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Les Caractères de la langue latine

Le petit ouvrage de M. Weise sur les caractères de la langue latine (i) a été apprécié favorablement par la critique allemande, qui eu a fait les plus grands éloges. Il n'a pas passé non plus tout à fait inaperçu en France et la Revue critique lui a consacré un article bienveillant. Les éloges sont mérités : cet Essai, comme l'appelle son auteur, est un excellent résumé et comme un cadre de toutes les questions (jue comporte l'étude du sujet. Il s'adresse aux élèves des gymnases allemands et il est composé par un de leurs maîtres, qui voudrait leur rendre la connaissance du latin et par contrecoup celle de leur propre langue moins superficielle,

(1^ Charakteristik der lateinischen Spniche, von 0. Weise Leipzig, Teuboer, 1891. '

en leur mettant sous les yeux les raisons des différences qui apparaissent dans la structure de l'une et de l'autre. Ces raisons sont intimes et profondes, et ce n'est point par l'étude de la grammaire qu'on peut les découvrir. La grammaire va au plus pressé : elle donne des résultats matériels. Les grammaires classiques surtout doivent s'en tenir là et ne pas s'embarrasser de considérations scieutiliques. D'ailleurs les grammaires savantes ellesmêmes ne donnent sur ce point que des indications très incomplètes. M. Weise le déplore. « Je ne puis comprendre, dit-il dans sa préface, pourquoi on ne renoncerait pas enfin à ce jargon des exercices purement mnémoniques dans l'enseignement des langues, pour lui substituer, surtout dans les hautes classes, une méthode qui incite et force les élèves à mieux approfondir et à réfléchir davantage. » Je ne partage pas l'avis de M. Weise sur ce point et je pense quil ne faut pas compliquer nos méthodes d'enseignement des langues, sous prétexte de les rendre plus rationnelles et plus scientifiques. Que par quelque considération le maître éveille la curiosité philosophique de ses élèves et leur fasse

entrevoir quelque chose de la psychologie d'une langue et de la physionomie du vocabulaire, je le veux bien ; mais satisfaire cette curiosité, les maîtres ni les élèves n'eu ont le temps, et cette tâche vraiment intéressante, seule intéressante, doit être réservée pour des études ultérieures.

Ce n'est donc pas dans la grammaire et avec elle, mais à côté et au-dessus d'elle, que cette enquête psychologique sur le caractère d'une lauguc doit être tentée.

Cette réserve faite, l'essai de M. Weise est, je le répète, uue excellente et intéressaute contribution à la connaissance raisonnée de la langue latine par une heureuse application de la méthode historique et philosophique recommandée par lui. Ceux qui sont appelés à compléter dans les universités leurs études classiques et à examiner de plus près et pour ainsi dire par le dedans le fonctionnement et la vie de la langue parlée par le jjIus grand peuple de l'antiquité trouveront dans notre opuscule un guide précieux, intéressant et bien informé. Et c'est pour le mettre à la portée de nos étudiants que j'en ai entrepris la traduction libre, avec les additions et

les retranchements que comportent le sujet et les lecteurs.

Voici la division du livre d'après l'auteur. Il comprend quatre chapitres : 1° Influence du caractère d'un peuple sur sa langue; 2° Influence du développement intellectuel et moral aux diff"éreutes époques sur le progrès du style; 3° Particularités de la langue poétique ; 4° Particularités de la langue populaire. « On a renoncé, dit M. Weise, à exposer en particulier les caractères de la prose classique, parce qu'on s'y réfère plus ou moins, dans tous les chapitres et surtout dans les deux derniers, où sont exposés eu détail les traits qui la distinguent de la langue poétique et de la langue populaire. »

L'auteur, pour faire mieux comprendre les lois du langage exposées ])ar lui. a mis en regard les phénomènes correspondants en allemand et en grec. Il va sans dire que j'ai cherché autant que possible à prendre les exemples parallèlesdans notre langue française, tout eu conservant un certain nombre de références à l'allemand, pour ceux qui ont quelque connaissance de cette langue.

Ces observations sur les caractères de la langue latine seront un complément très utile à la Stylistique latine de Berger, dont il existe une traduction française dans la même collection Klincksieck, et que beaucoup de nos étudiants ont entre les mains.

F, Antoine.

Toulouse, le l^-" Avril 1896.

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