‹ Les capricesChapitre 5 sur 33 · EUGÉNIE, MATHILDE · texte numérisé non relu

EUGÉNIE, MATHILDE

MATIIILDE.

Sais-tu que lu traites un peu durement ce pauvre M. Pitois?

EUGÉNIE

Tu trouves?

MATHILDE

Au surplus, tu as raison... ces Messieurs ne sont jamais plus heureux que lorsque nous les tourmentons beaucoup... à ce qu'on dit... et je me promets bien que mon futur mari...

EUGÉiVIE.

Ton mari? mais c'est donc bien vrai?.. Toi , si jalouse de ta liberté !

MATHILDE

Il le faut bien ! puisque la magistrature l'exige !.. mais quoiqu'un peu pressée par le temps, je choisirai... je te dirai même en confidence que j'ai choisi...

EUGÉNIE

En vérité !

MATHILDE

Oui, un jeune homme charmant, que depuis plusieurs années j'avais distingué , qui entend les affaires, qui saura administrer ma fortune, qui la fera valoir, pour qui l'aclivité sera un besoin... Oh ! c'est que , vois-tu, rien ne m'ell'raie d'avance comme un mari désœuvré... C'est une belle chose que la richesse , mais il faut qu'un homme ait un état, une position!.. Moi, c'est mon système î

EUGÉNIE

Et tu as trouvé ton héros ?

MATHILDE

Oui... et c'est moi qui recherche sa main!.. >'coute donc, un mari qu'il faut se procurer d'urgence, et comme moyen d'appel !

EUGÉNIE

Et tu le nommes?

MATHILDE, gaînicnt.

Je ne le nomme pas! il n'aurait qu'à refuser. Oh! ce sera bien l'union la plus singulière!.. Comme il est absent , ci que le temps presse , il fallait décidément me jeter à sa tète ! sans me nommer, pourtant!

LES CAPKICES.

ErCEMf.

Je conviens que cela était embarrassant !

MATHILDE

Je me suis adressée à un vieil ami, ancien diplomate , l'homme le plus discret que je connaisse... un député de mon département, qui demande toujours le scrutin secret... et voici ce qu'il a écrit (niant.) à l'heureux objet de ma poursuite... Tu vas voir, c'est un chef-d'œuvre de politique: «Monsieur, un million de fortune , » une jeune personne charmante... » C'est un \ieux llïiUeur! « Vingt-cinq ans au plus... » C'est la vérité. « Une belle position dans le «monde; si vous acceptez, soyez à Paris dans "huit jours: si vous refusez, renvoyez-moi ce «camée, courrier par courrier. » Et un magnifique camée antique était joint à ce mystérieux billet.

EUGÉNIE

Et le camée n'est pas revenu ?

MATHILDE

Du tout, ma chère... ce qui veut dire que le prétendu est en route; mon roman en est là! la suite au prochain numéro. Passons au tien. Tu adores M. Pitois?.. Nous adorons toujours!

EUGÉNIE

Je ne l'aime pas !

MATHILDE

Tu ne l'aimes pas?.. Comment, ce jeune homme si aimant , si passionné, dont tu me parlais dans tes lettres?..

EUGÉNIE

Ce n'est pas M. Pitois.

Il se pourrait!.. Mais en effet, je me disais aussi en regardant M. Pitois... Ah ça! et l'autre? le numéro un?

EUGÉNIE

Il n'avait rien... la ruine de mon père rendit notre mariage impossible... il est parti! MATHILDE, vivement.

Parti! (A part.) Serait-ce son cousin ?

EUGÉNIE

Il devait, loin de nous, chercher la fortune; mais il n'a point réussi , ou il m'a oubliée sans doute... Mon père est malheureux, j'épouserai M. Pitois !

MATHILDE, vivement.

Et tu feras bien ! Mais, pardon... ce numéro un... ce fugitif... tu le nommes?

EUGÉNIE

Et ce prétendu , tu l'appelles?

MATHILDE

Je le vois... tu m'en veux de ma discrétion?..

EUGÉNIE

Non; mais une simple curiosité...

MATHILDE

Oui... une curiosité... féminine!., je connais ça.. .Moi aussi, j'ai... quelques raisons pour désirer savoir... eh bien! donnant, donnant... nommons les deux élus ensemble et tout d'une voix...

EUGÉNIE, riant.

Tu seras donc toujours folle?

MATHILDE

tq^ Allons, en mesure !.. C'est monsieur...

SCENli VI.

Page 1