EUGÉNIE, MATHILDE
MATIIILDE.
Sais-tu que lu traites un peu durement ce pauvre M. Pitois?
EUGÉNIE
Tu trouves?
MATHILDE
Au surplus, tu as raison... ces Messieurs ne sont jamais plus heureux que lorsque nous les tourmentons beaucoup... à ce qu'on dit... et je me promets bien que mon futur mari...
EUGÉiVIE.
Ton mari? mais c'est donc bien vrai?.. Toi , si jalouse de ta liberté !
MATHILDE
Il le faut bien ! puisque la magistrature l'exige !.. mais quoiqu'un peu pressée par le temps, je choisirai... je te dirai même en confidence que j'ai choisi...
EUGÉNIE
En vérité !
MATHILDE
Oui, un jeune homme charmant, que depuis plusieurs années j'avais distingué , qui entend les affaires, qui saura administrer ma fortune, qui la fera valoir, pour qui l'aclivité sera un besoin... Oh ! c'est que , vois-tu, rien ne m'ell'raie d'avance comme un mari désœuvré... C'est une belle chose que la richesse , mais il faut qu'un homme ait un état, une position!.. Moi, c'est mon système î
EUGÉNIE
Et tu as trouvé ton héros ?
MATHILDE
Oui... et c'est moi qui recherche sa main!.. >'coute donc, un mari qu'il faut se procurer d'urgence, et comme moyen d'appel !
EUGÉNIE
Et tu le nommes?
MATHILDE, gaînicnt.
Je ne le nomme pas! il n'aurait qu'à refuser. Oh! ce sera bien l'union la plus singulière!.. Comme il est absent , ci que le temps presse , il fallait décidément me jeter à sa tète ! sans me nommer, pourtant!
LES CAPKICES.
ErCEMf.
Je conviens que cela était embarrassant !
MATHILDE
Je me suis adressée à un vieil ami, ancien diplomate , l'homme le plus discret que je connaisse... un député de mon département, qui demande toujours le scrutin secret... et voici ce qu'il a écrit (niant.) à l'heureux objet de ma poursuite... Tu vas voir, c'est un chef-d'œuvre de politique: «Monsieur, un million de fortune , » une jeune personne charmante... » C'est un \ieux llïiUeur! « Vingt-cinq ans au plus... » C'est la vérité. « Une belle position dans le «monde; si vous acceptez, soyez à Paris dans "huit jours: si vous refusez, renvoyez-moi ce «camée, courrier par courrier. » Et un magnifique camée antique était joint à ce mystérieux billet.
EUGÉNIE
Et le camée n'est pas revenu ?
MATHILDE
Du tout, ma chère... ce qui veut dire que le prétendu est en route; mon roman en est là! la suite au prochain numéro. Passons au tien. Tu adores M. Pitois?.. Nous adorons toujours!
EUGÉNIE
Je ne l'aime pas !
MATHILDE
Tu ne l'aimes pas?.. Comment, ce jeune homme si aimant , si passionné, dont tu me parlais dans tes lettres?..
EUGÉNIE
Ce n'est pas M. Pitois.
Il se pourrait!.. Mais en effet, je me disais aussi en regardant M. Pitois... Ah ça! et l'autre? le numéro un?
EUGÉNIE
Il n'avait rien... la ruine de mon père rendit notre mariage impossible... il est parti! MATHILDE, vivement.
Parti! (A part.) Serait-ce son cousin ?
EUGÉNIE
Il devait, loin de nous, chercher la fortune; mais il n'a point réussi , ou il m'a oubliée sans doute... Mon père est malheureux, j'épouserai M. Pitois !
MATHILDE, vivement.
Et tu feras bien ! Mais, pardon... ce numéro un... ce fugitif... tu le nommes?
EUGÉNIE
Et ce prétendu , tu l'appelles?
MATHILDE
Je le vois... tu m'en veux de ma discrétion?..
EUGÉNIE
Non; mais une simple curiosité...
MATHILDE
Oui... une curiosité... féminine!., je connais ça.. .Moi aussi, j'ai... quelques raisons pour désirer savoir... eh bien! donnant, donnant... nommons les deux élus ensemble et tout d'une voix...
EUGÉNIE, riant.
Tu seras donc toujours folle?
MATHILDE
tq^ Allons, en mesure !.. C'est monsieur...
SCENli VI.