‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 95 sur 116 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Le marquis de Montai à Asti. — Affaire de Moissen. — Le général Humbert en Irlande. — La division Sérurier aux batailles de Vérone et de Cassano. — Rottenmann. — Le colonel Cavalier.

J'ai cité un certain nombre de capitulations écrites ou verbales, consenties par des corps ou des fractions plus ou moins considérables d*armée et principalement par des troupes autrichiennes. Il faut bien se garder d*en conclure que ces troupes soient les seules qui aient subi des mésaventures de ce genre. On trouverait facilement, au contraire, dans les annales de Tannée française et de Tarmée prussienne des exemples semblables, que Ton ne saurait trop méditer, si l'on veut se faire une idée juste des conditions dans lesquelles le commandant d'une troupe peut être forcé de capituler.

Pendant la guerre de la succession d'Autriche, en 1746, la division française du marquis de Montai, forte de 6,000 hommes, formait, dans la ville ouverte d'Asti, l'extrême gauche de l'armée gallo-espagnole d'Italie. Le roi de Sardaigne l'investit subitement, le 2 mars, avec 25,000 hommes et Montai se

rendit prisonnier le 8 mars, sans presque avoir combattu, au moment où le maréchal de Maillebois, commandant en chef Farmée combinée, accourait à son secours*.

Dans cette même campagne de 1759 où les armes de Frédéric II subirent T échec honteux de Maxen, raconté dans le livre, le général prussien Dierke, qui occupait le poste de Meissen, fut attaqué, le 3 décembre, parla division autrichienne de Beck. L'Elbe charriait d'énormes glaçons: Dierke ne put rétablir le pont ; il parvint cependant à faire passer sur l'autre rive, à l'aide de nacelles, une partie de son corps. Le reste, comprenant environ 2,000 hommes, fut attaqué avec impétuosité et forcé, après un combat des plus vifs, de mettre bas les armes *.

Une des capitulations les plus honorables qu'il soit possible de citer dans cet ordre d'idées est celle à laquelle se trouva réduit, en Irlande, le général Humbert, au mois de septembre 1799. Amené par l'escadre partie de Eochefort, Humbert était débarqué, le 21 août, avec 1,150 hommes et trois pièces de campagne ; il avait ajouté à sa petite troupe deux ou trois milliers d'insurgés et remporté à Castlebar, le 27 août, sur l'armée anglaise forte de 10,000 hommes, une victoire complète

1. Jomini, Traité des grandes opérations militaires, tomo I««".

2. Jomini, Traité des grandes opérations militaires, tome II.

dont les trophées furent 1,200 prisonniers, douze pièces de canon et cinq drapeaux. Il livra ensuite plusieurs combats glorieux et fut enfin entouré à Ballinamack, le 8 septembre, par vingt-cinq à trente mille hommes de troupes réglées, soutenues par près de cent pièces d* artillerie. Les insurgés jetèrent leurs armes et se dispersèrent ; la petite armée de Humbert fut forcée de se rendre prisonnière. Cette campagne de seize jours fit le plus grand honneur aux armes de la République *.

• Je dois aussi rappeler comme exemples d'événements que ne peuvent éviter les hommes les plus connus pour leur bravoure et leur capacité militaire, deux capitulations subies dans la campagne d'Italie de 1799j par la division Sérurier.

Après la bataille de Vérone, gagnée par Schérer le 26 mars , Tannée française d'Italie avait dû battre en retraite par suite des nouvelles reçues de l'armée d'Helvétie. Pour masquer son mouvement, Schérer fit exécuter par la division Sérurier une fausse attaque sur Vérone ; l'ardeur des troupes les entraîna trop loin malgré les efforts de leur général. Surprises par des forces supérieures, elles se battirent bravement, mais bientôt accablées et rompues, elles furent mises en déroute . Les Autrichiens avaient détruit un des ponts qui devaient servir à la retraite.

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