CONCLUSIONS
Les physiologistes qui s'étaient occupés avant nous de la fonction des capsules surrénales avaient toujours porté leurs recherches sur les mammifères. Les premiers, nous avons étudié la physiologie de ces organes chez les animaux à sang froid.
Les corps surrénaux de la grenouille, décrits par Ecker, «ont unis très intimement aux reins : leurs vaisseaux sont communs avec ces organes, on ne peut songer à Textirpation, mais on réussit à les cautériser sans altérer la fonction rénale. La cautérisation d'une seule capsule n'amène aucun trouble appréciable chez l'animal, la destruction de deux capsules entraîne la mort à brève échéance, trois à quatre jours au plus, suivant la température.
Mais par quel mécanisme la mort se produit-elle?
D'après nos recherches, il s'agit d'une véritable autoîntoxication, l'animal fabriquant des poisons qui sont détruits ou transformés soit dans l'intérieur de la glande, soit par une substance issue de la glande et déversée dans le sang.
Etudiant de plus près le phénomène de l'intoxication, nous sommes arrivés à des conclusions plus précises.
Les capsules surrénales sont des glandes vasculaires sanguines dont l'importance fonctionnelle est manifeste. Leur destruction totale amène fatalement et rapidement la mort. Ce sont des organes chargés de modifier, neutraliser ou détruire des poisons fabriqués sans doute au cours du travail musculaire et qui s'accumulent dans l'organisme après la
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destruclioQ des glandes surrénales. Elles produisent en outre une substance dont l'action s'exerce particulièrement sur l'appareil circulatoire.
L'expérience classique de Claude Bernard sur la grenouille curariséo a pu être répétée par nous avec le sang des animaux acapsulés.
Quant au lieu de formation des produits toxiques que doivent détruire les capsules surrénales, nous pensons qu'il se trouve dans les muscles, attendu que l'extrait alcoolique de muscle est très toxique pour les grenouilles acapsulées et que ces animaux ne résistent pas à la fatigue, fait bien observé depuis par Albanèse et par Abelous.
Les mêmes recherches ont été poursuivies sur les mammifères : lapins, cobayes et chiens : la destruction d'une seule capsule surrénale n'est pas mortelle; la destruction des deux capsules, au contraire, amène rapidement la mort deTanimal, avec tous les phénomènes décrits par M. Brown-Séquard : paralysie du train postérieur, puis des muscles respirateurs.
Cette paralysie porte, d'après nos études, sur les plaques terminales motrices : c'est du moins ce que les recherches faites avec le sang des animaux morts à la suite de Tablation des capsules tendent à établir. Au moment de la mort et même un peu avant, l'excitation du sciatique et du phrénique ne produit aucun effet, alors que les muscles ont conservé, en partie, leur excitabilité. Le sang de ces animaux, injecté à des grenouilles, détermine des phénomènes analogues à ceux de la curarisation.
Chez le chien, la mort arrive dix-sept heures eu moyenne après Textirpation de la seconde capsule. Il suffit de laisser un onzième du poids total pour observer la survie.
L'existence de capsules accessoires permet également la survie.
Guidé par les conceptions nouvelles sur le rôle antitoxique de certaines glandes et par nos résultats exposés plus haut, nous avons avec Charrin institué des expériences destinées à établir un parallèle entre le rôle do ces organes et celui du foie au point de vue de cette protection antitoxique, rôle mis en évidence dès 1874 pour Torgane biliaire.
Procédant à la façon de Schiff, nous avons recueilli des poids égaux de capsules surrénales, de glande hépatique, de tissu rénal, musculaire, etc. Ces divers tissus, finement pulvérisés aussitôt après la mort, ont été mis en digestion pendant vingt-quatre à quarante-huit heures au contact de volumes égaux d'une solution de nicotine; ces volumes ont oscillé de 20 à 30 centimètres cubes pour 4 à 9 grammes de viscères; le titre de ces solutions a été de 0,5, 1, 1,5, 2 p. 1000. Ces mélanges agités, brassés, ont été filtrés sur ouate et injectés sous la peau ou dans le péritoine, suivant les séries, de nombreux cobayes.
Des résultats déduits d'expériences qui ont porté sur quarante animaux, on peut conclure que les capsules surrénales atténuent autant que le foie les propriétés nocives de la nicotine, peut-être plus que le rein, à coup sûr dune manière plus marquée que les muscles.
Dans une série d'expériences poursuivies pour étudier la résistance des animaux monocapsulés aux toxines, nous avons constaté avec étonnement que ces animaux présentaient une résistance légèrement supérieure à celle des animaux normaux.
L'extrait de capsule surrénale injecté dans la circulation détermine une élévation de pression considérable et passagère, la substance active agissant non pas sur les centres
nerveux centraux, Gtbclski, mais sur l'appareil circulatoire : (cœur et vaisseaux), Oliver et Scuafer. Velich (ganglions nerveux) y Gottlœb. L'action périphérique est pour nous évidente, sans qull nous soit possible de prendre parti pour les partisans de la théorie musculaire ou pour ceux de la théorie ganglionnaire.
L'action de la substance active (sphygmogénine de FRiEKKEL) disparait très rapidement dans Torganisme des animaux à sang chaud, lentement chez les animaux à sang froid. Mais il suffit de modifier l'activité des échanges chimiques pour amener des changements analogues dans la durée de Faction.
Chez les mammifères refroidis ou simplement curarisés, Félévation de pressions et le ralentissement du cœur persistent dix à quinze minutes au lieu de quatre minutes, durée maxima observée dans les conditions ordinaires. Chez les tortues chauffées, Teifet cardiaque disparait en vingt minutes alors que chez lanimal à la température normale il persiste plusieurs heures.
Cette substance active ne saurait être identifiée avec la pyrocatéchine* Elle est beaucoup plus active que cette dernière. Deux dixièmes de milligramme d'extrait sec de substance médullaire de capsule surrénale, par kilogramme d'animal, sont suffisants pour donner lieu à une élévation très nette de pression, alors qu'une dose triple ou quadruple de pyrocatéchine reste sans effet.
L'extrait aqueux de capsule surrénale peut être porté pendant six minutes à une température de lâl'^ sans perdre son efficacité, ni sa solubilité dans l'eau, mais il devient inactif avec une température de 131^.
L'injection dans la veine mésentérique agit comme Tinjcction poussée dans une veine de la circulation générale, il en est de même de l'injection faite par le bout périphérique d'une artère.
L'extrait capsulaire ne parait pas pouvoir suppléer la
foDCtioa capsulaire. Les iDJections faites aux animaux acapsulés n'ont jamais permis de conserver les sujets, on constate simplement une amélioration passagère.
Le traitement des malades addisoniens par Tinjection d'extrait capsulaire ou par Tingestion de glande n'a pas donné jusqu'ici, malgré les quelques observations favorables signalées soit par nous, soit par les cliniciens, des résultats suffisamment nets pour permettre une conclusion.
La glande surrénale reçoit une quantité de sang considérable par plusieurs artères. Ce sang s'échappe par un tronc veineux qui, chez le chien, présente des dispositions anatomiques spéciales permettant de le recueillir isolé. Ce sang est rutilant; il offre les caractères du sang artériel. Le dosage de l'oxygène contenu dans ce sang, fait simultanément avec celui du sang des veines, du système général et des artères, permet de prouver ces caractères. S'il est moins oxygéné que le sang de la carotide, le sang de la veine capsulaire est beaucoup plus riche en oxygène que le sang des autres veines. En représentant par 100 le chiffre d'oxygène du sang artériel, on trouve, en effet, environ 50 pour la saphëne et 80 à 90 pour la veine capsulaire. Les capsules surrénales rentrent donc dans la voie générale des glandes à fonctions permanentes qui reçoivent un excès considérable de san^ artériel.
Cybulsky avait signalé les augmentations de pression artérielle obtenues par l'injection du sang défibriné de la veine capsulaire. Nous avons confirmé ce fait, en montrant avec du sang peptonisé et centrifugé que le liquor seul est actif, le dépôt globulaire ne produisant aucun effet. Enfin le sang, comme l'extrait aqueux de capsule, chauffée 120® pendant dix minutes conserve encore ses propriétés, et il faut atteindre 134** pour supprimer cette action.
Les injections de cultures virulentes, ou de toxines des bacilles pyocyanique et diphtéritique déterminent des lésions graves des capsules surrénales, souvent même ces organes paraissent seuls touchés.
Si rintoxication entraîne rapidement la mort, les capsules sont simplement hyperhémiées, mais si Ton détermine une intoxication chronique, par l'emploi de faibles doses de toxines à intervalles plus ou moins éloignés, on obtient une hypertrophie considérable, 1^'',80 pour un cobaye de SOO grammes au lieu de 0fe''',30, poids moyen des deux capsules normales.
Ces capsules ne présentent plus la réaction caractéristique du tissu capsulaire (coloration vert foncé avec le perchlorure de fer), injectées sous forme d'extrait aqueux dans la circulation veineuse, elles ne produisent plus l'augmentation de pression que Ton obtient avec l'extrait de capsules normales.
Au début de l'intoxication, au contraire, pendant la période d'hyperactivité, on note quelquefois une exagération de Faction tonique de l'extrait sur la pression.
La disparition de la réaction colorante avecFe Cl^ coïncide avec la perte d'activité de l'extrait. Mais nous avons insisté cependant sur la non-identité de la sphygmogénine avec la pyrocatéchine.
Malgré notre attention portée sur ce point, nous n'avons jamais ou presque jamais constaté de troubles dans la pigmentation chez nos animaux en cours d'observation. Les rares modifications observées, soit sur les muqueuses, soit sur les poils, étaient si peu caractérisées, se différenciaient si peu de celles que nous avons trouvées chez des animaux non opérés, que nous ne pouvons nous arrêter sur ces faits accidentels.
Dans le cours de nos recherches sur les capsules surré nales, nous avons eu l'occasion d'examiner un certain nombre d'addisoniens. Chez ces malades comme chez les animaux acapsulés d'ALBANÈsE et d'ABELOus, les tracés de la fatigue pris avecFergographe de Mosso sont si caractéristiques qu'ils peuvent être utilisés comme élément de diagnostic dans les cas de mélanodermie suspects. Mais nous n'avons pas voulu dans ce travail de physiologie pure aborder la question de la pathogénie de la maladie d'Addison , question que nous avons déjà traitée dans des articles spéciaux Maladie d'Addisson (Dictionnaire de Physiologie) et Opothérapie surrénale (Presse médicale du 19 sept. 1896").