ACTE H, SCENE I
( Pescara, Ruffo, Frugoni, Siniscalchi, entrent par la porte du cafe' ; les trois premiers s'éloignent, en même temps que le dernier s'arrête à causer avec Edmond. )
SINISCALCHI.
Faites-vous carbonaro, mon ami; tout cède à notre puissance; nous sommes les redresseurs des loris, les protecteurs naturels de la justice : les pères n'osent pas, malgré nous, forcer la volonté de leurs filles : et puis, si vous avez toujours la volonté de vous rendre à la frontière, on vous recommandera sur les lieux, et vous serez là comme parmi des frères.
EDMOND ( d'un air dc'cide' , après un instant de réflexion. )
Je le veux, monsieur Siniscalchi.
SINISCALCHI.
Connaissez-vous ma maison de campagne , hors de la porte Capouana? (Edmond fait un signe airirmaiif.) Très-
bien , écoutez. ( 11 lul parie à rorellle. ) EDMOND.
Je serai exact , comptez sur moi.
SINISCALCHI (en lui serrant la main).
A tantôt donc. (Il va rejoindre ses amis , et ils sortent ensemble). EDMOND.
Les dernières paroles de Julie sur son père me pèsent effroyablement sur le cœur; je me dors d eclaircir ce mystère, je veux savoir jusqu'à quel point les sots préjugés qui dominent dans l'esprit de M. Nefasto, peuvent pousser un homme, qui se dit homme d'honneur, dans l'oubli de ses devoirs: mon amour pour Julie, ma conduite envers elle, mon bonheur ou mon malheur, tout, tout doit être subordonné à la connaissance de ce rays-
4o LES CARBONARI,
tère. Julie, fille de ce M. ÎSefasto dont les opinions, bien que ridicules, me paraissaient inofTensives en même teuips ! j'aurais élé l'être le plus heureux de la terre en épousant cette Julie, cet ange de perfection : mais devenir le gendre de l'individu qui , en se parjurant persécute les hommes vertueux auxquels nous devons la liberté et l'afifranchissement de la patrie! il faudrait s'arracher le cœur, avant que de commettre une pareille infamie.
fil sort ; les voix. , les cris , le liruit des voitures , des polichinelles recommencent : entreni par l'église M., madame NefoSto et Julie. )
MADAME IsEFASTO (comme en poursuivant sou mari).
Ne m'évitez pas, monsieur Nefasto : oui, vous m'écouterez, je vous forcerai à m'écouter
NEFASTO.
Ici; mon amie ! au milieu de cette place et de mille personnes !....
MADAME NEFASTO.
Ici , Monsieur, dans un endroit dix fois plus public, s'il était possible: avec votre impatiente , j'allais presque dire avec votre dénaturée obstination, vous ne donnez pas la possibilité de faire attention ni au temps ni au lieu. Je veux vous épargner des regrets, monsieur Nefasto ; je ne veux pas que vous puissiez vous reprocher un jour d'avoir été le tyran de votre sang, l'auteur de la mort de votre enfant, de la mienne, de la vôtre peut-être. Quoi! cette aveugle obéissance h vos princes irait jusqu'à vous faire ordonner à votre fille de briser des liens que vous avez sanctifiés par votre assentiment paternel ; jusqu'à la forcer d'épouser un homme qu'elle abhorre, que moi, que tout Naples méprise ; que