‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 4 sur 183 · Rejr. des déliliérations, Salins, 10 mai · texte numérisé non relu

Rejr. des déliliérations, Salins, 10 mai

o r „ 1. Tii,i[.e ameiiaU avec lui les PP. Cuiistance de Milan, l<foii, )>vi-lre$; FF. Muthins de Milan, Doimt de Pize, '. Léonard de Saiat-Jeaa de Maurieniie, lai. Ce Mniers Capucins établis en Franche-Comté.

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rèrent pendant qu'on bâtissait leur monastère. Cette maison fut construite dans le faubourg, aux frais du trésor commun, et sur remplacement d'une ancienne église paroissiale dédiée à saint Pierre le martyr. C'est pour cela que le sceau du couvent de Salins porte saint Pierre, apôtre, au pied d'une croix, avec l'exergue : ^igillum Capucinorum Salinensiu7n.

Le couvent de Salins était le cinquième fondé dans la province de Lyon^; il devint le noyau et le cheflieu de la province de Bourgogne, et eut le pas sur ceux d'Avignon et de Marseille. Comme on pouvait s'y attendre, les villes de Besançon et de Dôlo ne voulurent pas rester en arrière. En 1585, au moment où le couvent de Salins s'achevait, le cardinal de la Baume voulait en établir un dans la cité impériale ; maislamort le surprit. Le cardinal de Granvelle, (jui lui succéda, prit la chose à cœur, et donna ordre à M. de Bellefontaine, son cousin, administrateur du diocèse, d'employer tous les ans deux mille éciis à cette construction. Le P. Théodose de Bergame, nouveau gardien de Salins, vint s'entendre avec M. de Bellefontaine à ce sujet; mais, cette fois encore, la mort du cardinal et la peste qui désola le

1. Lyon, Chambéry, Roanne et Saint-Jean de Maurienne Tavaient précédé; Avignon le suivit. C'est par raison d'ancienneté de fondation que la province de Savoie passait avant la Bourgogne (Comté), et le Comté avant la Provence.

pays peridaui trois années {1586-1589) mirpiit obstacle à l'exociition du projet',

La peste n'empéclia pas les Dôlois de construire leur couvent et de devancer ainsi les Bisontins. Le commissaire général de la province, Abondius de Corne, elle P. Théodose de Bergarae, gardien de Salins, vinrent débattre les conditions à Dole même. Marguerite de lîoisset. veuve d'un conseiller au Parlement, Eut la principale bienfaitrice du nouveau monastère. Elle consigna d'abord quatre mille franc» pour la bâtisse, et promit d'autres deniers pour achat des fonds nécessaires. Les échevins Boitouzet et GoUut (l'historien) furent nommés rapporteurs dans cette affaire, et conclurent à l'admission des Capucins. Dans l'assemblée du conseil et des notables tenue le '2Q février 1588, leurs conclusions furent généralement adoptées; seulement, l'emplacement primitif fut modifié, et le couvent fut bâti au lieu où se trouvait autrefois la Maladrerie. La croix fut solennelieuient plantée, la veille de la fête de saint François, par Jean Doroz, évéqne de Lausanne, suffragant de Besançon, et le travail marcha si rapidement que, moins d'un an après, les religieux s'installaient dans le nouveau

itefuia, M. da BalleronlaEne et M. de MoiiD.nrrev, son ruèrent eu mourant une somme en u sidéra Me qui sprvil 1 & réaliser les '

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monastère, et y commençaient roffice' (7 septembre 1589).

Le couvent de Dôle fut ainsi le second de la province. Son église était dédiée à T Assomption de la sainte Vierge ; son sceau, déforme ovale, portait la Vierge triomphante, avec cette légende : Assumjptio B. V. Mariœ, Cap. Conv, Dolœ,

Les officiers du roi s'opposaient alors si peu à l'introduction des Capucins dans le pays, qu'ils donnaient eux-mêmes l'exemple. Au chapitre général de 1588, on résolut d'accepter le couvent que Dame Renée de Ray, femme de François de Vergy, gouverneur du Comté, offrait de faire bâtir à Gray. La ville de Gray était la plus importante du pays après Besançon, Dôle et Salins. Elle n'avait garde de rejeter une pareille offre ; elle était, du reste, encore tout. émue des beaux discours prononcés pendant l'Avent et le Carême précédents par le P. Ange d'Avignon, et les succès du prédicateur devenaient un nouveau motif d'accepter. Toutefois, comme les

1. En sa qualité de fondatrice, Marguerite de Boisset eut droit à Vinscription suivante, placée au-dessus de la grande porte de réglise, sous Tœil-'de-bœuf : « Damoiselle Marguerite de a Boisset, fille de Messire Jean-Antoine de Boisset, en son a vivant docteur es droits, conseiller et avocat fiscal de Sa Majesté « Catholique en son bailliage de Dôle, et de Damoiselle Barbe a Chaillot, a faict édiffier de ses propres deniers cette église et le a convent y adjacent des RR. PP. Capucins de l'ordre de Mona sieur S. François. » (Le couvent des Capucins de Dôle est aujourd'hui maison de santé.)

finances de la ville étaient en mauvais état, et qu'elle possédait déjà un cpuvent de Cordeliers, elle reçut les Capucins à condition que le public ne contribuerait en rien à la construction du bâtiment, et que les huit ou neuf ^ religieux vivraient des aumônes qu'ils iraient mendier de porte en porte. Le chapitre général, connaissant ces Conditions et la demande qu'y joignaient les magistrats, décréta l'établissement de la maison de Gray.

M"" de Vergy, se trouvant à court d'argent, emprunta « une bonne somme de deniers » à M"* de Gatey (Marmier), très bien disposée pour les religieux capucins, et elle fit bâtir le couvent. La dame de Gatey y mit beaucoup du sien, et même elle devint seule fondatrice; car Renée de Ray, n'ayant pu la rembourser, et quittant la Bourgogne pour suivre son second mari en Savoie *, céda ce titre de fondatrice à la femme du gouverneur de Gray, moins noble peut-être, mais à coup sûr plus riche qu'elle^.

Le couvent de Gray fut dédié à saint Jean-Baptiste.'Son sceau était déforme ronde, portant le saint

1. En vérifiant ce récit sur le texte même de la délibération, à l'hôtel de ville de Gray, nous trouvons « six ou huit, » au lieu de « huit ou neuf » que porte le manuscrit des Capucins de Lurc. La délib'^ration des Graylois n'a pas moins de trois pages.

2. Après la mort du gouverneur François de Vergy, sa veuve épousa le marquis d'Aix-en-Savoie.

3. M»"« de Gatey fut enterrée dans l'église des Capucins vers 1615.

Précurseur debout, avec ces mots : Sigilluvi FraL Capue. Gray *.

Les calamités qui éprouvèrent la Franche-Comté de 1590 à 1600, amenèrent un temps d*arrêt dans les fondations nouvelles. Profitons de ce moment pour jeter un coup d'œil sur les mo3'ens que les Capucins employèrent pour préparer les succès de la période suivante.

Comme nous l'avons dit, les premiers Pères étaient tous originaires d'Italie et de Savoie. Dès qu'ils furent installés à Salins, ils y établirent un noviciat pour les aspirants comtois, qui ne tardèrent point à se présenter. Avec des enfants du peuple et des jeunes gens des meilleures familles, il y eut parmi eux beaucoup d'anciens soldats. Ce fait cesse de paraître bizarre, si l'on songe que la vie des Capucins avait assez de rapport avec celle des militaires de cette époque. Dans les deux professions, on vivait au jour le jour; on était quelquefois dans l'abondance, souvent dans la disette; la discipline était sévère sur certains points, et très large sur d'autres ; au lieu de rompre des lances et de frapper d'estoc et de taille, un soldat devenu Capucin s'en

1. Le couvent des Capucins de Gray, situé à un kilomètre de a Tille, à laquelle il était relié par une allée de grands arbres encore existante, devint un lieu de pèlerinage renommé, à cause de sa statue de la Vierge, honorée aujourd'hui dans l'église paroissiale sous le nom de Notre-Dame de Gray, à laquelle on attribue d3 nombreux miracles.

allait faire des expéditions dans les paroisses, pourfendre les hérétiques et terrasser les pécheurs. La guerre changeait de but ; mais c'était toujours une guerre, et nous verrons comment l'humeui- belliqueuse des Capucins s'accommodait également des deux manières de combattre.

Le premier fait d'armes de ces soldats devenus novices eut lieu en 1595, au noviciat même de Salins. Nous laissons la parole au Journal de Jean Grivel, racontant l'expédition de Tremblecourt'. « Le cinq « de mars (1595), l'ennemy tira contre Salins, où il

* arriva environ les onze lieures du soir, et, de « plain saut, sans que ceux dudit Salins fussent ad- « vertisde son arrivée, ny qu'il eûtjà passé le Doux,

* print par force un petit fort que l'on avoit fajct « prés des Capucins, et tua lâ-dedans trois Pères « Capucins et vingt ou trente soldats de la ville, et « le reste s'eschappa sous la conduite d'ung Père « Capucin nommé le Père Félix.qui avant que d'en- « trer en religion avoit practiqué la guerre, et estoit « très hT&\f:so\AaXt lequel commandait ledit fort,et « en sortit bravement avec lanidache et le coutelas

se retirant en la ville avec le reste de l'Ayant qu'il n'y avoit moyen de soustenii* ) l'ennemy. Lequel peu après se jetta

« dans le faux bourg, et vint aux portes avec une « admirable résolution, les pensant forcer. » Mais les assaillants avaient compté sans le P. Félix. « Une pièce bracquée par ung pertuis, près de la « porte, en renversa dix ou douze d'un seul coup. » Epouvantés, ils se jettent dans les maisons ; mais, toujours par l'avis du P. Félix, les 8alinois« brac- « quent une autre pièce de canon sur une maison « où l'ennemy s'était porté, » et le coup est si bien dirigé, que la maison s'écroule sur l'ennemi, et lui écrase encore quinze ou seize hommes. « Quoy « voyant les aultres, -» continue le Journal, <^ et crai- « gnans qu'on ne leur flst tomber les maisons dessus, « se jetèrent pesle mesle dans la rue, où ceux du « dedans les saluèrent de tant de coups de mousquet « et d'arquebuse, qu'ils furent contraincts de se « retirer avec perte de plus de cent hommes ^. »

Pour discipliner et former à la vie religieuse ces soldats qui passaient si brusquement de la tente au cloître, les Capucins employèrent un de ces hommes rares, que l'on retrouve à l'origine de toutes les grandes œuvres. Ce fut sous la direction du Vénérable P. Jean deMaurienne^ que se formèrent les premiers Capucins comtois. Dans les maisons dé Dôle

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