Victoires et conquêtes, tome X
Cinq mille hommes, pour la plupart Piémontais, se trouvèrent ainsi coupés de toute communication, cernés sur la rive gauche de TAdige et forcés de mettre bas les armes.
Le reste de la division Sérurier périt de la même manière à la bataille de Cassano. Complètement isolée par suite de T évacuation du village de Caprio par le général Grrenier, cette division, attaquée et entourée par des forces supérieures, lutta bravement toute la soirée et toute la nuit. Au jour, son général apprit la défaite de Tarmée et la retraite précipitée de Moreau, le commandant en chef. Il n'avait plus avec lui que 2,500 hommes et était cerné par 10,000; il assembla ses officiers et voulut leur inspirer la résolution de se frayer un passage, Tépée à la main, à travers les rangs de l'ennemi. Sa voix resta sans écho : le combat de la veille et de la nuit avait épuisé tous les courages. Sôrurier dut alors demander à capituler; il se rendit prisonnier avec 2,500 hommes et 15 canons.
Un des événements de guerre les plus extraordinaires que Ton puisse rappeler est celui qui est citj dans le quatorzième bulletin de la Grande-Armée, campagne de 1809. « Le capitaine d'état-major Mathieu, envoyé en reconnaissance par le prince Eugène, commandant l'armée française d'Italie, et accompagne d'un seul dragon, tomba, aux environs de Salzbourg, dans le poste ennemi de Rottenmann, qui
le fit prisonnier. Il eut la présence d'esprit de se dire envoyé comme parlementaire pour annoncer au corps au pouvoir duquel il se trouvait, la défaite du général Jellachich et pour sommer ce corps de se rendre. Sur cette sommation, le général-major Plunkett mit bas les armes avec 3,000 hommes et livra en même temps au capitaine Mathieu plusieurs canons, caissons et fourgons. »
Enfin, je ne saurais mieux terminer ce long exposé qu'en montrant par un dernier exemple combien il est difficile d'apprécier les circonstances qui peuvent conduire le commandant d'une, troupe à composer avec l'ennemi.
Au mois de mars 1801, le colonel Cavalier sortait d'Alexandrie, par ordre du général Menou, avec un convoi de 600 chameaux, escorté par un détachement de 550 hommes (fantassins et cavaliers). Il devait ramener des vivres à Alexandrie, mais il fut rencontré et poursuivi dans le désert par la colonne du général anglais Doyle. Voyant ses troupes et les animaux du convoi épuisés de fatigue, il s'arrêta et fut aussitôt invité par un officier anglais à livrer son convoi à l'ennemi, sous la condition que, lui et les soldats du détachement, sans être faits prisonniers, seraient transportés en France avec leurs armes et leurs baoraores.
« Cette offre du pays natal », dit Napoléon, « faite « au milieu des arides déserts de la Libye séduisit
« tous les cœurs. » La convention fut promptement conclue : elle livrait aux Anglais 600 chameaux qu'il leur avait été impossible de trouver jusque-là.
Menou flétrit la conduite du colonel Cavalier dans un ordre du jour d'une violence inouïe ; Napoléon, de son côté, a dit que cet officier supérieur, distingué d'ailleurs par son mérite et son courage, aurait dû, à sa rentrée en France, être traduit devant un conseil de guerre. Il n'en fut rien, et le colonel Cavalier fut, au contraire, généralement approuvé pour avoir conservé à la France 550 braves gens dont la mort en captivité n'aurait été pour le pays d'aucune utilité....
C^est possible, mais le colonel Cavalier devait avant tout obéir à la loi militaire, qui lui ordonnait de se défendre contre l'ennemi *, et qui lui interdisait de conclure une convention, avantageuse seulement pour lui et pour ses soldats.
1. En ce moment même, on se prépare à élever une statue au sergent Blandan, cette personnification modeste du devoir militaire. (Voir page 325.)