‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 21 sur 183 · La Valette · texte numérisé non relu

La Valette

3. Ces paroles du prince de Condé confirment pleinement la doctrine que nous avons exposée dans la note des pages 84 et 85.

Les Capucins iutrépides défenseurs de la nationalité comtoise. — Ont-ils le droit de se battre? — Leurs merveilleux exploit au siège de Dôle. — Les négociations des PP. Simon etChnsostome avec Grancey. — Défiance et haine des Français pour les Capucins du Comté. — La seconde conquête. — ^^Les Père» Schmidt et Gillet, défenseurs de Besançon. — Le P. Charles- Eugène en face de Vauban. — Ses exploits à Faucogney. — Vengeances de Louis XIV. — Le P. Charles-Eugène à la Bastille.

Ce n'est pas seulement sur les champs de bataille de la contagion et de la pe^e que les Capucins épousèrent la cause du peuple comtois, et la défendirent jusqu'à la mort. Dans la grande lutte que la Franche-Comté soutint contre la politique de Richelieu, ils devinrent les champions les plus intrépides de la nationalité comtoise, et se montrèrent aussi habiles diplomates que courageux soldats.

Si cette immixtion dans les affaires politiques et militaires répugne à nos mœurs actuelles, il ne faut pas oublier qu'elle était dans les usages d'alors' ;

1. L'enseignement des théologiens du xvi« et du xvii* siècle t'en général celui-ci : 1« Les ecclésiastiques ne peuvent combaitn

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que la cause de la patrie était considérée comme celle de la religion, parce que l'ennemi représentait le principe hérétique, en soutenant les protestants ; et qu'enfin l'amour sincère de la patrie, qui en était le mobile, peut très tien lui servir d'excuse. La position exceptionnelle de leurs couvents

à la guerre, par délense de droit poutifidcal (Bannez et Molina soutiennent que cette défense est de droit naturel.)

2<» Us peuvent persuader la guerre, pourvu qu'elle soit juste, et animer les soldats à bien faire leur def oir en général, sans désigner les victimes à frapper, etc.

30 Un texte du droit canon leur défend d'être capitaines ou chefs d'artillerie et d'engins destructeurs.

4P Quand^ la guerre est simplement défensive,et non par agression, ils peuvent combattre, soit pour la défense de leur pei« sonne, soit pour la défense de leur patrie. Ainsi l'enseigne l'opinion commune, après Bannez et Cajétan.

La Somme de Salamanque ^traduite en français par Je P. Bucon, mort évêque de Pamiers) ajoute qu'ils pourraient combattre de leurs propres mains, voire y seraient obligés par droit naturel, en cas qu'il fût nécessaire pour obtenir la victoire de laquelle dépendraient la paix et le bien commun de l'Église.

A l'appui, nous trouvons une décision de la Congrégation des Hvêques et réguliers, adressée à l'archevêque et au clergé de Bragance le 19 décembre 1621 : « Armorum usum permittendum esse « quoties conferendi manus cum inddelibus ad necessariam cora poriset patriae d^ensionem sese obtulerit occasio laicorumque « nvîres on sufficiant, absque ullo censurarum super hoc a « sacris canonibus indictarum incursu; facultatem irapertiendam « esse censuit prout prœsenti decreto impartitur. » {Analecta Juris.)

Les Capucins regardaient les armées françaises comme hérétiques; ils défendaient leurs corps et leur pays. Ils étaient donc en règle.

devint tout d'abord pour eux une occasion, soit d'être les premiers attaqués, soit d'offrir un refuge aux amis, ou un abri aux assaillants. Presque touî^ étaient placés aux portes des villes, ou à rextrémité des faubourgs. Dans la plupai*t des sièges, on trouve que l'affaire s'engage inévitablement près des Capucins. C'est chez eux qu'on tient les conseUs de guerre ; c'est de leur maison que partent les plénipotentiaires ; c'est chez eux qu'on signe la paix. Nous pourrions entionner les preuves pour les villes deGray, Dole, Jussey, Champlitte, Vesoul, Luxeuil, Faucogney, etc. Condé,Turenne, Gallass,Veyinar, Mercy, Grancey, Charles de Lorraine, Renel, etc., ont passé tour à tour dans ces maisons prédestinées, qui devenaient le quartier général du vainqueur, après avoir été Tasile des vaincus.

Au début de la guerre (1635), le couvent des Capucins de Vesoul devint le point culminant des lignes de défense destinées à couvrir l'armée comtoise sous les ordres du maquis de Oonflans'. Le travail exécuté par les mineurs de Château- Lambert ne servit qu'à faire du couvent une position stratégique couvrant la ville du côté de l'Allemagne*.

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