‹ Les caravanes de ScaramoucheChapitre 2 sur 10 · II · texte numérisé non relu

II

brcic, dans la rue des Jardins-Saint-Paul, où Rabelais est mort, où Molière demeurait, quand il était acteur et directeur de la Troupe de /'Illustre Théâtre, qu'il avait transféré du jeu de paume des fossés de Nesle (actuellement rue Ma^arine et passage du Pont-Neuf) au jeu de paume du port Saint-Paul, vis-à-vis du couvent de V Ave-Maria. En retrouvant Scaramouche, dans cette même rue que Molière et Madeleine Béjart habitaient en 1645, je me suis aisément persuadé qu'il n'avait pas changé de quartier depuis 233 ans et quil était descendu, le matin mcme, d'une des maisons voisines, où il restait en gage, après le départ de Molière, quis'en'était allé, un beau matin, sans payer ses dettes, pour ramener son Illustre Théâtre au faubourg Saint- Germain, dans le jeu de paume de la Croix- Blanche, à Ventrée de la rue de Bucy.

Ce vieux portrait, en effet, n'a jamais été rentoilé, quoiqu'un de ses derniers propriétaires ait remplacé, par un châssis neuf en bois

IV Lettre

blanc, l'ancien châssis vermoulu : sauf deux ou trois repeints d'autrefois, qui recouvrent des trous dans la toile, la peinture est absolument, intacte, grâce aux nombreux vernis qui l'ont sauvegardée, en la laissant se convertir en cet émail indestructible, que l' esprit-de-vin pur n'amollirait pas, à force de lavage. Cette peinture, qui porte avec elle sa date incontestable, accuse le pinceau énergique d'un bon peintre naturaliste, sincèrement préoccupé de reproduire son modèle tel qu'il le voyait debout devant lui, sans aucun accessoire, sur un fond nu et noirâtre, où se dessine la silhouette du personnage, entièrement vêtu de noir, de la tête aux pieds, en sorte que la figure et les mains se détachent seules en couleur de chair, la boucle de la ceinture et la garde de l'épée en reflets lumineux, et le sol en brun clair, un plancher de théâtre, sur lequel se profile l'ombre des jambes de l'ac ■ leur, comme si la scène était faiblement éclairée en avant par quelque^ chandelles fu-

à Emmanuel Gonialî::s.

mcascs. L'expression de la tèle est cxcellenie, fine, malicieuse et narquoise ; les mains sont très belles, et la droite indique avec esprit un des gestes de la mimique napolitaine. Ce tableau mesure environ quatre pieds et demi de hauteur, sur trois de largeur. On pourrait presque assurer qu'il avait été peint exprès pour servir d'appel au public, à la porte du théâtre, où se faisaient les annonces plus ou moins séduisantes de chaque spectacle du jour et du lendemain.

La plupart des portraits gravés de Scaramouche ont été copiés ou inspirés par cette peinture. Il faut citer d'abord le petit portrait en pied, gravé par N. Bonnart, qui se trouve en tète de la Vie de Scaramouche, publiée en 1695. Il existe un autre petit portrait en buste (Henri Gissey del.-N... se), in-folio oblong, exécuté pour une Thèse qui fut dédiée à l'illustre bouffon italien. Un ancien portrait, in-4°, sans nom d'auteur, a été gravé, de nouveau, par Habert, en ijoo. Le portrait.

VI Lettre

grave par PcuUain, d'aprcs Gillot, est le plus agréable de tous et sans doute le moins ressemblant.

Enfin il y a un très bon portrait, analogue à celui du tableau, dans le rarissime Almanach de 1689, que possède seule la Bibliothèque de la Ville et qui mérite d'être décrit avec d'autant plus de soin, qu'il offre les portraits de tous les acteurs de la Troupe Italienne, contemporaine de Scaramouche.

La pièce a 89 centimètres de haut et y^ de large. On lit ce titre sur le manteau d'Arlequin : La. Troupe royale des Comédiens Italiens représentant sur le théâtre de THôtel de Bourgogne,

On voit, en effet, tous les Comédiens rangés sur la scène du théâtre, éclairée par dou^e lustres, garnis de dou:{e chandelles chacun. Au-dessus de l' avant-scène, les armes de France soutenues par deux Renommées, et la devise de la Comédie : Castigat ridendo mores.

à Einnutiutcl Coi^alcs.

DJsor d'archi'.cciurc : l?.:rL-: poiie du fond, en arcade, ouvrant sur un jardin, on aperçoit la statue d'Arlequin sur son piédestal et la veuve de ce célùbrc comédien (Domenico) pleurant auprès de la statue.

Les Comédiens qui occupent la scène sont dans l'ordre suivant : au milieu, Me\:{etin, à demi habillé; à gauche, Colombine qui lui présente sa veste, son niasquc et sa batte; le 'Docteur, Isabelle, Aurélia; à droite, Pasquaricl, Scaramouchc, Pierrot, M. Fréquet le père; tous ces noms sont écrits, au-dessus des personnages.

Au second plan, six acteurs secondaires, non désignés par leurs noms; mais on reconnaît parmi eux Polichinelle, le Capiian, la Duès:ne, Pantalon, etc.

En encadrement dans des médaillons et des cartouches ornés d'attributs, quatre scènes du Marchand dupé, qui était la pièce d'inauguration du Théâtre Italien, reconstitué à l'Hôtel de Bourgogne.

viii Lcllre

Celle eslampe, 1res largemenl burinée, ne porte aucune signature de dessinateur ou de graveur. Au bas de l'Almanach, on lit l'adresse de l'éditeur :

A Paris, chez Pierre Baudry, rue Saint- Jacques, au coin de !a rue de la Parcheminerie. — A saint François-de-Sales.

Vous ave\ certainement , mon cher ami, pris pour base documentaire de votre création la Vie de Scaramouche, ^iir le sieur Angelo Constantini, comédien ordinaire du roi, dans sa Troupe italienne, sous le nom de Me\\etin. La première édition de ce petit livre est celle de Paris, Claude Barbin, 1695, m- 12 de 14/. préliminaires et 246 pages, avec portrait. Le privilège en date du 7 janvier 1695 nous apprend que l'ouvrage devait d'abord être intitulé : La naissance, la vie et la mort de Scaramouche. Le livre est dédié à son A. R. Madame [la duchesse d'Orléans), et la dédicace est suivie de vers récités par l'auteur, en lui présentant cette histoire. Mc^:{etin n'en

était pas l'auteur vcritahlc, car il ne savait pas écrire en français, et l'on peut affirmer qu'il n'a inspiré et dirigé cet ouvrage rempli de tours de gibecière et de grossières bouffonneries, que pour donner satisfaction à un sentiment de basse jalousie contre son ancien camarade. Evarisle Gherardi , qui fut aussi le camarade et l'ami de Scaramouche, ne se méprend pas sur la méchante intention de Me:{\etin : « J'excuse cependant, dit-il dans /'Avertissement de son Théâtre Italien {édition de 1 700), l'auteur de la Vie de Scaramouche, sur ce qu'il convient que son livre est détestable, mais qu'il a été oblige de le faire tel pour le conformer à la capacité de celui qui vouloit y mettre son nom. » Me^^etin, dans ce pauvre livre, n'a rien ajouté de ce qui pouvait faire honneur à Scaramouche, le comédien favori de la reine Anne d'Autriche, du cardinal Ma\arin et du roi Louis le Grand.

Voici une anecdote, racontée par Riccoboni

LcU

femme Marineile. L'acte de baptême, tiré des registres de la paroisse roj'ale de Saint-Gcrmain-VAuxerrois, nous a été heureusement conservé : « Du jeudy on\iesme jour d'aoust 1644^ fut baptisé Louis, fils de Tiberio Fiorllly, comédien de la Royne, et d'Isabelle del Campo, sa femme; le parrain maistre Claude Auvry, prcsbtre, abbé, tenant pour Monseigneur l'Éminentissime cardinal Ma^arin; la marraine, dame Marie Indret, femme d'honneur de la Royne, tenant pour Anne d'Autriche, Royne mère, régente de France. »

Enfin, sous le règne de Louis XIV, Scaramouche n'était pas seulement un des meilleurs acteurs de la Troupe Italienne de Paris; il avait, en outre, la confiance du Roi, qui l'envoyait de temps à autre recruter des sujets distingués pour entretenir ou renouveler cette Troupe incomparable. Jal a relevé, dans les États du Trésor royal, les dons d'argent que Scaramouche reçut, « en considération de ses services », de la magnificence du Roi, durant

à Emmanuel Gonial!:s.

le cours de six années seulement : en 1662, 300 livres et 430, « outre 600 que Sa Majesté lui ordonna pour forme de voyage, pour luy donner moyen de s'en retourner en Italie » ; en 1664, 400 livres, «pour le voïage qu'il devoit faire, par ordre de Sa Majesté, de la ville de Paris à Florence;)) en 1666, 1,000 livres; en 1668, 600 livres. Scaramouche, à cette époque, remplissait dans la Troupe Italienne le même emploi de confiance que Marc-Antoine Romagnesy fut chargé de remplir, après lui, en 1689, lorsqu'il allait en Italie n pour choisir les acteurs, afin de rendre complète la Troupe, et, comme il faut, pour en faire le choix, les entendre »/ selon les termes d'une lettre adressée à Colbert. Tous les historiens du Théâtre s'accordent, pour faire l'éloge du prodigieux talent mimique de Scaramouche, mais Gherardi est le seul qui nous fournisse quelques détails sur la nature et le caractère de ce talent, dans une note de son Théâtre Italien, à propos de la 7^ scène du second acte

XIV Lettre

de la comédie intitulée : Colombine avocat pour et contre : « Scaramouche, dit-il, après avoir raccommodé tout ce qu'il y a dans la chambre, prend sa guitare, s'assied sur ma fauteuil et joue, en attendant que son maître arrive. Pascariel rient tout doucement derrière lui, et par-dessus ses épaules bat la mesure, ce qui épouvante terriblement Scaramouche. En un mot, c'est ici que cet incomparable Scaramouche, qui a été l'ornement du théâtre et le modèle des plus illustres comédiens de son temps, qui avoient appris de lui cet art si difficile, et si nécessaire aux personnes de leur caractère, de remuer les passions et de les savoir bien peindre sur le visage; ccst, dis- je, oà il faisoit pâmer de rire, pendant un gros quart d'heure, dans une scène d'épouvante, où il ne proférait pas un seul mot. Il faut convenir aussi que cet excellent acteur possédait à un si haut degré de perfection ce merveilleux talent, quil touchait plus de cœurs par les seules simplicités d'une pure nature.

à Emmanuel Gonialès. xv

que n'en touchenl d'ordinaire les orateurs les plus habiles, par les charmes de la réthorique la plus persuasive. Ce qui fit dire, un jour, à un grand Prince qui le voyait jouer à Rome : Scaramuccia e dite gran cose ^^{Scaramouche ne parle point et il dit les plus belles choses du monde) »; et pour lai marquer l'estime qu'il faisoit de lui, la comédie étant finie, il le manda, et lui fit présent du carosse à six chevaux dans lequel il l'avoit envoyé quérir. Il a toujours été les délices de tous les princes qui l'ont connu, et notre invincible Monarque ne s'est jamais lassé de lui faire quelque grâce. » C'est un fait constant, que Molière prit des leçons de-Scaramouche, qui lui enseigna surtout l'art de traduire les sentiments de l'âme par l'expression de la physionomie et par la mimique du geste. Telle était, de son vivant, la tradition du Théâtre. Le Boulanger de Chalussay, dans la comédie aristophanesque d'Elomire ou les Médecins vengés, imprimée en 1670, mais non représentée, n'a pas négligé de

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rappeler celte tradilion, lorsqu'il fait dire à r operateur Bary s' adressant à l'Orviétan et à Elomire ou Molière :

....Tout notre art consiste en deux points nécessaires : Le premier, c'est d'apprendre à grimacer des mieux; L'autre, à bien débiter ces grands charmeurs des yeux, Ces f^estes contrefaits, cette grimace affreuse. Dont on/ait toujours rire une troupe nombreuse...

Par exemple, Elomire

Veut se rendre par/ait dans l'art de /aire rira : Que fait-il, le 7na!ois, dans ce hardy dessein? Che-{ le grand Scaramouche, il va, soir et matin. Là. le miroir en main, et ce grand homme en face, Il n'est contorsion, posture ny grimace Que ce grand écolier du plus grand des bouffons Ne fasse et ne refasse en cent et cent façons.

Celte séance d'Elomire che\ Scaramouche est aussi représentée dans la grapure de L. Weyer, qui ne se trouve que dans quelques rares exemplaires de la comédie de Le Boulanger de Chalussay et qui nous montre Scaramouche enseignant, une peau d'anguille à la main pour corriger les fautes de son élève, et Elomire estudiant, et cherchant à imiter

à Emmanuel Gon:{alùs. xvii

chacune des grimaces de son mailre et se regardant au miroir. Au reste, la Troupe Italienne jouait alternativement, sur le théâtre du Palais-Royal, avec la Troupe de Alolière, et celui-ci avait ainsi son modèle sous les yeux : « On peut dire de Scaraniouche, qui ne paroit plus sur le Théâtre, lit-on dan&le Menagiana, public par Baudelol, en 1693, d'apris les notes posthumes de Ménage : Homo non periit, sed periit artifex [l'homme vit ^encore, mais le grand artiste n'existe plus). C'estoit le plus parfait pantomime, quchous ayons vu de nos jours. Molière, original françois, n'a jamais perdu une représentation de cet original italien'. »

Molière ne se contentait pas d'assister aux représentations de Scaraniouche et des admirables comédiens de la Troupe Italienne. 'il vivait avec eux et il profitait de leurs conseils comme de leurs cxeniples. Palaprat, dans la préface de ses Œuvres [édition de 171 2), où il s'écrie avec douleur : « Qui nous ramènera les mer-

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veilles de Domenico (l'Arlequin) et les charmes de la nature parlant elle-même à visage découvert sous le visage de Scaramouche ï » Palaprat constate les rapports journaliers de Molière avec ces grands artistes :

« La Troupe Italienne de ce temps, dit-il, jouoit au Palais-Royal et avoit ses jours marque^ sur le même théâtre avec la Troupe de Molière. Ce grand comédien, et mille fois encore plus grand auteur, vivoit d'une étroite familiarité avec les Italiens, parce qu'ils étoient tous acteurs et fort honnêtes gens : il j'en avoit toujours deux ou trois à nos soupers. Molière en étoit souvent aussi, mais non pas aussi souvent que nous le souhaitions, et mademoiselle Molière encore moins souvent que lui; mais nous avions toujours fort régulièrement plusieurs virtuosi, et ces virtuosi étoient les gens de Paris les plus initiés dans les anciens mystères de la Comédie Françoise, les plus sçavants dans ses annales, et qui avoient fouillé le plus avant dans les archives de

à Emmanuel Gonialcs.

l'Hôtel de Bourgogne et du Marais. Ils nous entretenoient des vieux comiques, de Turlupin, Gautier-Garguille, Gor gibus, Crivello, Spinette, du Docteur, du Capitan, Jodelet, Gros René, Crispin. Ce dernier Jlorissoit plus que jamais; c'étoit le nom de théâtre ordinaire, sous lequel le fameux Poisson hrilloit tant à l'Hôtel de Bourgogne. »

Scaramouche, qui passa la plus grande partie de sa vie en France, et qui fit partie de la Comédie Italienne pendant 50 d 53 ans, fut marié plusieurs fois. La pre^iière, à Isabelle ou Elisabeth del Campo, dite Marinette, dont il eut au moins trois enfants : Carlo-Ludovico, né en Italie, l'aîné de tous; Louis, né et baptisé à Paris en 1644, le filleul de la reine Anne d'Autriche et du cardinal Ma^arin, mort à l'âge de deux ans et demi, et Silvio- Bernardo de Fiorilly, baptisé à Sainl-Eustache le 5 septembre 1666. Marinette vivait ■peut-être encore en Italie, lorsque Scaramouche fit baptiser, à Saint-Germain-V Auxcrrois,

XX Lellre

le 8 novembre 1673, un fils qu'il avait eu de damoiselle Anne Doffan, et qui fut nommé Tiberio-François ; enfin il épousa légitimement, en 1688, la damoiselle Marie Duval, dont il avait eu une fille, Anne- Elisabeth, qu'il fil baptiser, à Saint-Eustache, le 29 juillet 1681, et qu'il reconnut alors, dans l'acte baptistaire, comme née de sa femme, Marie Duval, qui n'était encore que sa maîtresse. Les Comédiens Italiens n'y regardaient pas de si près et faisaient bon marché des lois et des usages de la France. Quant à ce dernier mariage avec Marie Duval, fille d'un bourgeois de Paris, on sait qu'il ne fut pas heureux et que Scaramouche, âgé deS^ à8y ans, usa de rigueur à l'égard de son épouse volage: le 16 avril 169], // la faisait conduire au Refuge, c'est-à-dire au couvent de Saint- Lazare, par Desgrei, lieutenant de la compagnie du Guet; quatre mois après, il la faisait tranférer au couvent des religieuses de Sainte-Geneviève de Chaillot, et six semaines

à Emmanuel Gonialùs. xxi

plus tard, le 2 octobre, il l'envoyait dans les prisons du Châtelet, où elle mourut avant lui. Nous connaissons, d'après les registres de l'État Civil, quatre ou cinq des habitations de Scaramouche à Paris : en 1673, il demeurait avec Anne Do ffan, sa femme, rue de l' Arbre- Sec, sur la paroisse de Saint-Germainl'Auxerrois; eni68\, il demeurait, avec Marie Duval, qu'il reconnaissait aussi comme sa femme, au baptême de son fils Tiberio-François, rue de la Friperie, sur la paroisse de Saint-Eustache; en 1688, lors de son mariage avec Marie Duval, « en face de l'église » il demeurait rue des Deux-Portes, sur la paroisse de Saini-Sauvcur; en 1694, il demeurait seul, rue Tictone ou Tiquetonne, sur la paroisse de Saint-Eustache. Ce fut là qu'il mourut, le sept décembre de cette année ; son acte mortuaire ne laisse pas de doute sur la date de sa mort : « Dudit jour mercredy, huistième décembre 1694, deffunct honorable homme Tibeno Fiorilly, officier du Roy, cy

XXII Lettre

devant en sa Troupe de Comédiens italiens, demeurant rue Tictone, décédé du mardy septième du présent mois, a esté inhumé dans notre église, sylvio fiorilly, marc-antoine

ROMAGNESY. »

Scaramouche était âgé de plus de 90 ans, à l'époque de sa mort, quoique Menetin le fasse naître le 9 novembre 1608 à Naples. Il n'aurait eu, si l'on adoptait cette date de naissance, que 86 ans et un mois. Mais, dans une note fournie à Nicolas du Tralage par la Troupe Italienne, lorsque Scaramouche vivait encore, on lit : Tiberio Fiorelly, de Napoli, detto Scaramoucha, de 90 anni.

Une épitaphe , dont l'auteur n'est pas nommé, a été recueillie par du Tralage, qui ne nous dit pas que cette pièce datait du 17 octobre 1659, quand le bruit se répandit à Paris que le pauvre Scaramouche s'était noyé, dans le Rhône, en revenant d'Italie.

Las! ce n'est pas dame Isabeau Qui ght là dessous ce tombeau,

à Emmanuel Gonialès. xxiii

Ni quelqm nuire sainte Nitottche :

C'est un comique sans pareil.

Comme le Ciel n'a qu'un soleil, La terre n'eut qu'un Scaramouclie.

Alors qu'il vivait parmi nous.

Il eut le don de plaire à tous,

Mais bien plustost aux g-ranJs qu'aux minces,

Et l'on le nommoit en tous lieux

Le prince des facétieux.

Et le facétieux des princes.

Au lieu de quantité de fleurs, Sur sa tombe jetions des pleurs.

Pour moy, tout de bon je soupire, J'en fais tout franchement l'aveu :

Nous pouvons bien pleurer un peu Celui qui nous faisait tant rire.

Voilà, mon cher ami, à peu près tout ce qu'on sait sur Scaramouche, je veux dire tout ce qu'on peut trouver de plus certain, dans les livres où il est question de ce célèbre bougon; vous en save^ plus, vous, qui vous êtes attaché à étudier la personnalité comique, malicieuse et spirituelle du grand comédien,

XXIV LcUre

que la cour et la ville ont applaudi sur la scène pendant si longtemps avec enthousiasme, et qui na laissé pourtant que des souvenirs épars et presque effacés che^ les écrivains contemporains. Il est nommé deux fois dans les Historiettes de Tallemant des Réaux, et deux fois dans les Lettres de M""^dcSévigné; mais nommé seulement, sans un hommage rendu à son talent incontestable. Il était si oublié, au moment de sa mort, que les auteurs de /'Histoire de l'ancienThéàtre Italien l'ont fait mourir le 7 décembre 1696, et du Tralage, le 6 octobre 1694! Et néanmoins son nom était dès lors devenu proverbial.

C'est donc à vous, mon ami, de le ressusciter, de le remettre en pleine lumière, de nous le montrer tel qu'il était, fin, élégant, touchant, pathétique, joyeux et plaisant : c'est à M. Henri Guérard, votre sympathique gendre, de nous le rendre, avec son crayon vivant et spirituel, tel que vous rave'{ dessiné à la

à Emmanuel Gonialès.

plume dans votre ouvrage, où se reflètent les inspirations comiques et dramatiques du vieux Théâtre Italien.

juillet 1880.

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