Voir Uistoire de Dix ans, page 63. Gip. de Nozeroy
2. Le P. Fodéré dit qu'on Tarait bâti hors la viUe afin de pouvoir lui donner de plus vastes proportions que ne Teût comporté Tenceinte de la cité.
L'isoletoent des maisons de Gray, Dôle, Jussey et Poligny leur fut souvent fatal. Le premier soin des Français venant mettre le siège devant Dôle, fut de s'emparer du couvent des Capucins. Comme il était maison d'étude, c'était alors le plus nombreux de la province (1" juin 1636).
Les sentiments patriotiques des religieux n'étaient point un mystère pour les assaillants ; ils en prirent sept, qu'ils déclarèrent prisonniers de guerre. Le P. Désiré, un de leurs supérieurs, qui prêchait alors à Saint-Claude, revint immédiatement ; mais il ne paraît pas qu'il ait pu rentrer dans la ville, tant elle était cernée de près.
Le siègf^ de Dôle, soutenu pendant quatre-vingts jours contre le prince de Condé et vingt mille Français, est certainement un des plus beaux faits d'armes qu'ait enregistrés notre histoire nationale. Il faut lire dans Boyvin les pages aussi naïves qu'émues célébrant les exploits des Bourguignons dans cette première période de la guerre de Dix ans. Nous citerons seulement les passages de son récit relatifs aux Capucins, et nous laisserons parler ce témoin si exact et si bien renseigné. Les Capucins renfermés ^bjis la ville étaient assez nombreux, quoique le quart de ceux qui habitaient le couvent de Dôle fussent prisonniers de guerre ; mais l'ardeur doublait au moins leur nombre, et on les voit se distinguer dans les travaux de la défense.
4c Le p. Ludovic de Dole, ancien provincial, ne < quittoit quelquefois la courvée que pour accourir 4c au secours des âmes, et tous ses bons religieui « se mouloient au patron d'un si vertueux chef; ils « faisoient un incroiable devoir, servant jour et « nuit d'ingénieurs, contrôleurs, chassavants, don- « nans l'exemple aux autres, et les animans encore « par leurs pieux exhortements. >
A l'assaut du 14 juin, le P. Eustache d'Ischer, noble lorrain qui avait autrefois servi avec distinction, « se porta avec l'espadon en miunà la 4c teste des nostres, et y fut atteint de deux mous- « quetades, l'une aux rains et l'autre au bras, qui « l'obligèrent de retourner à la ville, où, nonobs- « tant la malignité des blessures, il en guérit « trois semaines aprez pour rentrer dans les mesmes « exercices. »
Un autre religieux combattait avec plus de bonheur. « Je le vis, dit Boyvin, manier d'uneprompti- « tude et assurance nonpareille l'espée de sai^t Paul « etlaclef de saint Pierre. Durant les escarmouches « les plus acharnées, il paroissoit comme un Caesai*, « la hallebarde à la main, au plus haut delà contres- « carpe, et encourageant les nostres d'exemple etde « paroles, et dez qu'il s'apercevoit d'un blessé, « quittant cette entremise, il se jettoit en celle de la « pitié pour l'ouïr en confession et lui donner i'ab- « solution et l'adresser à bien mourir. Il estendit
« cette charité aux Français mesme, qu'il hayssoit « comme ennemys de son Roy et de sa patrie, et 4c aimoit comme chrétienîî, procurant la vie de leur « âme aussi généreusement que la mort de leur « corps. »
Les assiégés n'étant pas toujours du même avis que le P. Barnabe, on lui refusa la vie d'un gentilhomme blessé qu'il venait d'absoudre, et pour lequel il demandait grâce avec de vives instances.
Tandis que les vingt-trois religieux qui avaient eu le temps de se sauver, défendaient ainsi la ville, les Français traitaient courtoisement les sept prisonniers faits dans le monastère. Ils voulurent s'en servir « comme de pipeau pour prendre les oiseaux à la glu; > mais le pipeau ne réussit pas, et, en apportant les conditions du prince de Condé, le P. Alphonse, gardien du monastère, loin de trahir sa patrie et de donner de timides conseils aux assiégés, ne fît qu'éventer les ruses de Tennemi et donner des renseignements sur la position de l'armée assiégeante. La séance du conseil de guerre où le Père gardien fut entendu, est signalée comme la plus gaie que l'on ait vue dans tout le temps du siège. Quand il fut de retour au camp, les Français, voyant leurs espérances déçues, « délogèrent tous les Capucins, et les envoyèrent en France comme personnes suspectes ». Des Capucins français furent installés à leur place.
Le p. Claude et le P. Barnabe se chargèrent de venger l'injure faite à leur couvent. Nous les trouvons aux premiers rangs dans une sortie qui eut lieu sur la fin de juin. Tandis qu'on s'acharnait autour d'un canon que les Comtois avaient pris, un officier français « arresta le P. Claude par le cha- « peron, le pressant de se rendre, quand le P. Bar- « nabé lui lança un tel coup d'une demi-pique, qu'il « lui fit quitter la prise et la vie. »
Le clocher de l'église paroissiale était le point de mire de l'armée assiégeante. Elle cherchait à l'abattre à coups de canon, pour enlever aux assiégés l'avantage d'une position qui dominait le camp. Le P. Ludovic ne se contenta point de faire l'office d'ingénieur pour défendre cet édifice ; on le vit avec ses religieux monter sur les échafaudages et travailler comme un simple manouvrier à placer contre les murailles extérieures des matelas et des sacs de bourre destinés à amortir le choc des boulets.
Une nouvelle tentative du prince de Condé pour amener les Dôlois à se rendre ne fit que mieux ressortir l'amour qu'avaient les Capucins pour leur patrie.
Le sieur de Valay, prisonnier au camp français, se voyant fort malade, demanda l'assistance du P. Ferdinand, son parent, assiégé. Le Capucin vint au camp de Saint- Ylie, et donna les consolations et les secours de la religion au malade.
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Le général en chef, Condé, qui avait à dessein accordé un sauf-conduit au P. Ferdinand, vint le trouver tandis qu'il était auprès du malade, et le chargea de faire des propositions à la ville,en l'invitant à se rendre; mais le religieux, « qui n'avoit ny « langue ny oreilles que pour son roy et pour sa « patrie, s'en revint tout dépité ». Il regarda ces offres comme une injure, et refusa nettement d'aller revoir son malade, qui mourut peu après.
Le P. Eustache, guéri de ses deux coups de mousquet, s'était mis à la tète des mineurs de Château- Lambert, qui rendirent de si grands services dans ce siège en éventant les mines des assiégeants. Coimne cet ingénieur improvisé entendait fort bien l'art de la guerre souterraine, le prince de Condé tenta d'arrêter un si redoutable adversaire. Il lui fit écrire par le gardien du couvent de Dijon, qui se trouvait au camp, une lettre pleine de reproches. Elle élisait entre autres choses : <c Que le zèle du P. Eus- « tache estoit criminel devant Dieu et les hommes; « qu'il tachoit la robe de Sainct-François du sang des « chrestiens; qu'il s'aicloit à meurtrir et diffamoit « sa profession ». Il l'exhortait à se renfermer dans sa cellule, ou bien, à son exemple, se donner tout au i^alut des âmes, s'il voulait sauver la sienne et son corps d'un sévère traitement après la prise de la ville.
Le P. Eustache répondit par la lettre suivante :
d% I^ES CAPUCINS
« Mon très cher frère, quelques fonctions que « TOUS exerciés en une armée de boutefeux (in- « cendiaires) et si sacrilège que celle où tous « vous treuvés, vous ne sçauriez y estre qu'a- « vec la damnation de vostre âme et le scandale « des gens de bien. Et moy, combattant pour un « peuple innocent et oppressé, et pour conserver la « religion catholique, ie crois aller au martyre quand « ie vais contre la persécution. Réservés, s'il vous « plaist, vos remonstrances pour M. le Cardinal de la <K Valette, ou ceux de nos ordres qui couchent dans « une mesme tente avec les ennemys de nostre « saincte foy, et portent leurs armes impies à la « destruction des autels et des sanctuaires. Dieu, « par sa grâce, vous veuille esclairer, et inspirer « en vostre cœur de plus justes et salutaires mou « vements de charité que ceux dont vous témoignés « à présent estre touché pour moy, qui suis vostre « très humble serviteur et frère. en Nostre-Sei- « gneur. »
En lisant cette correspondance si ferme et si naïve, on pense involontairement aux héros d'Homère. Les nôtres ont du moins sur ceux d'Homère l'avantage de la courtoisie et de la politesse.
En répondant ainsi aux Capucins français, l'ingénieur des mines de Dole touchait la partie la plus délicate de la question.
Il était triste, sans doute, de voir un cardinal de
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l'Église romaine * s'allier étroitement avec les protestants, et un autre cardinal' camper sur le sol comtois à la tête d'une armée remplie de Luthériens et de Calvinistes. Tous les monuments de Tépoque attestent que la crainte de perdre l'unité de leur foi était un des motifs principaux de la résistance désespérée que firent nos aïeux.
Ce que les Français pardonnaient le moins au P.Eustache, c'était de se battre, quoique n'étant pas sujet comtois. Le prince de Condé, ayant appris que l'intrépide Capucin avait reçu deux coups de feu sur labréclie,témoignacestre desplaisantde sa disgrâce, « en appréhender la perte autant de l'âme que du « corps, croïant que ce bon frère, n'estant pas né « Comtois, nepouvoit sans offense mortelle de Dieu « porter les armes, qui par adventure seroient ex- « ensables aux religieux natifs du pays^. »
Le blessé répondit aussitôt : « Qu'il se mette « plus en peine de ma vie que de ma mort, et de sa « conscience que de la mienne ! » Ce brave religieux mourut comme il convenait à un vieux soldat. Au jour où les Français devaient donner l'assaut décisif, il alla reconnaître les effets d'une mine formidable, et constata avec grande joie que les Français étaient