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PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION

Je réimprime ce volume à peu près tel qu'il a paru il y a quelques années. Epuisé bientôt après son apparition, il avait reçu du public un accueil que je ne pouvais espérer meilleur. La question que j'y traite est d'ailleurs intéressante à plus d'un titre, et, dans ces derniers temps, elle a beaucoup occupé les psychologues. M. Azam, M. Bernard Pérez, M. Ribot l'avaient abordée avant moi, et le livre de M. Fouillée, celui de M. Malapert, d'autres encore ont suivi le mien. Malgré tout il me semble que ma conception du sujet demeure encore neuve et personnelle. Gomme plusieurs objections, dont quelques-unes seraient graves si elles étaient fondées, m'ont été adressées pardiverscritiques, je voudrais ici répondre aux principales d'entreelles et dissiper aussiquelques malentendus. Cela me sera une occasion de préciser, d'approfondir ou d'indiquer quelques points importants de la théorie.

iMon but était, en appliquant à la psychologie concrète les grandes lois que m'avait données l'étude de la psychologie générale, d'étudier les éléments du caractère, leurs formes diverses, leur évolution, et d'établir une classification des types permettant, par l'analyse des individus de rattacher ceux-ci aux divers échelons des séries ainsi formées. Pour des raisons que je tâcherai tout à l'heure de rendre plus claires, toute classification synthétique complète me paraissait et me paraît toujours inadmissible. Et je rencontrais dans le caractère deux principaux éléments, l'un concret, l'autre abstrait. L'élément concret, ce sont Paulhan. — Lc3 Caractères. a

Il LES CARACTERES

nos tendances mêmes, nos passions, nos désirs : l'amour du bien ou la gourmandise, l'ambilion ou la méchanceté, etc., qui produisent par leur prédominance des types comme ceux du sensuel, de Tambiticux, du méchant. L'élément abstrait, ce sont les lois selon lesquelles ces tendances sont, dans un même individu, reliées les unes aux autres, se combattant, se remplaçant sans se heurter et dominant l'esprit tour à tour ou bien encore s'associant harmoniquement. Ces diverses formes de caractère nous donnaient des types comme les équilibrés ou les incohérents, les maîtres d'eux-mêmes ou les impulsifs. Enfin, et tout en compliquant un peu ces deux groupes, je déclarais qu'il ne me semblait pas possible de former des groupes réguliers de types, capables de servir de base à une classification synthétique des caractères par la coordination constante d'une qualité d'un de ces groupes avec une qualité de l'autre, qu'on pouvait par exemple être unifié par l'ambition ou parla gourmandise, impulsif dans la cruauté comme dans la bienveillance. Tout en reconnaissant que dans chaque individu il y avait des relations étroites entre divers éléments du caractère, et qu'une dépendance plus ou moins étroite les reliait les uns aux autres, je n'ai pas trouvé que ces corrélations prissent des formes régulières dans l'ensemble de l'humanité, ni cru qu'elles aient donné naissance à des formes complexes et constantes formant autant de familles ou d'espèces psychologiques comparables aux difi'érentes espèces animales.

J'arrivais ainsi àproposer une série classifîée de types abstraits échelonnés, d'une part, de la systématisation parfaite à la complète incohérence et, d'autre part, de la prédominance des tendances les plus étroites et les plus spéciales, des tendances vitales et égoïstes, aux tendances les plus désintéressées, les plus générales, ou les plus abstraites. La science du caractère était ainsi rattachée aux lois de la psychologie générale telles que j'avais tâché de les établir dans un autre ouvrage, et, en même temps, elle était mise étroitement en rapport avec une doctrine morale que j'ai ébauchée dans quelques études et qu'elle contribuait à préparer. Car il se trouvait que la classification psychologique que j'indiquais pouvait être également une

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