la place ; il s'en empare et sans laisser reposer les troupes, se rend maître de la ville après quatre heures de lutte. Il fait ainsi 3,400 prisonniers.

Colherg y investie au mois de juin par l'armée et la flotte russes, oppose à toutes les attaques la résistance la plus vigoureuse : la place ne capitule que le 16 décembre, quand la garnison est à bout de vivres et de munitions.

Enfin, en 1762, la place de Schtveidnitz est reprise par Frédéric II, après un siège de deux mois dans lequel se couvre de gloire Tillustre Gribeauval, le réformateur de Tartillerie française, alors commandant de Tartillerie autrichienne et charge de diriger comme ingénieur la défense de Schweidnitz. Mais le gouverneur capitule, bien qu'il n'y ait pas encore de brèche au corps de place et que les travaux de l'assiégeant soient encore éloignés de la crête du glacis.

On voit combien peu de défenses, dans les sièges de cette guerre, ont mérité des éloges. On en trouve dans ce cas six ou sept à peine, sur vingt que j'ai citées. — Les commandants de Schweidnitz et de Breslau en 1757 et 1758, de Sonnenstein en 1758, de Minden en 1759 et de Glatz en 1760 auraient dû, au contraire, être sévèrement punis. Quant au commandant autrichien de Schweidnitz en 1762, sa capitulation prématurée après une défense honorable ne saurait s'expliquer.

Cette place de Schweidnitz semble du reste prédestinée, car la capitulation dont elle fut l'objet le 16 février 1807, fit encore tache parmi celles des forteresses de la Silésie, qui dans cette guerre se défendirent généralement bien. Le général Vandamme, chargé, sous le commandement supérieur du prince Jérôme, de la conquête de la Silésie, arriva devant Schweidnitz, le 10 janvier, avec 8,000 hommes, sr.ns

équipage de siège ni munitions. La tranchée fut ouverte seulement dans la nuit du 3 février 5 le bombardement, opéré par trente et une bouches à feu, commença le jour même ; un incendie considérable éclata dans la nuit du 4 au 5 et frappa les habitants de terreur. Le 6, un prince de HohenzoUern, attaché comme aide de camp à la personne du prince Jérôme Napoléon, fut chargé de porter la sommation et « décida le gouverneur à se rendre » , dit le prince Jérôme dans son rapport à l'Empereur. Le gouverneur, sous le coup des nouvelles qui lui furent communiquées par le porteur de la sommation et en présence des dispositions de la population, consentit à capituler \

J'ai dit, dans le courant du livre, que les auteurs des capitulations de 1806 à 1807 n'avaient pas perdu pour attendre. Les premières poursuites furent exercées contre eux en 1809 lorsque. Napoléon étant occupé dans sa guerre contre T Autriche, le parti de l'action, représenté par Scharnhorst, Tauenzien, Lestocq, reprit un instant le dessus.

Le général Romberg, qui avait capitulé à Stettin le 29 octobre 1806, fut alors mis en jugement, condamné à mort et gracié, sans doute à cause de son grand âge.

Le colonel Ingersleben, qui avait signé le 1*' no-

Page 1