COUVENT DE DOLE
R. P. Juvénal Touvet, de La TounoUe, gardien.
Vêtu le 1*' juin 1760.
R. P. Zéphyrin Lacour, de Vy-lés-Belvoye, vicaire, maître des novices.
Vêtu le 4 avril 1758. — Le P. Zéphyrin de Vy-lez-Belvoye (Doubs), dans le monde Edmond-Antoine Lacour, appelé quelquefois aussi Delacour, fut une de ces merveilles de pureté^ et de vertu que la vie religieuse a le privilège
d* offrir en spectacle à la terre et au ciel. L*estime de ses supérieurs Tavait place pendant quinze ans à la tête du noviciat de Dôle, et il était vicaire de cette maison lorsque la Révolution vint en disperser les habitants. Le P. Zéphyrin devait évidemment les plus remarquables exemples de fidélité aux^ nombreux religieux qu'il avait engendrés â Dieu et à son Eglise; il leur donna l'exemple du martyre. Dans lanoticequeM. TabbéCaronlui a consacrée (t. II, p. 318), ce biographe accuse le P. Zéphyrin d'avoir prêté des serments coupables et de s'être quelque temps attaché € à une secte ennemie de l'Eglise et de ses pieux ministres, qui depuis un siècle travaille sourdement â tout bouleverser dans la religion et dans l'Etat, »mBis que sa rétractation, inspirée parl'évêque de Rhosy, suffragant de Besançon, l'en a détaché. Cette double accusation, démentie par la vie entière et par les fonctions du P. Zéphyrin dans son ordre, n*est justifiée par aucune preuve dans l'ouvrage de M. Caron; elle croulera bien davantage par le récit suivant,, que M. Sauzay a dressé d'après les documents les plus sûrs :
« Dans la soirée du 17 janvier 1794, quatre habitants de Boujeons, Gl.-Ant. Vuçz le jeune, Cl.-Alexis Chaillet, CI.- Simon Regnaud et Ch. Lonchamp, se présentèrent devant le citoyen J.-Claude Cart, juge de paix à Mouthe, amenant deux étrangers qu'ils avaient arrêtés, et exposèrent ainsi les circonstances de cette arrestation. Vers trois heures de l'après-midi, Vuez fut accosté par les deux étrangers, qui le prièrent de leur indiquer le chemin de la Villedieu. Vuez, soupçonnant ces voyageurs de diriger leurs pas du côté de la Suisse sans être en règle pour cela, leur demanda leurs passeports. L'un d'eux exhiba un passeport délivré à Dole pour voyager dans le Jura et la Côte-d'Or, et Tautre avoua qu'il n'en avait aucun. Alors, Vuez fit appeler les patriotes Chaillet, Regnaud et Lonchamp, pour l'aider à s'assurer des
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deux étrangers. On les fouilla, et on tronvst, sur celui qui était sans passeport, 2 lonis d'or, 59 livres en monnaie d'argent, 80 livres en assignats, 2 couteaux, un Ordo des ofiSoes pour les mois de mars et d'avril, une image allemande de la Vierge, une image italienne de saint Louis de Gonzague, et un extrait de baptême. Ces indices accusateurs, joints aux réponses de celui qui les portait, déterminèrent les qnaire Jacobins de Boujeons à conduire sur-le-champ les deux étrangers devant le juge du canton, pour qu'il statuât à leur égard ce qui serait convenable*
« Le citoyen Cart les interrogea longuement, et d'une manière souvent bien pressante. Le premier répondit qu'il s'appelait Edmond- Antoine Delacour, de Vylr-lez-Belvoir, âgé de cinquante-six ans, Capucin de profession, ayant appa^ tenu au couvent de son ordre à Dôle, ou il était connu sons le nom de P. Zépbyrin ; que depuis la suppression de cette maison il n'avait point de domicile fixe ; qu'il avait d'abord demeuré quinze mois â Dôle, dans la maison du citoyen Cahuet, homme de loi ; qu'ensuite il avait séjourné un moi» à Besançon, tantôt dans une maison, tantôt dans une autre, dont il lui était impossible d'indiquer la rue et le numéro; que de là il était allé â Dambelin et à Vyt, où il était resté huit jours, et qu'il avait passé le reste du temps tantôt id, tantôt là, sans pouvoir dire où ; qu'il n'avait pas de passeport, parce qu'il n'avait pu en obtenir un, n'ayant pas prêté le serment de liberté-égalité ; et qu'enfin le sujet de son voyage était d'aller reprendre son ancien état dans un pays où il pouvait le faire, sans savoir lequel.
« Le juge de paix, l'interrompant alors, lui dit : « Mais, puisque les Capucins sont supprimés dans toute l'étendue de la République, ton intention était donc d'en sortir; car ee n'est qu'à l'étranger, que tu pouvais espérer de trouver ufl9 maison de ton ordre? N'est- tu pas déjà sorti delà Républiqua
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depnis la disperaion doBCapnciosî ■ Le P. Delacour se tut, et, après un moraeut d'héaitation, il avoua qu'il avait fait un pèlerinage d Notre-Dame des Ermites, au mois de septembro 1192, et qu'il l'avait fait saus passeport. < Mais, reprit lo juge de paix, tu aurais obtenu très facilement à cette époque un passeport de déportation, comme on en donnait à tons les prêtres qui en demandaient, k Le P. Delacour répondit que son intendon n'était pas de ae déporter, mais de rentrer eu France, dans le cas où il n'aurait point trouvé de place pour se fixer eo Suisse.
< Le second étranger, interrogé à son tour, etc. (cet homme ne s'était trouvé que fortuitement avec le P. Zéphyrin; il put le prouver, et fut relâché après aa translation i. Besançon).
« Le juge de paix... ordonna que Delacour, prévenu d'émigration et d'exportation de numéraire,., aérait conduit k la maison d'arrêt de Pontarlier, et mis à la disposition du district. Celui-ci le livra, dès le lendemain, au jury d'accusation. Le P. Delacour fut interrogé par Antoine- Alexis Kobelot, magistrat de l'ancien régime, devenu directeur de ce jury. Il réitéra ses réponses de U veille, en ajoutant que son excursion à Binsielden avait duré trois semaines; qu'il était rentré par le canton do Morteau, Flangebouche, Valdahon, etc., et qu'il était alors muni d'un passeport de la municipalité de Besançon pour l'intérieur; qu'il avait cessé depuis longtemps de toucher aa pension, et qu'il vivait en partie des économies qu'il avait faites sur loa premiers termes de cette pension lorsqu'il habitait chez l'avocat Cahuet, qui n'avait exigé de lui qu'une tréa faible indemnité pécuniaire, et en partie sur les aumônes qu'on lui avait faites généreusement dans les pays où il avait passé. Le 19 janvier, baud, commissaire national au tribunal de Pontarlier, r la renvoi des deux prévenus au tribunal criminel et ré'
tionnaire du Doubs, ce qui fut décidé le lendemain par les juges.
« Les deux prisonniers, transférés par la gendarmerie â Besançon, furent écroués dans la maison de justice, le 27 Janvier. Rambour, après Texamen du dossier, reconnut que la première mesure â prendre était de faire déclarer par le département le P. Delacour émigré (c'est alors que, après renseignements, son compagnon de captivité fut mis en liberté).
« Le département déclara, le 21 février, «qu*il était constant que Delacour avait, de son prgpre aveu, quitté le territoire de la République au mois de septembre 1792, sans avoir rempli les formalités prescrites ; qu'étant rentré depuis cette époque, il avait habité diverses communes bien connues pour le fatanisme de leurs habitants, et qu'après avoir erré sans domicile fixe, il tentait, au moment de son arrestation, de repasser à l'étranger pour y reprendre son ancien état de Capucin; qu'en conséquence, il serait considéré comme émigré, inscrit sur la liste générale, et livré au tribunal criminel pour être puni à titre d'émigré rentré au mépris des lois.
« Le reste de la procédure devenait extrêmement simple. Rambour écrivit à l'accusateur public de Dôle de lui expédier deux patriotes de cette ville connaissant personnellement le P. Delacour, pour constater son identité. Le 9 mars, le bon religieux comparut devant ses juges. Après le réquisitoire de Rambour, Nodier (le président du tribunal) adressa quelques questions pour la forme. Claude Thiélu et Claude Canet, marchands de Dôle, témoins assignés, déclarèrent qu'Us reconnaissaient parfaitement cet accusé pour être le P. Delacour, ex-Capucin, et, les juges ayant opiné â haute voix, en commençant par Violand, le plus jeune, le P. Delacour fat condamné â être guillotiné dans les vingt-quatre heures, sur
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la place Saint-Pierre, M. Laviron rapporte que les Jacobins présents à Tandience insultaient la victime, et se livraient à de grands éclats de rire.
4c Le P. Delacour, né le 17 novembre 1738, avait fait profession chez les Capucins le 4 avril 1759. 11 avait exercé pendant quinze ans les fonctions de maître des novices et de vicaire du couvent de Dôle, ce qui témoignait à la fois de son instruction, de sa piété, de sa sagesse et de la confiance inspirée par ses vertus. « Son caractère doux, calme et « sociable, » dit le P. Bèrrignot, de Montmirey, « lui avait « mérité Taffection respectueuse de tous ses confrères. »
« En sortant du tribunal, il fut reconduit en prison, et consacra le peu d*instants qui le séparaient de Téchafaud à prier et à écrire à ses parents. Malheureusement, il confia sa lettre à des mains infidèles, qui la détruisirent. Le jour mêine de sa mort, il confessa,'dans la prison, une personne qui conserva jusqu'à la ^n de sa vie le souvenir le ^lus émouvant de ses exhortations et de ses avis. 11 fut mis à mort à trois heures de l'après-midi. »
M. Garon donne ce détail : « Des personnes qui le virent aller au supplice, qui le suivirent des yeux depuis la prison jusqu'à l'échafaud, trouvèrent tant de constance dans son maintien, et un air de béatitude si prononcé sur sa physionomie,que, depuis, elles se sentirent fortement animées du désir d'imiter ces beaux exemples. »
Quel accueil maternel la Reine des Gieux ne dut-elle pas faire à l'âme de ce pieux martyr, mis à mort pour être allô se prosterner filialement à ses pieds, dans un de ses sanctuaires les plus aimés !
N. B. Ce saint homme fut porté sur le 3« supplément de la liste des émigrés, par décision du 21 messidor an II.