CanoDgo, Histoire militaire contemporaine, lome I
chefs, mais reconnu condamnable pour un d'eux seulement, celui de n'avoir pas marché au canon à la bataille d'Eski-Segra , Soliman fut condamné à l'exil perpétuel et à la perte de toutes ses décorations; le sultan commua sa peine en six ans d'exil. Ce procès est resté comme un monument de partialité, et il est notoire que le vainqueur d'Elena fut poursuivi en raison de faits politiques antérieurs à la guerre. Ce n'est donc pas un exemple à suivre *. En 1794, pendant le siège de Charleroî et quelques jours avant la bataille de Fleurus, le représentant du peuple, Saint-Just, instruit qu'un capitaine d'artillerie nommé Méras avait apporté quelque négligence dans la construction d'une batterie dont il était chargé, le fit fusiller dans la tranchée. Les généraux Hatry, commandant les troupes du siège, et Bollemont, commandant l'artillerie, ainsi que le commandant Marescot, chef du génie, ayant fait des représentations contre l'arrêt qui avait frappé le capitaine Méras, Saint-Just donna l'ordre de les arrêter immédiatement (traduisez arrêter ])Sir fusiller^ ^ mais Jourdan ne craignit pas, en refusant d'exécuter cet
1. Voir sur lo procès de Soliman-Pacha, le très iiiléressant travail de M. Faiire ; Spectateur militaire des années 1882, 1883 et i884; lire entre autres documents l'arrêt du conseil de guerre où se trouve cet incroyable considérant : Attendu que les codes consultés ne contiennent pas d'article spécial s' appliquant au premier chef d'accusation^ mais que le degré de culpabilité de l'accusé entraîne la peine de mort, la détention ou l'exil, etc.
ordre, d'exposer sa tête qui fut sauvée par la victoire de Fleurus.
Il ne manquerait peut-être pas de personnages pour imiter Saint- Just dans son rôle facile de grand justicier. Espérons qu^l s'en trouverait aussi pour suivre T exemple de Jourdan et même pour faire mieux que lui. Le tort de certains historiens a été de contribuer à propager une fausse légende, en accréditant l'opinion que la peur de la guillotine avait donné aux généraux de la Képublique l'ardeur et l'activité qui leur faisaient défaut. Une armée dont les chefs n'auraient de courage et d'initiative que sous la menace de la mort serait une triste armée. L'honneur des généraux qui sauvèrent la France en 1794, des Hoche, des Moreau, des Jourdan, des Kléber, des Championnet, des Moncey, etc., fut, au contraire, d'avoir mis le dévouement à la patrie au-dessus de toutes les craintes, en bravant le tribunal révolutionnaire comme le feu de l'ennemi.
Rappelons-nous ce passé glorieux ; restons bien convaincus que pour entretenir l'esprit militaire et exciter l'ardeur patriotique, les lois pénales ne suffisent pas, et cherchons des moyens plus sûrs d'élever ou de maintenir notre armée à hauteur de la tâche qui lui est dévolue dans notre organisation nationale.
^PFENDIOE