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ÉTUDE D UN CARACTÈRE. — GUSTAVE F LAUHEUT

derniers temps de sa vie, toute discussion littéraire avec lui devenait à peu près impossible. « Il ne discutait pas posément, en homme qui a des arguments à faire valoir...; il procédait par affirmations violentes et perdait presque aussitôt la tète, si l'on ne pliait pas devant lui. Alors, dit M. Zola, pour lui éviter un chagrin, pour ne pas lui faire courir le risque d'un coup de sang, nous disions comme lui ou bien nous gardions le silence. Il était absolument inutile de vouloir le convaincre. » A la force et à la persistance de ses tendances comme à leur manque de souplesse, il faut rattacher encore certains traits du caractère de Flaubert, sa franchise, qui fut très grande dès son enfance, et le sérieuxde ses sentiments. Il n'hésitait pas à louer hautement Victor Hugo à Compiègne, au cercle particulier de l'impératrice. Il n'avait rien de léger, d'insouciant, de brillamment sceptique. Même il resta toujours naïf et crédule, «gobeur». Déjà dans sa première enfance, à six ans, pour se débarrasser de lui, un vieux domestique l'envoyait au jardin « voir s'il y était ». Le petit Gustave y allait et Flaubert paraît avoir gardé toute sa vie quelque chose de cette disposition.

Voilà l'unifié par l'amour de l'art. Si nous en restions là nous n'aurions de Flaubert qu'une idée bien incomplète. Nous avons pu déjà remarquer en lui des phénomènes de contraste. Ils sont très fréquents et prennentparfois une importance considérable. Les plus simples s'expliquent aisément. Ce célibataire endurci éprouva, dit-on, des regrets à la fin de sa vie ; cela est naturel et il n'en faut pas conclure grand'chose, pas plus que de ses désirs passagers d'exercice physique, a L'inaction musculaire où je suis, écrivait-il, me pousse à des besoins d'action furibonde. » Ce sont de ces réactions fréquentes chez les exagérés et qui ne tirent pas à conséquence. D'autre part, ce solitaire par goût et par principe qui méprisait le monde, se croyait obligé à des visites, s'habillait solennellement, « et quand il s'était habillé, cravaté et ganté de blanc, il se posait devant vous avec son « Voilà! mon bon » accoutumé, où il entrait un peu de joie

enfantine d'un simple romancier qui va chez les grands ». (Zola.)

Cet artiste, ennemi de la société, croyait à la hiérarchie sociale : « une princesse, un ministre sortaient à ses yeux du commun » ; ce pessimiste était un naïf. 11 parlait de pendre tous les journalistes et s'attendrissait de l'article que lui consacrait le moindre d'entre eux. Il dédaignait les critiques mais répétait dix ans après, toujours touché, ou frémissant encore, des phrases d'éloge ou de blâme adressées à ses œuvres. Il se plaisait à répéter que « la femme esfe la désolation du juste », et il avait pour elle une amitié attendrie. De même, tout en vivant très simplement il aimait « le grand luxe, l'élégance somptueuse et l'apparat ». (G. de Maupassant.)

C'est que tous les goûts innés, toutes les tendances dont Flaubert apporta les germes en naissant n'étaient pas étouffés par l'amour de l'art. Dans cette nature vive et puissante ils étaient restés, se satisfaisant comme ils pouvaient, profitant de la lassitude causée par la continuelle tension de Tesprit, et surtout se combinant de leur mieux avec la tendance principale ; ils parvenaient à s'arranger avec elle, alors même qu'au fond ils la contrariaient. Cette manifestation de l'unité générale jusque dans les phénomènes les plus marqués du contraste est très curieuse et très caractéristique chez Flaubert. D'ailleurs cette unité avait des périodes de relâchement; si à de certains moments le besoin d'un exercice musculaire excessif le prenait, il éprouvait aussi, inversement, le dégoût de la littérature Alors, il criait, s'indignait et blasphémait son dieu. Il écrit à Feydau : « Oui, la littérature m'embête au suprême degré !... Je suis abruti d'art et d'esthétique et il m'est impossible de vivre un jour sans quitter cette incurable plaie qui me ronge. » Mais après avoir subi « les affres du style » il retournait au travail et ses révoltes ne furent jamais longues ni graves.

Ce qu'il faut bien remarquer c'est que la disposition au contraste était en lui très développée. Il en est généralement ainsi chez les nerveux et les sensibles en qui un sentiment est assez aisément remplacé par un sentiment contraire, et qui, alors même qu'ils résistent à ce dernier, ne peuvent s'empêcher d'en

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être obsédés. La maladie de Flaubert dut aussi exagérer chez lui cette disposition. Voici quelques faits. Il écrit à M"'*' X... : « Mais me comprendras-tu jusqu'au bout, supporteras-tu le poids de mon ennui, mes manies, mes caprices, mes abattements et mes retours emportés? Tu me dis, par exemple, de t'écrire tous les jours, et si je ne le fais, tu vas m'accuser. — Eh bien, l'idée que tu veux une lettre chaque matin m'empêchera de le faire. » A la même : « Gomment se fait-il que tu me reproches cette phrase : « Je voudrais ne t'avoir jamais « connue! » Je n'en sais pas de plus tendre. Veux-tu que je te dise celle que j'y mettrais en parallèle? C'en est une que j'ai poussée la veille de la mort de ma sœur, partie comme un cri et qui a révolté tout le monde. On parlait de ma mère : « Si « elle pouvait mourir ! » A ce qu'il parait, tout cela n'est pas de mode et paraît drôle ou cruel. » 11 y aurait à discuter sur ce dernier fait ; je crois qu'au fond il y a bien une ou plusieurs associations par contraste. Dans le désert de Qôseir, il est obligé, avec son ami M. Du Camp, de rester soixante-dix heures sans boire. Il est obsédé par le souvenir des glaces de Tortoni, se plaît à en détailler les agréments et s'obstine à exaspérer son compagnon. Après la mort de Bouilhet, son ami intime, il écrit : « Croirais-tu qu'en suivant son cercueil je savourais très nettement le grotesque de la cérémonie ; j'entendais les remarques qu'il me faisait là-dessus, il me parlait en moi, il me semblait qu'il était là^ à mes côtés, et que nous suivions le convoi d'un autre. » Pendant toute sa vie il a aspiré à une existence dilTérente de celle qu'il menait, à des vo}^ages en des pays étrangers etpittoresques. Il garda longtemps la vision de l'Orient ; en revanche, pendant son voyage en Egypte et en Syrie, il regrettait la Seine et la Normandie et se laissait obséder par l'idée du loyer maternel.

Cette fréquence de l'association par contraste, quand elle coexiste avec un esprit de littérateur ou de philosophe, conduit facilement à l'usage habituel de l'analyse et, lorsqu'on a des raisons de soutfrir, à l'amertume, à l'impuissance de goûter le bonheur. Ce fut le cas de Flaubert qui, lorsqu'il ne se laissait pas aller à l'impétuosité de ses sentiments, paraît avoir très sia-

cèrement souffert. « La déplorable manie de l'analyse m'obsède, écrivait-il... Je ne suis pas fait pour joui?'; il ne faut pas prendre cette phrase dans un sens terre à terre, mais en sentir l'intensité métaphysique. » Sa nièce confirme cette opinion : « 11 y avait, dit-elle, dans la nature de Gustave Flaubert une sorte d'impossibilité au bonheur. »

De là à aimer le malheur, il n'y a pas très loin ; la douleur plaît comme sujet d'observation, et aussi parce qu'elle développe ce qu'il y a de bon et de fort en nous, parce qu'on prend plaisir au mécanisme psychique qui la produit s'il devient habituel, par amour de la singularité, parce qu'on trouve dans la douleur une confirmation de ses opinions sur le monde ou sur l'homme, enfin et surtout peut-être parce que l'habitude du contraste en a fait un besoin, « Il arrive un moment, dit Flaubert, où Von a besoin de se faire souffrir, de haïr sa chair, de lui jeter de la boue au visage tant elle nous semble hideuse. » Il écrit à Bouilhet : « Tu me dis que les punaises de Kouchouk-Hanem te la dégradent; c'est là, moi, ce qui m'enchantait. Leur odeur nauséabonde se mêlait au parfum de sa peau ruisselante de santal. Je veux qu'il y ait une amertume à tout, un éternel coup de sifflet au milieu de nos triomphes et que la désolation même soit dans l'enthousiasme. »

Tout cela n'empêchait point une bonne et grosse gaîté. Nous avons vu que chez Flaubert les goûts disciplinés tant bien que mal n'étaient point anéantis, il y a de l'impulsif chez lui, la force de ses sentiments brise le cadre des idées générales. 11 était exubérant, débordant, et cela est incompatible avec une mélancolie continue.

Que l'on tienne compte maintenant de l'intensité de sa dévotion esthétique, de son besoin de contraste, de l'exubérance de sa natuie, de son ardeur, d'un certain défaut naturel, d'une forme de la délicatesse des goûts, de sa maladie nerveuse, peutêtre, qui pouvait bien affaiblir la coordination générale de la personnalité, de cette naïveté d'enfant qui persistait en lui, on comprendra mieux les dernières formes du contraste qu'il nous reste àexaminerchezluiet qui sont très caractéristiques. Je veux parler de l'amour de labêtise, du vice, et peut-être de l'horrible.

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Nous y verrons en même temps la force de la tendance dominante, le sens esthétique qui profite ou tâche de profiter de ce qui lui est le plus opposé, et des tendances secondaires : les goûts d'observer et d'imaginer qui se satisfont à leur aise et suppléent parfois à la réalité même.

Flaubert avait naturellement la plaisanterie assez grosse, il émaille de calembours très vulgaires ses lettres à sa sœur, il signe unelettre à Bouilhet : Guslavus Flauberlusbourgeoisophobus, il dépense cent francs pour faire monter un mouton phénomène dans la chambre d'un ami malade et surpris. Il s'amuse, pour rendre les mots plus significatifs, à en altérer l'orthographe, surtout à grand renfort d'A, il écrit hénaurme et hhhindigné. Tout cela est assez innocent, et ce n'est que le commencement, et comme la base naturelle du goût de Flaubert, une sorte de récréation inoffensive. Mais il en vient à cultiver la farce et la bêlise, il collectionne d'immenses quantités de documents sur l'ineptie naturelle à l'homme, il se réjouit toutes les fois qu'il peut mettre la main sur une ânerie (( colossale ». « Sa stupidité m'attire, » fait-il dire à saint Antoine devant le catoblépas. Lui, il fut fasciné et passa une partie de son existence à poursuivre ce gibier qui n'est pas très rare. En Egypte il allait fréquemment rendre visite à un Français dont le seul mérite était de lire à haute voix des vers ridicules, et, lorsque M. Du Camp mit fin à ce divertissement, il se fâcha, lui reprocha de ne pas comprendre la grandeur du comique. Étant jeune, il avait, avec ses amis, inventé un personnage, le Garçon, auquel on prêtait les énormités les plus outrées. Plus tard Homais, puis quelques personnages de l'Education sentimentale et de Bouvard et Pécuchet^ lui rendirent des services analogues. Ce dernier roman devait se terminer par une sorte de recueilde bêtises, d'inepties etdeplatitudes échappées à des écrivains connus ou célèbres. Les notes de Flaubert auraient pu former trois volumes. Il aimait ainsi la bêtise humaine et la vulgarité autant qu'il les haïssait. Il en était exaspéré, elles l'ont blessé, dit Guy de Maupassant, « comme blessent les grands malheurs intimes et secrets », mais il en a joui peut-être aussi fortement. Et, bien que ce plaisir allât directe-

ment contre son sens artistique, il résultait de plusieurs causes assez nettes. Je pense que Flaubert se plaisait à la bêtise, d'abord parce qu'elle flattait un certain goût pour la vulgarité dont il ne se débarrassa jamais complètement, et puis parce qu'il avait plaisir à se sentir supérieur à d'autres et à lui-même, sans doute aussi parce que les platitudes réveillaient et excitaient son amour du beau. Tout cela s'amalgamait en lui et les contraires s'y harmonisaient plus ou moins.

Il aima le vice. Ici encore il faut voir, si nous croyons ce qu'il en dit, la revanche de la nature opprimée, avec l'exercice d'une bonhomie naturelle et la maniCestation de son indifl'érence esthétique pour bien des choses. « Je suis né, écrivait-il, avec un tas de vices qui n'ont jamais mis le nez à la fenêtre. J'aime le vin, je ne bois pas. Je suis joueur et n'ai jamais touché une carte. La débauche me plaît, et je vis comme un moine. » Il avait dompté tous ces goûts, mais de temps en temps on les voyait reparaître ; l'observateur, l'imaginatif en profitaient et l'artiste aussi, de son mieux. Peut-être ce qui a pu en passer dans ses livres explique-t-il, dans une certaine mesure, le reproche d'immoralité qu'on lui prodigua d'ailleurs avec inintelligence. « Je sais peu d'hommes moins « vicieux » que moi, écrivait-il à George Sand, j'ai beaucoup rêvé et bien peu exécuté. » Son goût pour le vice resta donc « platonique », mais il fut très réel. «Mon pauvre Bouilhet me disait souvent : « Il n'y a pas d'homme plus moral ni qui aime l'immoralité « plus que toi. Une sottise te réjouit. » Il y a du vrai là-dedans. Est-ce un efl'et de mon orgueil? ou par une certaine perversité? » Les deux à la fois, probablement, et cette perversité même était le produit de l'association de deux tendances opposées et du besoin général de contraste. M™® Commanville constate aussi son « bonheur » à « découvrir les turpitudes humaines, là surtout où régnaient les dehors de la vertu. » (Encore un plaisir de contraste.) Lui-même écrit : « C'est peut-être un goût pervers, mais j'aime la prostitution, et pour elle-même, indépendamment de ce qu'il y a dessous. » Et il ajoute, montrant toujours l'intervention de son tempérament d'artiste : « Il se trouve en cette idée de la prostitution un point d'inter-

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section si complexe ! Luxure, amertume, néant des rapports humains, frénésie du muscle et sonnement d'or, qu'en y regardant au fond, le vertige vient, et on apprend là tant de choses! Et on est si triste! Et on rêve si bien d'amour. )> Si je ne me trompe, la disposition aux associations des contraires et la passion du contraste qui en résulte éclatent là presque à chaque mot. Un autre passage, bien suggestif, nous renseigne encore : « La folie et la luxure sont deux choses que j'ai tellement sondées, où j'ai si bien marqué ma volonté, que je ne serai jamais (je l'espère) ni un aliéné ni un de Sade. Mais il m'en a cui, par exemple. Ma maladie de nerfs a été l'écume de ces petites facéties intellectuelles. »

A cet amour platonique du vice, faut-il joindre un amour platonique de la cruauté? Sainte-Beuve, dans ses articles sur Salammbô, fit entrevoir qu'il s'y pouvait bien rencontrera une pointe d'imagination sadique ». Flaubert se récria, et, je le crois, sincèrement. Mais Sainte-Beuve n'avait peut-être pas absolument tort, et il peut bien s'être glissé dans Flaubert un certain plaisir à imaginer l'horrible comme il s'y étalait un plaisir à imaginer l'ignoble et le bas. « Flaubert, dit le Journal des Goncourt, une intelligence hantée par de Sade auquel il revient comme à un mystère et à une turpitude qui l'affriolent, et gourmand de la turpitude, et la collectionnant, et heureux, selon son expression, de voir un vidangeur manger ce qu'il transporte, et s'écriant, toujours à propos de M. de Sade : « C'est la bêtise la plus amusante que j'ai rencontrée. » Peut-être s'agit-il surtout du côté vicieux du sadisme ; il y aurait à discuter. Voici en tout cas ce que Flaubert écrivait à propos de cette même Salammbô qui lui valut la remarque de Sainte-Beuve. Il ne faut pas trop conclure d'une lettre faite sur un ton dégagé, mais la plaisanterie et le jeu ont leur signification : « J'ai vingt mille hommes qui viennent de crever et se manger réciproquement les entrailles. J'ai là, je crois, des détails coquets, et j'espère soulever de dégoût le cœur des honnêtes gens. Monseigneur m'a fait faire pas mal de changements et de corrections à mon siège et à ma brûlade (j'ai r' ajouté des supplices)... » Quoi qu'il en soit d'ailleurs de ce goût de l'horrible qui pour- Paulhan. — Les Caractères. IG

rait bien tenir à son désir de surprendre et de choquer les bourgeois, il ne paraît pas s'êlre jamais développé avec l'ampleur de son amour pour labélise.

Ainsi l'unité d'abord, runificalion du caraclère et de la vie par le sens artistique et spécialement l'amour de la littérature, le goût de l'érudition, le besoin d'imaginer et d'obseiver, — puis des qualités de bourgeois rangé et méthodique, l'ampleur, la force, la vivacité des passions, leur ténacité et leur raideur, l'exubérance, la gaîté, la franchise, l'expansion qui en résultent naturellement, — puis, par suite du froissement des tendances dominantes, de l'excessive sensibilité et de la maladie, la misanthropie, le pessimis(ne, Ihorreur de la société, le sens et le goût du néant, l'indignation persistante, — enfin la disposition à l'inversion psychique, au contraste, et, par le retour des tendances primitives comprimées par la passion dominante, résistantes elles aussi et plus robustes que délicates, assez nombreuses et favorisées peut être indirectementpar le mauvais état du système nerveux, la fascination de ce qu'il hait le plus : la bêtise et la laideur morale, le goût du bas, du vicieux et peut-être de l'horrible, voilà ce que nous voyons en Flaubert. Il fut un unilié et un artiste avec un tempérament de contraste et de lutte, avec une nature un peu grosse, quoique très sensible, mais assez complexe, très forte, très vivante, dont les divers éléments, trop vivaces et que la maladie relâcha sans doute un peu, ne pouvaient s'harmoniser complètement, malgré l'empire pris par l'un d'entre eux, qui savait d'ailleurs tirer proiit des révoltes mêmes des autres.

J'ai tâché, dans les pages qui précèdent, d'appliquer à la psychologie concrète les grandes lois qui m'avaient paru exprime^ le lonotionnement abstrait de l'espiit. Toutes les lormes, tous les traits du caractère ont été ainsi ramenés à n'être que des formes particulières de l'association systématique. Les qualités générales du caractère, son allure propre ne proviennerit que de la perfectioa relative de cette association et de l'aspect que

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prennent coiielalivement les manifestations de l'autre grande loi de l'esprit, l'inhibition systématique, ainsi que les associations par contraste ou par contiguïté et ressemblance. Le fond même du caractère, c'est-à-dire les tendances particulières concrètes qui composent la personnalité, se ramène à des systèmes d'éléments psychiques gnmpés autour d'un élément prédominant. La différence de ces éléments prédominants produit la diversité des tendances, comme la dilVéïence des formes d'association produit les dilTérences de leur allure et de l'aspect général de la personnalité.

Nos grandes lois de l'esprit nous ont donc servi à établir la psychologie générale concrète et la déleiminalion des types, comme elles nous avaient permis d'exprimer la psychologie générale abstraite et le fonctionnement, la vie de l'esprit. Ce n'est pas tout ce que nous avons à attendre d'elles. Comme elles nous font comprendre l'esprit et connaître et classer ses dilTérentes formes, elles peuvent également nous servir à le juger. Prenons la classification des types telle qu'elle a été établie ici, rangeons les différents lypes d'après l'ordre de décroissance de perfection, d'ampleur, de pureté, de force et de souplesse de l'association systématique pour la première série de nos types, et pour la seconde d'après l'ordre de décroissance de l'importance de l'élément dominateur, — et cette importance se mesure précisément à l'ampleur de la systématisation qu'il suppose établie et qu'il contribue à établir entre l'individu, la société et l'univers, entre l'individu et la société, enfin dans l'individu même. Cette série ainsi dressée n'est pas une série de types rangés, classés selon un ordre psychologique plus ou moins arbitraire, elle est une série de types moraux où la valeur morale va décroissant, de sorte que les premiers sont le plus voisins de la perfection et les derniers à l'extrême opposé. Toutes choses égales d'ailleurs, ainsi, l'équilibré, l'uniiié, le maître de soi, sont supérieurs au type de lutte, au type de contraste, supérieurs eux-mên)es aux incohérents; de même le glouton est, toutes choses égales d'ailleurs, inférieur au gourmand, qui est inférieur à l'intellectuel, inférieur lui-même à celui chez qui domineront les passions sociales ou philoso-

phiqiies désintéressées, ainsi régoïsme est inférieur à l'altruisme et celui-ci au dévouement aux choses abstraites. Je n'ai pas eu à développer cette manière de voir, je la signale seulement ici parce qu'il importe d'indiquer la portée des idées générales sur lesquelles cette étude est fondée. Gomme elles ont été mon guide dans la psychologie abstraite d'abord, dans la psychologie concrète ensuite, elles peuvent, je crois, nous aider dans l'examen et dans la discussion des problèmes de la morale.

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