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INTRODUCTION HISTORIQUE

Les théories émises avant Tannée 1886, sur les fonctions des capsules surrénales, peuvent êlre considérées comme simplement hypothétiques.

En 1716 TAcadémie des Sciences de Bordeaux avait proposé pour sujet de prix : Quel est l'usage des glandes surrérénales? Montesquieu (64) fut chargé du rapport. Ce travail, où Ton retrouve les grandes qualités de style et de jugement qui caractérisent Fauteur de VEsprit des Lois, renferme sur rhistoire des capsules surrénales des données si originales, si spirituelles, que nous ne croyons pouvoir mieux faire que d'en citer quelques passages.

« Les uns, oui pensé qu'elles (les capsules) avaient été mises là pour soutenir le ventricule qui aurait trop porté sur les émulgentes; d'autres, pour affermir le plexus nerveux qui les touche; préjugés échappés dos anciens qui ignoraient Tusage des glandes.

« Gaspard Bartholin est le premier qui, leur ôtant une fonction si basse, les a rendues plus dignes de l'attention

des savants. Il croit qu'une humeur qu'il appelle atrabile est conservée dans leur cavité; il croit qu'il y a une communication de ces capsules aux reins, auxquels cette humeur atrabilaire sert pour le délaiement des urines.

« Les uns, (Spigelius) prétendirent que ces capsules ne pouvaient avoir d'autres usages que de recueillir les humidités qui suintent des grands vaisseaux qui sont autour d'elles; d'autres, qu'il se formait dans les capsules un suc bilieux qui, étant porté par le cœur et se mêlant avec l'acide qui s'y trouve, excite la fermentation, principe du mouvement du cœur; d'autres, que l'humeur qu'on y trouve était la même que le suc lacté qui se distribue par les glandes du mésentère. »

Puis après avoir exposé ainsi les opinions soutenues avant le concours de l'Académie, Montesquieu analyse les différents mémoires présentés à la docte Société.

« Nous avons trouvé un auteur qui admet deux espèces de bile : l'une grossière, qui se sépare dans le foie ; l'autre plus subtile, qui se sépare dans les reins avec l'aide d'un ferment qui coule des capsules par des conduits que nous ignorons, et que nous sommes menacés d'ignorer toujours.

« Un autre nous décrit deux petits canaux qui portent les liqueurs de la cavité de la capsule dans la veine qui lui est propre : cette humeur, que bien des expériences nous font juger alcaline, sert, selon lui, à donner de la fluidité au sang qui revient des reins, après s'être séparé de la sérosité qui compose l'urine.

« Un autre, quia assez heureusement donné la différence qu'il y a entre les glandes conglobées et les conglomérées, a mis les glandes surrénales au nombre des conglobées. Il croit qu'elles ne sont qu'une continuité de vaisseaux dans lesquels, comme dans des filières, le sang se subtilise... Dans les glandes et dans toutes les conglobées, il n'y a point de canal excrétoire, car il ne s'agit pas ici de séparer des liqueurs, tïiiais de les subtiliser. »

CAPSULES SURRÉNALES. ^

Enfin, après avoir déclaré «{u'aucun mémoire ne peut satisfaire la légitime curiosité de TAcadémie, Montesquieu ajoute: « Le hasard fera peut-être quelque jour ce que tous les soins n'ont pu faire. »

Entre 1716 et ISoG, les travaux sur les capsules surrénales ne jettent pas un jour nouveau sur la question.

BiCHAT (44) reconnaît qu'il n'existe que des opinions hypo> thétiques à leur égard. Hein (130) etNEUMANM font jouer aux capsules un rôle dans Thématose. <c Le sang veineux, dit Neu- MANN, serait en quelque sorte revivifié à la sortie des reins par le mélange du sang artériel qui afQue dans les capsules. »

L'opinion de Bergmânn (41) est importante à signaler, parce que nous la retrouvons dans des travaux récents. Partant de ces faits d'observation, que chez les monstres acéphales, les capsules surrénales sont atrophiées, ainsi que dans certaines affections de la moelle, et d*autre part que ces organes sont très riches en nerfs, Bergmann conclut qu'ils représentent des ganglions nerveux.

En 1853, Addison '^6) fit paraître son mémoire célèbre sur la maladie bronzée. Sur 13 malades qui avaient présenté le syndrome clinique de cette affection : pigmentation exagérée de la peau et des muqueuses, troubles nerveux, anorexie, amaigrissement, débilité et asthénie progressive, le médecin anglais trouva des lésions des capsules surrénales, et il eut le grand mérite de rattacher ces manifestations à l'altération fonctionnelle des capsules surrénales. Quelques mois plus tard, Brown-Séquarb * 58) publiait ses recherches sur les fonctions des capsules surrénales ; nous ne pouvons donner ici que les conclusions.

La destruction des capsules surrénales entraîne toujours la mort à plus ou moins brève échéance.

La destruction d*une seule capsule, bien qu'assez souvent mortelle, n'est pas toujours suivie d^une issue fatale. Les capsules surrénales sont des organes essentiels à la vie.

La mort à la suite de l'altération de ces organes est pré-

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cédée d'un affaiblissement graduel allant jusqu'à la paralysie des membres postérieurs, puis antérieurs, enfin des muscles respiratoires. On note encore l'anorexie, l'arrêt de la digestion, des convulsions tétaniformes et épileptitbrmes, eufin un abaissement graduel de la température.

Brown-Séquard constate que le sang des animaux privés de capsules surrénales est toxique pour un animal récemment opéré, tandis que la transfusion du sang d'un animal sain à un animal à l'agonie peut le rappeler à la vie. Aussi conclut-il que la destruction des glandes surrénales est suivie de l'accumulation dans le sang d'une substance toxique douée de la propriété de se transformer en pigment.

11 est curieux de signaler que, longtemps après, Brown- Séquard, entraîné par ses idées sur les phénomènes d'inhibition, paraît abandonner cette idée première de Tautointoxication pour faire intervenir dans les phénomènes observés, la fonction inhibitrice, {Discussion sur rinhibition. 'B. B. 7 mai 1881. Compte rendu in extenso dans la « Semaine médicale », 1887, p. 196.)

« Lorsque, après avoir enlevé à des animaux, disait-il en 1887, les deux capsules surrénales, je constatai d'une façon constante leur mort, et cela dans un laps de temps qui n'a jamais dépassé neuf heures, j'en conclus que ces capsules surrénales étaient des organes essentiels à la vie. Cette conclusion, en apparence si légitime, était corroborée par ce fait que les mêmes animaux pouvaient vivre facilement plusieurs jours lorsqu'on leur avait enlevé les deux reins. Je me trompais pourtant, et la cessation de la vie, que j'attribuais à tort à la suppression des fonctions des capsules surrénales, était due, en réalité, ainsi que je l'ai démontré depuis, à rirritation des nerfs, résultant de l'opération. »

Mais il nous faut revenir à cette période de 1856 à 1859, si importante dans l'histoire physiologique des capsules surrénales. Brown-Séquard avait posé en principe que les capsules surrénales sont essentielles à la vie*

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Philippeaux (184), Martin Magron (164), Harley (427), Gratiolet (120), Beruti (42) soutiennent que l'on peutextirper les capsules surrénales sans amener la mort. Philippeaux ne constate aucun trouble permanent, ou même passager^ chez les rats albinos ou chez les animaux à poils colorés acapsulés. Martin Magron conserve un chat sans capsules deux mois, et jamais ne trouve, dans le sang examiné tous les jours, la moindre trace de pigment. Gratiolet, qui a vu tous les animaux survivre à la destruction de la capsule gauche et mourir après la destruction de la capsule droite, ne voit dans la mort qu'un accident dû au traumatisme. Beruti arrive aux mêmes conclusions, et cependant il a vu la mort survenir au bout de dix heures chez les chevaux qui avaient subi la double ablation, alors que Tablation d'une seule capsule gauche ou droite donnait une survie de plus de quinze jours. Nous avouons ne pas comprendre sa conclusion.

Châtelain, ayant fait cinq expériences sur des lapins, attribue la mort aux lésions des filets nerveux qui se rendent à la capsule. Telle est également l'opinion de IIarley.

Tous ces travaux eurent lieu de 1856 à 1859. Brown- Séquard qui, dans son mémoire de 1858, avait réfuté victorieusement ses premiers contradicteurs, paraît abandonner la question. Nous ne le voyons même pas répondre à Schiff (204) qui, en 1863, vient affirmer que, chez le rat, l'ablation des capsules n'est pas mortelle, et surtout n'entraîne pas d'augmentation de pigment dans le sang, ni de phénomènes de pigmentation des muqueuses.

Longtemps après, Schiff devait reconnaître que ses expériences prêtaient à la critique. Nous n'avons pas trouvé dans ses mémoires ce changement d'opinion, mais nous le citons d'après l'affirmation d'un de ses élèves, Gourfein (118). Schiff, dans un article de 1865, rapportait des survies de cinquantesix jours après l'ablation des deux capsules. « Depuis lors, dit Gourfein, mon vénéré maître a changé d'opinion, ses recherches ultérieures lui ont montré que les capsules surré-

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nales étaient deé organes très importants pour la vie, et si dans ses premières expériences, il avait constaté iine longue survie, celle-ci était due au fait que l'opération avait laissé subsister quelques morceaux des glandes, morceaux qui ont régénéré, et c'est à cette régénération qu'est due la longue survie des animaux acapsulés. »

De nouveau, après le mémoire de Schiff, nous trouvons un intervalle de vingt ans, pendant lequel le silence se fait sur les fonctions des capsules surrénales.

Les médecins discutent sur la maladie d'AoDisoN, recueillent des faits cliniques avec autopsie, mais les physiologistes semblent abandonner la question. Nothnagel (178) en 1885 reprend les expériences de Brown-Séquard. Préoccupé avant tout de reproduire la pigmentation addisonnienne, il cherche plutôt à irriter qu*à détruire totalement les capsules. Il les comprime entre les mors d'une pince, détermine une inflammation, et signale à la suite de ces traumatismes quelques taches pigmentaires.

TizzoNi (21 7) , dans une série de mémoires, 1 884-1 886-1 888, cherche au contraire à détruire les capsules. 11 a recours non à l'ablation, mais au curettage de la glande, et s'il est difficile dit-il, « d'obtenir à droite la destruction complète primitive de la capsule, à cause des rapports anatomiques avec la veine cave, on peut obtenir une destruction complète secondaire, par la nécrobiose à laquelle succombent le peu d'éléments qui restent de la capsule à la suite du processus réactif local ». Les tentatives d'ablation des deux capsules furent en réalité peu nombreuses, et enlisant attentivement ces mémoires, on voit que les survies furent très rares.

TizzoNi, le premier, a signalé chez les animaux opérés la reproduction des capsules ; dans certains cas, il note la régénération de la partie extirpée, ce qui est en contradiction avec la destruction complète secondaire invoquée par lui; puis il dit « que la reproduction n'a pas lieu sur place ,et par conséquent en partant des restes de l'organe opéré, mais sur un point

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éloigné de celui d'où a été extirpée Fancienne capsule, un point plus périphérique et plus interne par rapport au parcours de la veine cave ; que le tissu matrice qui donne lieu à ce nouvel organe est le grand sympathique et que les capsules surrénales font partie du système nerveux de la vie organique ». Pour TizzoNi, en effet, la mort, qui peut survenir aussi bien à la suite de la destruction d'une seule capsule que des deux, est due aux lésions du système nerveux, « caractérisées par un ramollissement, une dégénérescence primitive des fibres nerveuses à laquelle correspond la destruction des cellules nerveuses, altérations qui se produisent aussi bien dans la substance blanche que dans la substance grise de tout Taxe cérébro-spinal ».

Stilling (207) reprend les expériences de Tizoni, il enlève les capsules, ou bien il se borne à faire la ligature de leurs vaisseaux. L'organe se gonfle d'abord, à la suite d'une forte hyperhémie par stase; puis il s'atrophie rapidement, et il est quelquefois difficile de retrouver plus tard les débris de la capsule dont les cellules sont entièrement détruites. Stilling reconnut que la survie est normale après l'ablation d'une seule capsule, alors que l'ablation des deux est toujours mortelle. Il constata, de plus, ce qui est très important, qu'après l'ablation d'une seule capsule, l'autre subit une hypertrophie, que cette condition permet d'appeler compensatrice ; en outre, chez les animaux ayant survécu quelque temps à la double opération, il constata l'existence de capsules accessoires.

Alezais et Arnaud (30) arrivent aux mêmes conclusions que TizzoNi. « La capsule surrénale n'est pas un organe indispensable à la vie. Ses fonctions inconnues, peuvent être, chez l'animal, troublées, même supprimées, au moins momentanément, sans que l'organisme présente d'autres modifications notables que l'hyperpigmentation cutanée et muqueuse, qui est encore à contrôler. Toutefois la lésion des capsules surrénales détermine fréquemment la mort, par l'explosion d'accidents nerveux hâtifs ou retardés qui s'accompagnent,

lorsque Ja survie le permet, d'une altération ascendante du système nerveux sympathique pouvant atteindre les cordons latéraux de la moelle. » Mais, en lisant attentivement leur mémoire, nous voyons très peu d'expériences dans lesquelles Fablation des deux capsules a été faite. Deux chiens opérés des deux côtés ont survécu, mais Tablation n'a été que partielle à droite dans les deux cas. En voyant le mode opératoire le plus souvent employé des auteurs, il est facile de se rendre compte des survies observées. La destruction de la capsule droite ne doit pas être complète. C'est du reste ce que Alezais et Arnaud signalent eux-mêmes dans leurs observations. Telle l'observation XIV. «Lapin 1400 grammes. La capsule droite est évidéo le 28 juillel; le 12 septembre on enlève la capsulé gauche hypertrophiée. Mort le 9 mars. La capsule droite, évidée le 28 juillet, ne présente pas trace de l'opération. Elle s'est réparée, arrondie et hypertrophiée. » Dans d'autres observations, la capsule droite ne s'est pas régénérée, mais tantôt on trouve un fragment de la capsule non altéré (XV), tantôt la capsule est réduite au tiers de son volume (XLVI). Il faut remarquer que ces expériences, bien qu'imprimées en 1891, ont été faites en 1888, et qu'à cette époque l'importance accordée à l'ablation totale, absolue, de Torgane en étude, n'était pas mise en évidence.

Nous arrêterons cette introduction à l'année 1891, date de notre premier travail fait avec Abelous sur la destruction des capsules surrénales de la grenouille. Depuis 1888 la physiologie avait fait un grand pas dans la connaissance générale de la physiologie des glandes vasculaires sanguines. L'expérience cruciale de Von Mebikg et de Minkowski, 1889, sur la nécessité de l'ablation totale du pancréas pour produire le diabète, permet désormais d'expliquer les contradictions observées dans les travaux antérieurs.

D'autre part, les conceptions de Brown-Séquard sur les glandes à sécrétions internes, les recherches si intéressantes sur les effets consécutifs à la destruction totale du corps thy-

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roïde, traçaient un nouveau plan de recherches. Mais Tétude approfondie des mémoires antérieurs nous montre que presque toujours la théorie proposée a été déjà émise, plus ou moins timidement, quelquefois nettement, et que le seul mérite que Ton puisse parfois revendiquer est d'apporter une démonstration expérimentale au lieu d'une simple hypothèse.

Je dois, avant d'entrer dans Texposé des recherches, accomplir un agréable devoir, celui de remercier et mes maîtres et mes collaborateurs. C'est en 1885 que Charles RiCHET, sur la recommandation de Grancher, m'associa à ses recherches de calorimétrie. Depuis onze ans j'ai vécu dans rintimité de celui dont je m'honore d'être l'élève, et qui a toujours voulu être avant tout un ami. Je ne saurais mieux dire, pour caractériser l'influence que Ch. Richet peut avoir sur ses élèves, que de rappeler ici le beau passage de son discours prononcé au banquet offert à M. Berthelot.

(( ...Entre le maître etles élèves, par les conversations familières, les conseils, les réprimandes même, des relations étroites s'établissent, et l'âme malléable des jeunes hommes y reçoit du maître une empreinte définitive. C'est une vraie fraternité, celle qui est sainte entre toutes, la fraternité dans le travail.

« Et puis, maîtres et élèves marchent vers le même but, avec la même foi et la même religion: la foi dans la science et la religion de la vérité. »

M. Laborde m'a ouvert les portes du Laboratoire des travaux pratiques de physiologie ; c'est sous sa direction et celle de ses excellents préparateurs d'alors, Gley et Rondeau, que j'ai lait mus débuts de pratique physiologique. L'amitié qui m'unit à Gley ne saurait me faire oublier l'influence heureuse et constante que le distingué physiologiste a exercée sur mes travaux. Merci de ses conseils, merci surtout de ses critiques. Quant à mes collaborateurs Abelols, Atua- NAsiu, Charrin, Chassevant, c'est grâce à eux que j'ai pu

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mener à bien ce travail. Les noms cI'Abelous et de Langlois sont aujourd'hui inséparablement unis dans Tétude historique des capsules surrénales; la partie fondamentale de ce travail a été faite dans une collaboration intime, incessante : pendant* dix-huit mois nous avons travaillé ensemble, cherchant à élucider le problème si ardu, si mystérieux de la fonction des corps surrénaux.

En associant la bactériologie à la physiologie, nous avons pu avec Charrin étudier sous un jour spécial la fonction de ces organes.

Athanasiu m'a apporté, avec un dévouement absolu, Taide et Tappui d'une instruction technique excellente.

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