‹ Les Capulets et les Montaigus = I Capuletti ed i MontecchiChapitre 2 sur 40 · A MON AMI · texte numérisé non relu

A MON AMI

« Wie der Schatten frùh am Morgen » Ist die Freundschaft mit den Bôsen; » Stund auf Stunde nimmtsie ab.

» Aber Freundschuft mit den Guten » Wachset wie der Abendschatten, » Bis des Lebens Sonne sinckt. »

Un Poète allemand.

Vois-lu dans le lointain, comme une blanche nue, Serpenter dans l'espace une voile inconnue? A peine on la distingue, et malgré le danger Dont, sur la vaste mer, les flots vont l'assiéger,

Rien ne peut ralentir sa course périlleuse ! Elle effleure la vague ; et, fière, ambitieuse, Elle brave l'orage, elle affronte l'écueil Où Timprudent nocher va trouver un cercueil ; Car une voix lui crie au fond du cœur : o Espère! » La palme n'appartient qu'aux plus audacieux ; » Va, lutte avec courage ; au foyer de ta mère, » On tresse une couronne à ton front glorieux! » Hisse ton pavillon ; les feux brillans du phare » Vont s'allumer au port, et si la nef s'égare, » Un Pilote est là-haut, tout prêt à secourir » Le nocher qui l'invoque au moment de périr ! »

Ainsi fait le poète en entrant dans l'arène Où sa muse l'appelle, où son ardeur l'entraîne ; Au risque d'échouer au plus prochain rescif, Sur l'Océan du monde il lance un frêle esquif. Malheureux!... d'où lui vient cet aveugle délire; Et de quel fol espoir se laisse-t-il séduire? Cette coupe dorée, aux bords garnis de miel, Cache sous le nectar l'amertume et le fiel ! — Oui ! mais l'ignores-tu? L'homme devient poète Quand il veut étouffer une peine secrète, Et parvient seulement a voir tarir ses pleurs Quand sa plume docile oxhale ses douleurs ! ! !

Mais si dans la tourmente un ami se révèle ;

Un ami franc et sûr, au cœur droit et fidèle ;

Un ami qui s'avance en lui tendant la main

Pour l'aider à gravir la crête du chemin,

Alors il est heureux, et son âme ravie,

Grâce à ce cœur aimant, triomphe de l'envie;

Alors il lui confie et son œuvre et son vœu,

Comme un catéchumène à la Table de Dieu :

Son œuvre, car l'auteur aime et chérit son livre,

11 tremble, et cependant l'espérance l'enivre;

Son vœu, car s'il aspire à des jours plus heureux,

C'est que ces heureux joursbriîleraient pour tous deux !

Apprends donc maintenant pourquoi je te dédie Du noble Roméo la sombre tragédie :

Ce guide, ce soutien, ce frère, cette foi, L'ami que j'ai rêvé, j'ai trouvé tout en toi !

Ainsi que Roméo, j'eus aussi ma Juliette !

Tu la vis bien des fois cet ange du poète ;

Mais le ciel, au moment de combler mon bonheur,

M'a, comme à Roméo, fait sentir sa rigueur.

Ma Juliette mourut ! î ! Son visage si tendre

Se glaça sur le mien... A quoi bon te l'apprendre?

Tu suivais à pas lents le funèbre convoi,

Soutenant mon courage et pleurant avec moi î...

Depuis longtemps déjà, témoin de ma souffrance, Tes yeux ont vu pour moi s'éteindre l'espérance :

Cette fleur du Midi, triste jouet du sort, Sous un ciel étranger devait trouver la mort!...

Assis à son chevet, et lui cachant mes larmes, J'invoquais en secret le pouvoir de ses charmes, Et parfois du bonheur que j'avais espéré L'ombre passait encor sur son front adoré !... Son regard enflammé, sa voix, son doux sourire, Son cœur chaste et plus pur que lafleur qu'on respire, Me faisaient oublier tant de tourmens soufferts : Son amour m'inspirait, et j'ébauchais mes vers !

GUSTAVE OPPELT.

Bruxelles, le l€r mars 1843.

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