PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION III
classification morale. J'indiquais, sans y insister, ce côté de la (juestion.
Sur ces divers points qui sont essentiels, j'ai des observations à présenter, des réponses à soumettre à mes lecteurs et aux critiques qui ont discuté ma conception.
§ 1. — Je m'occuperai d'abord des deux grandes séries de traitsqui m'ont paru, par leur combinaison, constituer le caractère. Y a-t-il autre chose dans la personnalité que les tendances et les lois dont j'ai parlé ? Je ne le pense pas. Mais M. Fouillée, dans une étude où il me témoigne d'ailleurs à plusieurs reprises une bienveillance dont je lui suis très reconnaissant, m'a critiqué à ce sujet. « Entre les formes générales de l'association systématique, dit-il, et les objets particuliers des tendances ou des passions il nous semble qu'il doit exister un intermédiaire, et cet intermédiaire, c'est précisément le caractère même, c'est-à-dire la nature propre de la sensibilité, de la volonté, de l'intelligence ainsi que de leur relation mutuelle. L'application à tels ou tels « objets » est ultérieure et dérivée; ce qui est primordial, c'est le mode individuel de développement et de fonctionnement du processus psychique, sentir, penser, vouloir. Chacun de nous a préalablement une organisation subjective, cérébrale et mentale, dont nos tendances, ambition, amour, sensualité, passion du beau, passion du vrai, etc., ne sont, comme on l'a vu, que des déterminations objectives, et, pour ainsi dire, des emplois. Ce n'est donc pas la passion dominante qui fait le caractère, c'est la prédominance de la sensibilité, ou de l'intelligence, ou de la volonté, puis de telle sensibilité, de tel mode d'intelligence, etc. » Et M. Fouillée estime que l'on peut étudier, comme je l'ai fait, les formes de l'association et les tendances qui constituent la personnalité « sans que lejond même de la vie intérieure soit abordé ».
(1) Fouillée. Tempérament et caractère seton les individus, les sexes et les races. Paris, Félix Alcaa.
Pour que celte objection parût fondée, il faudrait qu'on pu me montrer des formes de caractère qui ne rentreraient pas dans ma classification. Si ma méthode permet d'analyser et de classer toutes les formes de caractère que d'autres procédés peuvent faire reconnaître, l'objection tombe. Et si elle permet de les analyser avec plus de précision, d'en distinguer et d'en classer un plus grand nombre, il en faudra conclure qu'elle est moins imparfaite et moins incomplète que celles qu'on lui oppose.
Les trois grandes classes de caractères que reconnaît M. Fouillée sontles sensitifs, les intellectuels et les volontaires. Certes, ce sont là des types réels et importants, un système de classification qui ne permettrait pas de les reconnaître serait trop défectueux. Mais le mien n'est pas dans ce cas. Les sensitifs, par exemple, sont, d'après M. Fouillée, « ceux dont le système nerveux et surtout cérébral, est primitivement constitué de manière à « jouer » presque tout seul, avec une intensité souvent disproportionnée aux excitations extérieures...; il y a des systèmes nerveux et des cerveaux qui s'énervent pour la moindre cause, et dont les retentissements dépassent la mesure ordinaire ». Le caractère sensitif ainsi compris trouve paifaiLement sa place parmi ceux que j'ai classés. Il se rattache à ce que j'ai appelé les qualités des systèmes psychiques, et se range dans la même série que la lenteur ou la vivacité, la richesse ou la pauvreté des tendances, etc. C'est une des formes que prend, chezdivers individus, l'activité des sentiments.
Seulement, si au lieu de mettre les sensitifs à leur rang dans la série des types, on veut en faire une des plus grandes classes de caractères et qu'on les prenne en bloc sans autre considération, on arrive, il me semble, à une détermination trop incomplète.
Ce n*est vraiment pas assez caractériser un homme que de dire de lui qu'il est un sensitif. On est conduit, par là, à ranger dans une même catégorie des esprits beaucoup trop difl'érenls pour qu'il y ait intérêt à les unir aussi étroitement. Il faut sans doute tenir compte de ce qu'ils peuvent avoir de semblable, et c'est ce que nous ferons en relevant chez chacun d'** *^e eux la