MATHILDE, MAILLARD
MATHILDE
M. Maillard !
M"* Mathikle !
MATHILDE
Regardez-moi bien !
MAILLARD
Je vous regarde ! (a part.) Et avec plaisir ; elle est très bien... (Haut.) Je vous regarde !
MATHILDE
Eh bien ! vous ne comprenez rien aux femmes !
MAILLARD
Je ne comprends rien aux femmes!., moi, j\Iaillard , un philosophe !
MATHILDE
C'est justement pour cela. (A part.) Je crains que M. Pitois ne nous entende... (a mi-voix.) Eugénie aime son cousin !
MAILLARD, reculant de surprise.
Qu'est-ce que vous me dites là?
MATHILDE, à part.
Elle en est folle !
MAILLARD
Comment! Anatole! quand, à l'instant même, pour M. Pitois !..
MATHILDE
Parlez donc plus bas! (De même.) Elle ne peut pas souffrir M. Pitois !
AIAILLARD, à mi-voix.
Mais tout à l'heure... ce trouble... celte émotion!..
MATHILDE
C'est pour Anatole !
MAILLARD, à mi-voix.
Ah bah!., c'est désagréable poiu* ce pauvre Pitois!..
JIATIIILDE.
Allons, M. Maillard... voulez-vous faire le malheur de votre lille en la mariant contre son
Je ne dis pas... mais Anatole!., c'est qu'il n'a rien , absolument rion !
MATHILDE
N'a-t-il pas des amis, l'habitude dos affaires, de la jeunesse?
MAILLARD
S'il avait avec ça quelques inscriptions de rente, ça ne ferait pas de mal... ce n'est pas pour moi que je dis ça... qu'est-ce qu'il me faut à moi... un petit jardin... des Heurs... des...
MATHILDE
Nous savons le reste...
MAILLARD
Mais cette pauvre chère enfant!., élevée dans l'aisance, dans le lu\c... il fuut qu'elle ait voiture , une bonne table.
Vous aurez voilure... (Se reprenant.) Elle aura voiture... vous aurez une bonne table!.. Anatole n'a rien, cest vrai... mais une main amie ne peut-elle venir à son secours?., et tenez... une idée!..
MAILLARD
Quoi donc?
MATHILDE
J'en fais mon banquier... c'est un commencement... je place chez lui ma fortune, tous mes capitaux... (A part.) Pourvu que je trouve un mari cependant!.. (Haut.) Allons, M. Maillard, je vois d'ici votre opulence, celle de cette chère Eugénie... un bel hôtel dans la Chaussée-d'Antin...
Am De yotiebonlc féni-rcuse.
Puis, hors Paris, un modeste ermitage,
Oii vous irez , sur de riants gazons ,
Près d'un ruisseau murmurant sous l'ombrage,
La ligne en main , pOclier quelques goujons.
Puis un enclos rustique et solitaire
Où par vos mains, nourris dès le berceau ,
Quelques lapins...
MAILLARD, altccidii.
Arrêtez, je suis père!
Et mon cœur cède à ce touchant tableau !
MATHILDE
Allons! c'est convenu!., maintenant, laissezmoi parler à M. Pitois, pour le préparer à ce nouveau coup...
MAILLARD
Mettez-y des ménagemens , je vous en prie... il est très sensible ! il pleure !
MATHILDE
Soyez tranquille!., je me charge de tout. (Maillard sort.)