ACTE II, SGENE I. 3i
pour m'instruire de mon sort!.... il est grand jour... et je suis ici depuis deux heures!... Julie se seraitelle déjà résignée à la volonté de son père ! elle qui m'adorait, disait-elle 1... et pourquoi pas?... Et cet homme, que j'aimais, cet homme, que je ne saurais haïr, malgré le mal qu'il me fait, car je sais que son cœur n'y a point de part; cet homme que j'appelais mon père , et dont je respectais les préjugés au point de lui dissimuler souvent le sentiment qu'ils m'inspirent !... Lâche ! c'est de ce crime que je suis puni!... Ah ! cacher ma pensée ! manquer de franchise ! transiger avec ma conscience !... Oh! mon pays! oh! ma patrie! vous que je croyais exclusivement adorer! serais-je ainsi navré, si tout mon amour était pour vous!... Soyons homme enfin , partons pour la frontière : que je lave dans mon sang ce crime dont je suis coupable , et qu'en mourant , du moins , j'emporte dans la tombe l'estime de moi-même, (ii fait uu pas
comme pour sortir, et il regarde au Ijalcoa ). 1^3. VOllQ , C CSt Ciie • ( Le l>alcon s'ouvre , le bras de Julie lance une lellre dan3 la rue, le balcou se referme aussilôl).
EDMOND (en ramassant la lettre et en lisant celte lettre q l'il couvre de hnisers).
« Je t'ai vu et je n'ai pu le donner signe de vie... Je suis observée; il m'est défendu de t'écrire , et par qui? par le meilleur, par le plus tendre des pères! il veut, pour se conformer strictement aux ordres du roi , me présenter aujourd'hui même le nouveau prétendant... j'en mourrai... quelle désolation!.. Ma mère pleure et se désespère; elle parle de partir et de quitter mon père... quitter
mou père!... quitter cet excellent père, qui sent qu'il joue le rôle d'un tyran , qui en gémit , qui en mourra à son tour! le quitter dans ce moment! environné de dangers! victime dévoué de ses principes , qu'il rend respectables , qu'il sanctifie presque , par le plus héroïque des caractères !... Je suis bouleversée... Je ne sais pas ce que je pense , ni ce que je dis ; j'ignore ce que je ferai , mais je serai à toi , ou à la mort... Que cet homme , que je ne veux nommer , ait mon cadavre pour épouse , s'il le veut.... Dans un quart d'heure nous irons à la messe; tâche de te trouver sur notre passage. » (Enemi.rassantencuiciaieitie). Femme adorablc ! êtrc accompli ! pour lequel il est permis peut-être d'oublier un instant les devoirs que m'impose la patrie.
( Atsorlié ilans sps pensées , il va Icutement vers le café, où il entre ). PREMIER LAZARO (en s'adicssant à saint Antoine ).
Saint Antoine, puisque c'est aujourd'hui ta fête, fais-moi cadeau de ce beau jambon qui figure la partie supérieure de ta manche.
DEUXIÈME LAZARD.
Et moi je voudrais avoir ce saucisson qui est au bas de la robe de sa femme.
TROISIÎÎME LAZARO.
Imbécile ! sainte Claire la femme de saint Antoine ! ce n'était que son amie.