AVIS A MM. LES DIRECTEURS DE THÉÂTRE
L'orchestre complet en manuscrit de la partition de ICapuletti ed I Montecchi, de Bellini, et de la musique de Vaccai (employée souvent pour le quatrième acte de cet opéra), se trouvant dans la possession de l'Auteur de cette traduction , Messieurs les Directeurs de Théâtre qui auraient l'intention de monter les Capulets et les Montaigus avant que la partition soit gravée, peuvent s'adresser, par lettres affranchies, à M. Gustave Oppelt, rue Royale, hôtel Cluyzenare, 8, à Bruxelles, et à M. Marchant , libraire-éditeur, bonlevart Saint- Martin, 12, à Paris.
Encouragé par la bienveillance avec laquelle le public a daigné accueillir ma traduction du Stabat Mater de Rossini, j'ai entrepris un travail plus long, plus important peut-être, en ce sens que par sa nature il s'adresse directement à tous les théâtres autorisés à exécuter, avec paroles françaises, les chefs-d'œuvre de l'école italienne. Traduire l'opéra de / Capidctti ecl I
Montecchi, de Bellini , était pour moi une tâche d'autant plus épineuse que déjà les amours de Roméo et Juliette avaient été illustrées par la poétique immortelledu Dante, par les brillantes inspirations de Shakespeare, par le style riche et pompeux de Ducis , enfin par les beaux vers de M. Alexandre Dumas. Le désir de doter la scène française d'un chef-d'œuvre musical de plus m'a déterminé à ne pas reculer devant cet écueil, espérant trouver grâce auprès de mes juges pour les défauts de ma traduction , en faveur du but que je me suis efforcé d'atteindre.
L'aridité d'un pareil travail et les difficultés sans nombre que le rhythme musical élève à chaque pas sont choses trop connues de quiconque a étudié la scène, ou s'est livré à quelques études de ce genre, pour qu'il soit nécessaire de les énumérer ou même de les mentionner. Cependant le lecteur verra que, tout en voulant rester aussi fidèle que possible au libretto italien et surtout aux sublimes pensées de Bellini, j'ai cherché à ne pas m'écarter des lois si rigoureuses de la versification française.
Peu confiant en moi-même , j'ai soumis mon travail à l'examen de plusieurs hommes de lettres; et ce n'est qu'après avoir été honoré de leur approbation que je me suis permis d'appeler l'attention du public sur ma
version des Capulets et des Montaigus , croyant ainsi pouvoir mériter son indulgence.
Pour enchaîner les magnifiques thèmes de cette partition au récitatif d'après les règles de l'art, et adapter les paroles françaises à la musique de Bellini, j'ai obtenu le concours de M. Riccio, ex -maître de chapelle de S. M. le roi de Sardaigne, aujourd'hui professeur de chant au Conservatoire royal de musique de Bruxelles. Cet artiste, on le sait, a pendant plusieurs années dirigé avec infiniment de talent l'orchestre de la Compagnie Italienne.
De celte manière, je pense avoir rempli à-peu-près les conditions nécessaires pour présenter au théâtre une œuvre que le monde artistique a déjà applaudie et admirée sur la scène italienne; puisse maintenant le public favoriser la traduction des Capulets et des Montaigus de cet appui encourageant que tout auteur ambitionne ! L'arrêt qu'il portera ainsi que les sages conseils de la critique m'éclaireront à cet égard et m'apprendront si mes efforts ont répondu à mes espérances.
GUSTAVE OPPELT.
Paris, le 28 janvier 1847).