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DE LA GRENOUILLE

SwAMMERDAM signala le premier Texistence de corps jaunes sur les reins et les désigna sous le terme de corpora heterogenia. Mais ce ne fut qu'en 1842 que Gruby (121), par une étude attentive du système veineux de la grenouille, conclut à l'analogie de ces corps avec les capsules surrénales des vertébrés.

EcKER (96) en donne la description suivante : « Sur la face ventrale de chaque rein, parallèlement à leur grand axe, mais inclinant un peu vers le bord externe, se voit à Tœil nu, mais mieux encore à la loupe, un organe en forme de bande ou tractus, en connexion étroite avec le réseau des venx rêvehentes et le rein lui-même. Cet organe à Tétat frais est d'un jaune franc et se détache nettement sur le fond rouge foncé du rein. Il est constitué par une série de tubes étroitement accolés les uns aux autres, lui donnant un aspect bosselé. Ces corps sont remplis en partie d'une substance jaunâtre, en partie d'un revêtement épithélial. Nous n'avons aucune donnée sur les rapports qui existent entre le sympathique et les capsules surrénales. »

Pettit (182), dans son étude sur l'anatomie comparée, donne quelques détails importants sur la structure des cap-

suies surrénales. Les masses mamelonnées granuleuses, qui constituent ces glandes, sont adhérentes aux reins et ne paraissent posséder ni vaisseaux ni nerfs spéciaux. Accolées aux veines, ou développées dans leur épaisseur, les capsules surrénales baignent dans le sang, et comme le fait remarquer Pettit, elles semblent pour cette raison représenter le type par excellence de la glande vasculaire sanguine.

Technique opératoire. — Par suite des dispositions analomiques que nous venons de décrire brièvement, on ne peut songer à Tablation des capsules surrénales avec des ciseaux, ni même avec une petite curette tranchante. Aussi comme procédé de destruction, avons-nous employé la cautérisation ignée, soit à Taide d'un galvano-cautère, soit simplement avec une boucle en fil de fer ou en plaline, portés au rouge sombre. On peut ainsi localiser avec beaucoup de précision la lésion et ne toucher que la capsule. C'est le procédé employé par les auteurs qui, après nous, ont pris la grenouille comme sujet d'étude : Albanèse (27), Gourfein (H8).

On relève les viscères et on découvre ainsi la face antérieure des reins avec les capsules. Leur cautérisation est alors facile, en particulier sur les grenouilles mâles, mais sur les femelles on est souvent gêné en été par la présence des œufs, et en hiver par Ténorme développement des oviductes. Il vaut mieux opérer sur des grenouilles d'été que sur des grenouilles d'hiver; car, chez ces dernières, les capsules sont beaucoup moins apparentes à cause d'une diminution notable dans la quantité du pigment jaune qu'elles contiennent. Ces organes subissent en outre une certaine atrophie pendant rhibernation. Cette observation, que nous avons pu faire fréquemment, vient confirmer la théorie que nous émettrons plus loin sur le rôle de ces organes. Généralement la cautérisation des capsules ne donne pas lieu à une hémorragie sérieuse. L'opération terminée, on suture la paroi abdominale d'abord, puis la peau, avec de la soie fine en faisant des points de suture assez serrés pour éviter la hernie des viscères.

CAPSULES SURRÉNALES. 13

Les suites de Topération sont très simples et jamais nous n'avons constaté de choc post-opératoire. Le fonctionnement des reins n'est pas altéré par cette cautérisation légère, ainsi que le démontrent plusieurs faits expérimentaux : 1<* les grenouilles opérées continuent à uriner, et nous avons souvent noté le jet d'urine qu'elles lancent, quand on les saisit, vingtquatre ou quarante-huit heures après l'opération ; 2"* on peut cautériser le rein en dehors des capsules, et très largement, sans que cette opération amène la mort des animaux; 3° naus avons sectionné entre deux ligatures le segment inférieur des deux reins, supprimant ainsi la fonction de ces organes. Dans ce cas, les grenouilles survivent beaucoup plus longtemps qu'après la destruction des deux capsules. La survie en moyenne a été de cinq jours. Albanèse a du reste répondu à cette objection possible, en montrant que l'élimination des substances toxiques continue à se faire chez les genouilles acapsulées.

Bien qu'une antisepsie rigoureuse ne soit pas nécessaire comme chez les animaux supérieurs, il est toujours prudent d'employer, soit pour la cavité abdominale, soit pour les instruments, une solution antiseptique faible. Nous nous sommes servis souvent d'une solution de sublimé très diluée, et dans quelques cas, l'opération faite, avant la pose des sutures, nous lavions la cavité péritonéale avec la solution physiologique bouillie.

Ce lavage permet d'enlever la faible quantité de substance antiseptique qui pourrait rester dans la cavité, et d'y substituer au contraire un liquide dont l'absorption ne peut qu'exercer un effet salutaire sur l'état général.

U p. LANGLOIS.

Destruetion d'une seule capsule.

Les animaux ne présentent aucun trouble, leur attitude et leurs réactions sont absolument normales.

Expériences. — Le 21 août, à 8 h. 30 du matin, sur six grenouilles (cinq mâles et une femelle) toutes de taille moyenne, on détruit complètement par cautérisation la capsule gauche. Les grenouilles paraissent absolument normales après l'opération: les jours suivants, aucun trouble n'apparaît.

Le 10 septembre, c'est-à-dire vingt jours après l'opération, on ne constate pas le moindre trouble.

On sacrifie les animaux pour constater Tétatde la capsule intacte, on ne remarque pas (en apparence au moins) d'hypertrophie de la capsule droite.

Destruction complète d'une capsule et de la maj eure partie de l'autre .

Les symptômes varient avec l'étendue de la destruction : 1^ Si une capsule étant complètement cautérisée, on détruit la presque totalité de la deuxième capsule, les grenouilles meurent généralement, mais leur survie est toujours plus longue que celle des grenouilles dont les deux capsules ont été totalement détruites. Nos expériences ultérieures sur les mammifères nous porteraient à croire que dans quelques cas il y a eu destruction lente du tissu capsulaire restant. Au moment de la mort, on observe souvent des secousses convulsives et une respiration dyspnéique.

2® Si on laisse intact un fragment notable de la seconde capsule, au moins un quart en longueur, la survie est la même que pour les grenouilles dont on n'a détruit qu'une capsule.

CAPSULES SURKÉNALES. f5

Destruction des deux capsules surrénales.

La destruction complète des deux capsules entraîne fatalement la mort. Immédiatement après l'opération, les animaux ne présentent aucun trouble : ils sautent et réagissent avec leur vivacité habituelle. Ce n'est qu'au bout d'un certain temps que se produisent des troubles qui ont la mort pour conséquence. Mais la durée de la survie est variable. Elle varie tout d'abord selon la saison, selon que l'on opère sur des grenouilles d'été ou sur des grenouilles d'hiver. Nous avons vu des grenouilles en hibernation vivre douze et treize jours après l'opération. Il n'en est plus de même pour les grenouilles d'été. La durée moyenne de leur survie n'a jamais dépassé quarante-huit heures. Mais si on maintient les grenouilles d'hiver à une température moyenne de 22**, leur survie diminue notablement, et de douze à treize jours elle peut s'abaisser à trois.

Albanèse, qui opérait au mois de janvier à des températures ne dépassant jamais 13 ou 14 degrés, a noté chez les animaux une survie de cinq à six jours en moyenne. Gourfein trouve que la mort varie de vingt-quatre heures à six jours ; mais, dit-il, « nous n'avons pas remarqué de différence dans la survie entre les expériences faites en hiver et celles faites en été». Plus loin il ajoute : « La majeure partie de nos expériences ont été faites en hiver à la température de notre laboratoire qui varie entre 20^ et 22®. » Or, c'est précisément le chiffre de 22 <* que nous citons plus haut, et qui amenait chez les grenouilles d'hiver une diminution notable de survie.

Les premiers symptômes morbides observés chez les grenouilles acapsulées consistent dans une sorte d'apathie, de paresse à se mouvoir quand on les excite ; mises dans Teau profonde, après quelques mouvements de natation, elles se

laissent tomber au fond du bac et on ne les voit plus remonter à la surface. Mais il est très rare d'observer ces symptômes avant la seconde journée, surtout si on a laissé l'animal au repos ; ce n'est que de la vingt-quatrième à la trentième heure que des troubles se manifestent. Tout d'abord, on remarque une incoordination assez nette dans les mouvements des pattes postérieures, quand la grenouille saute. En outre, les animaux se fatiguent très vite et l'affaiblissement musculaire s'accentue de plus en plus. Cette paresse frappe d'abord les fléchisseurs et les adducteurs et en dernier lieu les extenseurs. Bientôt la paralysie des pattes postérieures est complète: la grenouille ne peut répondre aux excitations les plus douloureuses que par de faibles mouvements de son train antérieur. Les pattes antérieures se prennent à leur tour, et l'animal reste inerte dans la résolution la plus complète ; la respiration devient de plus en plus lente, la pupille se rétrécit, les contractions cardiaques sont faibles, rares, la circulation capillaire examinée au microscope très ralentie, et l'animal meurt. Si, au lieu de laisser la grenouille au repos après l'opération, on Tirrile de temps à autre, de façon à provoquer de fréquents mouvements réactionnels, on remarque que la paralysie se produit beaucoup plus vite, et la survie peut être notablement abrégée. De ces faits on peut déjà conclure que la longueur de la survie est en raison inverse de l'activité des échanges chimiques de l'animal. Plus ces échanges sont actifs, comme chez les grenouilles d'été, plus la mort arrive rapidement.

Expériences. — Le 23 août, à 7 h. 30 du matin, six grenouilles rousses (quatre mâles et deux femelles) sont opérées : après Topération, les grenouilles réagissent vigoureusement 6t paraissent absolument normales.

Pendant la journée du 23, pas de troubles.

Le 24, dans la matinée, deux grenouilles sont déjà paralysées de leur train postérieur, les quatre autres grenouilles présentent une parésie marquée : quand on les retourne sur le dos, elles ne peuvent reprendre que très difficilement leur altitude normale.

A 4 heures, deux grenouilles sont mortes; les quatre autres meurent à 5 heures.

CAPSULES SUKKÉNALES. i7

Autopsie. — Rien de particulier du côlé des viscères abdominaux, pas d'hémorragie» pas de congestion.

Cœur: en diastole sur quatre grenouilles et en systole sur les deux autres.

Centres nerveux : rien de particulier.

On voit que ces grenouilles n'ont pas survécu trente-six heures.

Comme exemple de survie prolongée, nous citerons les suivants:

Le 12 novembre, à 2 heures de l'après-midi par une température extérieure très basse, deux grenouilles mâles, rousses, de la taille moyenne, sont opérées. Ces grenouilles sont en hibernation ; leurs mou* vements sont lents et paresseux. Les capsules, très peu pigmentées, sont à peine apparentes. Hémorragie assez abondante pendant la cautérisation.

Après l'opération, réactions normales.

Les grenouilles sont laissées dans une salle sans feu oii la température est très basse (5® au-dessus de 0).

Jusqu'au 23 novembre, pas de troubles apparents. Le 24 novembre, les réactions sont moins vigoureuses. Quand on les retourne sur le dos, les grenouilles ne peuvent reprendre leur position normale.

Le 24 novembre au matin, les grenouilles sont paralysées et meurent dans l'après-midi.

A l'autopsie on constate que la cautérisation a porté non f^mlemeni sor les capsules, mais aussi un peu sur le rein. Rien du o^té de» centref nerveux. Cœur en diastole.

Le 12 octobre, à 9 heures du matin, deux grenouilles mâles de taille moyenne sont opérées. Vessie vide. Capsules peu pigmentées.

Jusqu'au 13 octobre, dans raprès-midi pas de troubles. La sécrétion orinaire par^t se faire normalement, car, en saisissant une grenouille, elle émet un jet d'urine.

Le 13 octobre, à 5 heures du soir, la faiblesse mascalaire est très marquée.

Le 14 octobre, à lOhenres damatin, une des ^enouilles est mourante. L'autre est paralysée, elle meurt le soir seulement à lieare».

Le 25 août, à 8 heures du matin, deux grenr/oille» tanlen %tï\n%^,ui la destractioo totale de deux capsules. Après Vopérftiï/m^ r^.HeUou% nor« maies.

Au bout de deux oa troi^ heuref, ou le<» irrita de fn/'/m it pr^/vo' quer des réactions énergiques.

On remarque que les moareineat^, d'abord tré^ vift. VaffaiMit^ot rapidement.

A deux heures d'inlerralle on renouTeile les ^xr/tUUiom: la iÀ$h\^.%^. moscalaîre parait aroir aag^xnenlé eo;«si4^rai>lefAerit ; le^ i^r^nomU^^ rampent, mais ne sanl^nt p^a^

A 9 heures da iols-. la paré%;e a eft^^/re iait de ur^a$4% p^oirre^, A 10 h. 50, h. î*Ma!T*je eit *>'>tu'f>M ; ie* ar?efj(#oi,;e^ it$^, ,i^At\ ^*o^ la nuit.

Tentative de greffe.

Bien que nos premières tentatives de greffe n'aient pas été couronnées de succès, nous devons les rappeler ici, car elles ont donné des résultats assez encourageants et ont précédé les recherches postérieures plus heureuses d'ABELOus, puis de GouRFEiN,

On insérait sous la peau d'une grenouille acapsulée, dans le sac lymphatique dorsal, des fragments de reins avec les. capsules adhérentes. Dans ce cas, la survie fut plus longue que celle des grenouilles dont on avait détruit simplement les deux capsules. Elle fut le double au moins. Nous avons vu des grenouilles d'été ainsi traitées vivre cinq à six jours. A Tautopsie on remarque que les fragments des reins insérés dans le sac dorsal ont subi une altération très apparente ; ils sont décolorés et paraissent réduits de volume. De plus, le pigment des capsules a complètement disparu, et on distingue très difficilement ces organes. Mais les fragments du rein n'avaient contracté aucune adhérence. Il ne s'agissait donc pas là d'une greffe véritable; il y a eu peut-être absorption lente de la substance capsulaire, phénomène correspondant à une injection continue d'extrait.

Expériences. — Le 29 août, à 7 h. 30, sur quatre grenouilles mâles, A, B, C, D, on détruit les deux capsules. Sur deux de ces grenouilles, C et D, on insère dans le sac lymphatique dorsal (en fendant la cloison aponévrotique latérale) les deux reins, avec leurs capsules attenantes, pris à deux grenouilles normales qui viennent d'être sacrifiées.

Le 31 août au malin, on trouve les deux grenouilles A et B mortes; les deux grenouilles C et D ne présentent pas de troubles.

Le i" septembre au soir pas de troubles encore.

Dans la journée du 2 septembre, leurs mouvements paraissent affaiblis.

Dans la matinée du 3 septembre, on trouve les deux grenouilles mortes.

CAPSULES SURRÉNALES. i9

Peu de temps après, Abelous (22) réussissait à obtenir de véritables greffes, et, quand la greffe était prise, il enlevait, les capsules, voyait l'animal survivre ; puis douze jours après, détruisant la greffe, il observait le syndrome habituel des animaux privés de capsules. Gourfein (H8), en utilisant la même méthode, a obtenu des résultats analogues; il a tenté en outre de greffer des capsules de cobayes, mais sans succès d'ailleurs.

Injection d'extrait de capsules.

Étant donné le faible volume des capsules, leur vascularisation intense, il y avait lieu de supposer a priori que les injections d'extrait seraient a peu près inefficaces. Nous avons néanmoins voulu tenter cet essai. Pour cela, nous avons pris les capsules avec les fragments de rein adhérents, et nous les avons broyées dans une solution physiologiqucv de sel marin. Nous avons injecté cet extrait, mais nous devons dire que la survie n'a jamais dépassé de plus de vingt-quatre heures celle des grenouilles dont les deux capsules avaient été simplement détruites, et cette augmentation dans la durée de la survie est trop faible pour nous autoriser à tirer une conclusion favorable de l'utilité des injections d'extrait capsulaire chez les grenouilles acapsulées.

Toxicité du sang des grenouilles acapsulées.

Si dans la veine abdominale ou même dans les sacs lymphatiques on injecte le sang d'une grenouille acapsulée et présentant tout le syndrome décrit plus haut à une grenoiiille

qui vient de subir la même opération, on observe une paralysie rapide et la mort.

On sacrifie une grenouille parésiée et mourante ; on lave son appareil circulatoire avec la solution physiologique, en introduisant une fine canule dans le bulbe artériel et une autre dans le sinus veineux; on recueille le liquide qui s'écoule. On peut encore décapiter la grenouille, exciser son cœur et obtenir ainsi quelques gouttes de sang, mais la quantité est toujours minime et il vaut mieux laver l'appareil circulatoire, ce qui donne un mélange de sang et de solution saline. On injecte de 2 à S centimètres cubes de ce mélange soit dans la veine abdominale, soit dans les sacs lymphatiques d'une grenouille dont les capsules ont été détruites quelques heures avant et qui ne présente encore aucun trouble. Immédiatement après Tinjection, la grenouille réagit normalement, mais au bout de quinze à vingt minutes, les mouvements s'affaiblissent, la paralysie est complète. Pourtant la grenouille vit encore quelque temps, et ce n'est qu'au bout de cinq à six heures que le cœur cesse de battre.

La même injection faite à une grenouille normale ne produit que des troubles très légers et passagers.

Tels sont les faits que nous avons observés dans une première série de recherches sur les grenouilles.

De ces faits nous avons conclu :

1*» Que la mort qui se produit fatalement à la suite de la destruction des deux capsules est bien le résultat de la suppression d'organes essentiels et non point le résultat du choc opératoire, ni d'une inhibition, pour les raisons suivantes :

a) Les grenouilles no présentent aucun troubles dans les vingt-quatre heures qui suivent la destruction totale.

b) Ces troubles sont encore plus tardifs quand la destruction n'est pas absolument complète.

c) L'insertion sous-cutanée de fragments de reins avec les capsules attenantes prolonge la survie, ce qui serait évidemment sans effet sur des phénomènes d'inhibition.

CAPSULES SURRÉNALES. 21

2<* La mort n'est pas non plus la conséquence d'un trouble de la fonction rénale, ainsi que nous Tavons établi précédemment,

YII Auto-intoxication.

Après avoir constaté la mort plus ou moins rapide des grenouilles acapsulécs, la toxicité du sang de ces animaux pour des grenouilles opérées récemment, il fallait chercher le mécanisme même de Taulo-intoxication.

Nous avons remarqué, sur les grenouilles que venaient de succomber à la suite de la destruction des deux capsules et sur les grenouHles paralysées à la suite de Tinjection du sang de grenouilles acapsulées mourantes, que l'excitation faradique du sciatique ou des nerfs lombaires ne produisait plus aucune contraction musculaire, alors que Texcitant électrique appliqué directement aux muscles déterminait encore des réactions manifestes.

Nous avons été naturellement conduits à nous demander si la substance toxique ou, pour ne rien préjuger, les substances toxiques qui s'accumulent dans Torganisme après la destruction des deux capsules, n'agissaient pas sur les terminaisons motrices à la façon du curare.

Pour résoudre cette question, le moyen le plus simple était de répéter Texpérience classique de Claude Bernard sur le curare, c'est-à-dire de mettre a nu le sciatique d'un côté et en appliquant au-dessous du nerf une ligature serrée sur le membre, d'interrompre la circulation en ne laissant subsister que la continuité nerveuse de la patte avec le tronc.

On prend une grenouille dont on détruit les deux capsules trois heures avant : cette grenouille est encore très vivace et réagit vigoureusement. On met à nu un sciatique et audessous du nerf on lie très fortement le membre au niveau du tiers moyen de la cuisse.

Immédiatement après, on recueille le saiig et on lave l'appareil circulatoire d'une grenouille mourante à la suite de la destruction des deux capsules et on injecte 8 centimètres cubes de mélange de sang et de solution saline à la grenouille dont une patte avait été liée.

Immédiatement après Tinjection, la grenouille réagit avec vigueur et saute avec vivacité. Mais au bout de quinze minutes elle présente des troubles parésiques très nets. C'est avec beaucoup de peine qu'elle fléchit le membre postérieur intact. En, revanche, la mobilité des membres antérieurs paraît encore intacte.

On met à nu le sciatique gauche. Une heure après Tinjection^ il n'y a plus aucune contraction apparente dans la patte non liée ; l'autre patte réagit par des contractions musculaires faibles, mais nettes. Si à ce moment on excite par un courant faradique très faible, presque insensible à la langue, le sciatique de la patte non liée, on obtient quelques faibles secousses du gastrocnémien. Les contractions sont beaucoup plus fortes dans la patte liée.

Au bout de deux heures, avec un courant de moyenne intensité, on obtient des contractions très énergiques dans la patte liée, des secousses à peine apparentes dans la patte opposée. A ce moment les mouvements respiratoires sont très ralentis.

Trois heures après l'injection, même avec un courant très fort (la bobine induite au 0), on n'obtient rien dans la patte non liée, tandis qu'un courant beaucoup plus faible, très supportable à la langue, donne lieu à d'énergiques réactions dans la patte liée.

Donc, le nerf de la patte non liée ne donne plus de contractions musculaires sous l'influence d'un courant Taradique même très fort. Cependant les muscles de cette même patte réagissent encore avec un courant de moyenne intensité appliqué directement sur eux; les muscles de la patte liée réagissent avec un courant plus faible.

CAPSULES SURRÉNAL'

Nous trouvons donc dans ces faits une analogie remarquable avec les phénomèoes de l'intoxication curarique. Sans doute les elïets toxiques sont plus lents, ce qui peut être dû à la faible quantité de poison injcct(>. Mais les résultais définitifs sont comparables, à cette dilTéreucc près que l'irritabilité musculaire parait pins affaiblie que dans l'intoxication par le curare.

L'hypothèse émise sur l'accumulation dans le sang d'un poison présentant des analogies avec le curare a été très net-

détermine une contraction h peine visible du muscle, muaclc donne lien fi aaa série de c

du nerf soiauquo directe du . Abelous (23).

tement attaquée récemment'dansun travail de GoiitiFEiN(H8). Apïès avoir confirmé nos recherches sur le rûle essentiel des capsules, sur la survie possible si on en laisse un fragment, sur les troubles dans le mouvement. Goukfein nie absolument le syraptùme curarique signalé par nous. 11 a constaté, même cinq heures après la mort, l'excitabilité du nerf sciatique, alors que chez uos animaux cette excitabilité avait disparu au moment môme où le cœur s'arrêtait en diastole. 11 ne paraît p&s avoir répété notre expérience de Claude Berxahd avec le sang d'une grenouille intoxiquée.

Nous avons, à la suite de la publication du travail de GouRFEiN, répété les recherches poursuivies autrefois avec Abklous, et nous avons pu constater de nouveau la disparition des réactions motrices chez les grenouilles acapsulées mourantes quand on excitait le nerf sciatique, alors que te même

courant qui se montrait inefficace quand il était appliqué sur le nerf, déterminait une contraction par excitation directe du muscle gastrocnémien.

YIII

Toxicité de l'extrait alcoolique de muscles de grenouilles acapsulées.

Après avoir constaté qu'en été, les grenouilles meurent plus vite, par destruction des capsules surrénales, qu'en hiver, et avant de connaître l'intéressant travail d'ALBAi«ÈSE (28) sur l'influence de la fatigue chez les animaux privés de capsules surrénales, nous avions émis l'opinion que la substance toxique qui s'accumule dans le sang devait se former pendant la contraction musculaire.

C'est guidé par cette idée, que nous avons cherché la toxicité de l'extrait musculaire de grenouilles acapsulées ou de grenouilles tétanisées, pour des animaux de même espèce normaux ou acapsulés.

On prépare trois extraits alcooliques en prenant 10 grammmes :

A. De muscles de grenouilles normales;

B. De muscles de grenouilles acapsulées depuis vingtquatre ou quarante-huit heures ;

C. De muscles de grenouilles récemment acapsulées et électrisées ;

D. De muscles de grenouilles à cœur ligaturé et électrisé. Ces 10 grammes sont broyés dans de l'alcool à 90® avec

du verre pilé ; le liquide filtré est évaporé à siccité, puis redissous dans 10 centimètres cubes d'eau salée à 7 p. 100.

Expérience. — Grenouille acapsulée de 20 grammes, opérée de la veille.

Injection lente de 4 centimètres cubes delà solution A. Aucun phénomène appréciable.

CAPSULES SURRENALES. 25

Grenouille acapsulée de 22 grammes.

6 heures. Injection lente de 4 centimètres cubes de la solution B dans le sac lymphatique dorsal. A la fia de l'injection du quatrième centimètre cube, à 6 h. 5, on constate de la résolution musculaire, la pupille est contractée, la respiration faible, les mouvements spontanés font défaut; excité, Tanimal rampe lentement et difficilement.

6 h. 30. La paralysie est complète, le sciatique reste cependant excitable.

6 h. 40. Cœur arrêté en diastole.

Grenouille normale de 22 grammes.

6 h. 10. Injection de 5 centimètres cubes de la solution B, vive réaction ; l'animal saute.

6 b. 35. Toujours active, présente même une légère tendance au strychnisme. Contraction des pattes postérieures quand on fait une excitation électrique. Le lendemain, complètement remise.

Expérience. — Grenouilles du même poids (30 grammes), acapsulées. Injectées Tune avec 5 centimètres cubes de la solution D, la seconde avec solution C, la troisième avec solution A.

Les phénomènes de résolution apparaissent presque aussi rapidement pour les grenouilles injectées avec de l'extrait de muscle de grenouilles tétanisées, ayant la circulation arrêtée par une ligature sur le bulbe aortique, que pour celles injectées avec l'extrait de muscle de grenouilles acapsulées six heures avant, et tétaniséesdans les mêmes conditions. Alors que les animaux ayant reçu les solutions C et D meurent une heure environ après l'injection, la grenouille injectée avec la solution A était encore vivante le soir, mais trouvée morte le lendemain matin.

Expérience. — Grenouille incomplètement cautérisée quatre jours avant.

Injection de 4 centimètres cubes de la solution B. Quinze minutes environ après la dernière injection, on observelarésolution des membres, la paresse du mouvement; mais une heure et demie après, l'animal paraît remis. 11 suffît alors d'une injection de 1 centimètre cube pour faire revenir momentanément les symptômes parésiques. On trouvera dans nos recherches sur le chien une expérience qui présente une analogie complète avec cette dernière.

Signalons encore ce fait que l'extrait alcoolique du muscle des grenouilles acapsulées, évaporé à 100**, conserve sa toxicité.

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